Science & santé

Ce que les chants d'amour des souris disent de nos troubles du langage

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 30.10.2016 à 8 h 30

Repéré sur Frontiers in Behavioural Neuroscience, New Scientist

Une version mutée d'un gène connu pour son implication dans la dyspraxie verbale humaine raccourcit et simplifie les chants d'amour des souris mâles

Au chat et à la souris | Denis Defreyne via Flickr CC License by

Au chat et à la souris | Denis Defreyne via Flickr CC License by

Le gène FOXP2 est l'un des bouts de chromosome les plus étudiés de notre patrimoine génétique. Et pour cause: impliqué dans l'évolution du cerveau humain, il est fortement suspecté d'être à l'origine de nos capacités langagières uniques dans le monde vivant. Publiée le 20 octobre dans la revue Frontiers in Behavioural Neuroscience, une étude montre comment une version mutée de ce gène, connu pour être à l'origine de graves troubles du langage, rend les chants d'amour des souris mâles bien plus brefs et simples que la normale.

Une découverte qui complète un peu plus nos connaissances sur le caractère inné du langage humain et qui, par ailleurs, pourrait être d'un grand secours pour les orthophonistes du futur, alors que les troubles de la parole et de l'élocution touchent aujourd'hui jusqu'à 9% des enfants.

Deux mutations importantes

FOXP2 a été découvert à la fin des années 1990 grâce à l'étude d'une famille britannique d'origine pakistanaise qui, sur trois générations, voyait plus de la moitié de ses membres –16 personnes sur 30– souffrir d'un grave trouble du langage, la dyspraxie verbale. Ce gène encode une protéine, logiquement surnommée la «protéine du langage», que l'on retrouve dans le cerveau du fœtus en développement. Une protéine qui active ou désactive à son tour certains gènes essentiels à nos aptitudes communicationnelles.

En l'état actuel des connaissances, FOXP2 est demeuré assez stable au cours de l'évolution des mammifères. Par contre, depuis notre séparation d'avec les chimpanzés, ce gène a connu deux mutations d'importance qui, selon les spécialistes, pourrait contribuer à expliquer l'apparition d'un langage articulé complexe chez les humains, là où nos proches cousins simiesques sont restés muets.

Dans l'étude menée par l'équipe de Simon Fisher, de l'Institut Max-Planck de psycholinguistique, des souris ont été génétiquement modifiées pour exprimer la mutation de FOXP2 impliquée dans l'hérédité de la dyspraxie verbale. Il en ressort que, chez les souris mâles porteurs de ce gène, les chants d'amour sont bien plus courts et bien moins complexes que ceux de leurs congénères génétiquement normaux.

«Des propriétés dont la ressemblance avec les caractéristiques [de la dyspraxie verbale] est frappante», explique Fisher.

Des études antérieures avaient observé qu'avec cette même mutation les bébés souris appelaient leur mère moins souvent et plus brièvement. Des résultats pas forcément très probants car, comme le souligne Fisher, les couinements des souriceaux sont de toute façon très brefs et très simples. À l'inverse, les sérénades ultrasoniques des mâles sont des séquences assez complexes pouvant durer plusieurs dizaines de secondes et suivre diverses modulations. Un équivalent audible pour les humains serait un chant de rossignol ou de rouge-gorge.

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