Monde

La réplique qui symbolise l'hypocrisie des Républicains anti-Trump

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 28.10.2016 à 18 h 31

En position très précaire dans son État, le sénateur Mark Kirk, un des premiers élus à avoir lâché Trump, a ironisé sur les origines thaïlandaises de son adversaire.

Tammy Duckworth et Mark Kirk lors du débat des sénatoriales de l'Illinois, le 27 octobre 2016.

Tammy Duckworth et Mark Kirk lors du débat des sénatoriales de l'Illinois, le 27 octobre 2016.

Le 7 juin dernier, le sénateur républicain de l'Illinois Mark Kirk devenait le premier élu de premier plan de son parti à retirer son soutien à Donald Trump, qualifié de «trop intolérant et raciste». En cause: les attaques xénophobes du candidat contre le juge Gonzalo Curiel, dont il estime qu'il lui réserve un traitement injuste car il est «Mexicain». Kirk avait même depuis, après la révélation des propos de Trump lors du tournage de l'émission «Access Hollywood», appelé son parti à changer de candidat.

Jeudi 27 octobre, le même Mark Kirk débattait avec la représentante démocrate Tammy Duckworth, qui cherche à le déloger de son siège. À un moment, celle-ci explique que son passé militaire (elle a perdu ses deux jambes en 2004, lors de la guerre en Irak) lui permettra, en tant que sénatrice, de mieux évaluer les coûts et l'impact d'un éventuel conflit armé: «Ma famille a servi sous l'uniforme de cette nation depuis la Révolution. Je suis une fille de la Révolution américaine. J'ai versé mon sang pour cette nation.»

Réplique de Kirk: «J'avais oublié que vos parents avaient fait tout ce chemin depuis la Thaïlande pour aider George Washington.»


Une réplique qui, comme l'ont noté les médias américains, joue non seulement lourdement sur la corde raciste mais est triplement stupide. D'abord parce qu'elle est fausse: Tammy Duckworth est née en 1968 à Bangkok, en Thaïlande, d'une mère thaïlandaise et d'un père américain, qui a servi dans l'US Army pendant la Seconde Guerre mondiale, la guerre de Corée et la guerre du Vietnam, et affirmait effectivement avoir remonté son arbre généalogique jusqu'à la guerre d'Indépendance.

Ensuite parce qu'elle est particulièrement malvenue de la part d'un élu qui a lui même été accusé d'avoir embelli son passé militaire et d'avoir proféré des attaques douteuses contre Obama, qualifié par exemple de «dealer en chef». Enfin parce qu'elle risque d'être très contreproductive auprès de l'électorat modéré de l'État (très démocrate: Clinton y est donnée gagnante d'une quinzaine de points), sachant que l'électorat républicain pur et dur risque déjà de bouder Kirk après son lâchage de Trump. Le candidat, qui avait un temps évoqué l'idée d'écrire sur son bulletin le nom de l'ancien directeur de la CIA David Petraeus, explique d'ailleurs qu'il ne sait pas encore pour qui il votera, de même que d'autres élus plus ou moins anti-Trump qui ne savent plus très bien où ils habitent.

La directrice de campagne de Trump, Kellyanne Conway, s'est délectée de ce faux pas sur Twitter: «C'est le même Mark Kirk qui a retiré son soutien au candidat de son parti et l'a dénoncé dans ses spots de campagne? Je comprends mieux. Bonne chance.»

Les prévisions ne donnent qu'une chance infime à Kirk d'être réélu le 8 novembre, avec un retard estimé à une dizaine de points sur son adversaire.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (939 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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