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Comment une simple étiquette mal lue a créé le mythe du «patient zéro» du VIH aux États-Unis

Gaëtan Dugas | via Wikimedia Commons Fair Use

Gaëtan Dugas | via Wikimedia Commons Fair Use

Le Canadien Gaëtan Dugas avait été accusé d'être le responsable de la propagation du virus.

Il s'appelait Gaëtan Dugas. Décédé en 1984, il a été surnommé pendant des années le «patient zéro», le premier responsable de l'épidémie de sida, aux États-Unis, dans les années 1970. L'histoire de ce commissaire de bord canadien avait été mise en lumière dans le livre And the Band Played On, publié en 1987, raconte aujourd'hui NPR. Mais selon une étude publiée dans Nature, Gaëtan Dugas n'était pas le fameux patient zéro.

«Les recherches du biologiste Michael Worobey montrent qu'à la fin des années 1970, près de 7% des hommes gays de New York et 4% des hommes gays San Francisco étaient infectés par le VIH. Le temps que Dugas soit lui aussi infecté, il y avait déjà de nombreuses personnes touchées aux États-Unis, peut-être même des milliers de personnes. Et la séquence du VIH prise dans le sang de Dugas a l'air très similaire aux autres. Elle n'a rien de spécial. Donc Dugas ne pouvait pas être le patient zéro.»

Alors pourquoi cet amalgame? Une erreur d'étiquetage a apporté un peu plus de confusion à toute cette histoire, explique Stat News.

«L'étude a découvert que toute l'attention focalisée pendant des années sur Gaëtan Dugas l'a été à cause d'une erreur typographique. À cause d'une erreur d'étiquetage, le Patient O (comme la lettre) est devenu le Patient 0 (comme le chiffre) –et sa présentation comme la source de l'épidémie est restée dans la presse populaire.»

«Outside of California»

Ce «O», précise par ailleurs le site, voulait simplement dire que Dugas n'était pas originaire de Californie («outside of California»), «où son cas avait été mis en lumière quand il avait été interviewé par des responsables de la santé, qui étudiaient la propagation de cette nouvelle maladie qui touchaient les hommes gays, à San Francisco».

Interrogé par le Guardian, Michael Worobey rappelle que «personne ne devrait être tenu pour responsable de la propagation d'un virus dont personne ne connaissait l'existence». Quant à savoir comment le VIH est arrivé aux États-Unis, cela reste en suspend:

«On ne sait pas comment le virus est passé des Caraïbes aux États-Unis dans les années 1970. Ce pourrait être une personne de n'importe quelle nationalité, ou même des produits sanguins.»

Une seule chose est sûre: Gaëtan Dugas n'était pas ce «patient zéro».

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