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Les algorithmes qui prédisent les crimes marchent-ils vraiment?

Temps de lecture : 2 min

Difficile pour une population de concevoir qu'elle peut être contrôlée, simplement par ce qu'un logiciel aura fiché certains individus comme «suspects».

EMMANUEL DUNAND / AFP
EMMANUEL DUNAND / AFP

Prédire où et quand se dérouleront les prochains crimes d'une grande ville, c'est possible. En tout cas, c'est bien ce qu'espèrent les services de police d'une dizaine de grandes villes américaines (et du monde entier) qui se sont déjà équipées d'un logiciel de police prédictive, nous raconte le magazine Aeon.

Comment fonctionne-t-il? L'outil recense en une même base de données tous les lieux et l'heure des crimes déjà commis dans la ville concernée, mais aussi les cercles de personnes qui seraient susceptibles de commettre des infraction (d'après leur casier judiciaire et même leurs fréquentations). À partir de ces informations, un calcul de probabilité est fait et des algorithmes mathématiques directement transmis au services de police leur permettent de connaître les probabilités du lieu et de l'heure des prochains délits.

Les logiciels comme PredPol et Hunchlab, parmi les plus utilisés aux États-Unis, permettent notamment d'avertir les patrouilles de police des risques de cambriolages, de vols, d'agressions et d'homicides dans les quartiers repérés comme «les plus chauds» par l'outil informatique et de les inciter à surveiller davantage certains profils susceptibles de commettre une infraction.

Les défenseurs des libertés individuelles sont sceptiques

Jusqu'à présent, certaines communes comme Los Angeles et Atlanta ont vu leur taux de criminalité baisser depuis la mise en place des services de police prédictive. Toutefois, si l'objectif est parfaitement louable, comment de telles probabilités peuvent-elles rester compatibles avec les libertés et droits fondamentaux de chaque citoyen? Comment éviter de tomber à l'avenir dans l'arrestation arbitraire ?

Le magazine Science, fait valoir que ce type de logiciels pourrait permettre à des agents de police d'arrêter des individus n'ayant aucune raison valables d'être suspectés, mais simplement interpellés parce qu'ils se trouvaient dans les «zones à risques» définies par les algorithmes prédictifs. Un rapport d'investigation du département de police de Baltimore, ville dans laquelle le jeune Freddie Gray trouvait la mort il y a plus d'un an suite aux blessures infligées lors de son arrestation, aborde également ce danger. Selon ses auteurs, des arrestations arbitraires auraient un effet désastreux sur la confiance déjà tenue qui relie certaines populations et la police aux États-Unis.

L'Union américaine pour les libertés civiles craint que ce type de données encourage les discriminations raciales, partant du postulat qu'une communauté présente plus de risques criminels qu'une autre. Elle se demande aussi à moyen et long terme comment il sera possible pour les civils de faire confiance à une justice mathématiques et arbitraire qui serait rendue non pas par des humains, mais par des données informatiques limitées. Et pour quels résultats?

Cercle vicieux

À Chicago, le retour d'expérience démontre que malgré la mise en place d'une police prédictive, le nombre d'homicides n'a pas diminué. Pire, un rapport en vient même à la conclusion que les personnes fichées comme «suspectes» d'après les algorithmes n'avaient en réalité aucune raison précise d'être considérées comme plus dangereuses que les autres.

Pour Jennifer Lynch, qui travaille à la Fondation Frontière Électronique de Californie, il existe même un risque de prophéties auto-réalisatrices. En se rendant sur les lieux de contrôle déjà plus méfiants et plus agressifs, les policiers pourraient ne faire qu'accroître des tensions déjà existantes. Une question déjà très sensible aux États-Unis et un véritable enjeu sécuritaire pour les années à venir.

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