Culture

Comment transformer sa voiture en bunker à roulettes

Didier Laurens, mis à jour le 07.11.2009 à 15 h 36

Peur du car jacking ou des attentats terroristes, les véhicules blindés sont de plus en plus nombreux à circuler à travers la planète.

Un peu parano, vous craignez le car jacking ou de vous retrouver coincé dans une émeute, en voiture, et d'essuyer des coups de barre de fer, des jets de cocktails Molotov, voire des coups de fusil? Vous possédez une grande fortune ou vous êtes un industriel redoutant les enlèvements ou, pire, les risques d'attentat? Alors, vous faites partie des clients potentiels des quelques entreprises spécialisées dans le blindage des voitures. Si vous le souhaitez, vous pourrez disposer d'un blindage capable d'arrêter presque tous les types de projectiles, roquette incluse, et capable de rouler à près de 200 k/h même si ses roues ont été crevées par des rafales de fusil d'assaut. Rassuré?

La Cadillac blindée du Président américain

L'engouement pour ces véhicules n'est pas nouveau. Les hommes d'état, les diplomates et les grands patrons ont toujours cherché à voyager incognito dans des véhicules renforcés. Dès 1928, Mercedes-Benz proposait à ses clients une protection spéciale intégrée d'usine dans la Nürburg 460 (W 08). Aux Etats-Unis, la coutume veut que General Motors fournisse au nouveau Président une voiture de fonction sécurisée. Barack Obama a pris possession de la sienne début 2008. Il s'agit d'une Cadillac noire sans appellation officielle d'une valeur de 334.000 euros dont les portières sont garnies d'un blindage de 20 centimètres d'épaisseur et dont le plancher, renforcé par 12 centimètres d'acier, peut encaisser l'explosion d'une bombe glissée sous le châssis.

L'usage des véhicules blindés s'est généralisé depuis les attentats du 11 septembre et la montée en puissance du terrorisme. Certes, la centaine de véhicules livrée annuellement n'atteint pas le niveau de protection offert par la Cadillac de Barack Obama qui embarque même un compartiment réfrigéré dans lequel ont été placées, à des fins d'auto transfusion, des poches contenant le sang du président. Mais, à condition d'y mettre le prix - prévoir un surcoût d'environ 60% en sus du prix du véhicule de série pour une protection optimale -  on trouve déjà un niveau de protection réconfortant.

En Europe, ce niveau de sécurité est exprimé par une note qui s'étage de B4 à B6/B7. Le niveau le plus faible (B4) garantit une coque et des vitres stoppant les balles de revolvers de gros calibre, soit une protection particulièrement élevée contre les crimes liés au trafic de stupéfiants et à la violence de rue. Ce type d'auto se vend bien, notamment en Amérique du  Sud.

La protection atteinte avec le niveau de résistance B6/B7,  recherché par les Européens et en Amérique du Nord, permet de  se prémunir contre les attaques terroristes menées avec des fusils d'assaut, aux munitions perforantes. Le blindage arrête aussi les fragments de grenades à main et résiste au blast des charges explosives, tant au niveau des surfaces transparentes que de la carrosserie. Le réservoir d'essence des voitures peut être équipé d'un revêtement anti-fuite qui jugule les risques d'incendie si une balle le perce. Des extincteurs protégent l'extérieur du caisson étanche dans lequel les passagers prennent place. À la demande, certaines voitures disposent aussi d'un système de recyclage de l'air qui détecte les fumées et les gaz, notamment lacrymogène. Bien que les batteries soient coffrées, des assistances pneumatiques baissent les vitres feuilletées de 4 à 6 cm d'épaisseur en cas de panne électrique. Bref, quand on circule dans ce type de voitures, il n'y a pas grand-chose à craindre à part la chute d'une météorite. Où une attaque disproportionnée, comme l'explosion de ces deux tonnes d'explosif dont fut victime le premier ministre libanais Rafic Hariri alors qu'il circulait en 2005 à Beyrouth.

Blindées mais cachées

À l'œil, la quasi-totalité des modèles blindés est  indécelable car leur cellule de protection est dissimulée sous une enveloppe identique à celle des modèles de série. La discrétion est de rigueur. Seuls des montants de portières plus épais peuvent attirer l'attention.

Les meilleures protections sont réservées aux véhicules surpuissants car les blindages sont lourds à tracter. Les constructeurs qui, comme Mercedes et BMW sécurisent les voitures en usine donnent la priorité aux modèles gorgés de puissance comme la Mercedes S 600 Guard dont le V12 bi-turbo délivre plus de 500 chevaux ou encore la BMW Série 7 «High Security» et son V12 6 l de 544 ch. Sans oublier les puissantes Audi Security. Quant aux sociétés spécialisées dans le blindage non «natif»- comprendre ajouté à un véhicule de série-, elles opèrent essentiellement sur les gros 4X4 japonais ou les berlines de forte cylindrée. Ainsi le français Centigon, ex-carrosserie Labbé, qui a notamment blindé la Renault Vel Satis de Nicolas Sarkozy, sécurise certains modèles de Jaguar, de Land et de Range Rover ainsi que des voitures comme la 607 ou la Citroën C6 dotée de son V6 essence de trois litres.

Ces grosses motorisations s'imposent car si l'acier balistique n'est pas le seul matériau employé  pour encoconner les voitures depuis l'apparition de fibres synthétiques comme le kevlar, il reste largement majoritaire. Résultat, le poids des véhicules, dont les trains roulants, les bras de suspensions et le dispositif de freinage sont adaptés, s'accroît considérablement. Sur une classe S de niveau B6/B7 la surcharge atteint, par exemple, 1,4 tonne. Contre environ 1 tonne pour une 607 bien appareillée, indique-t-on chez Centigon.

Au cas où leurs pneus soient crevés, les voitures blindées sont souvent équipées de système de roulage à plat (runflat) qui, comme avec le Michelin Pax, permettent de rouler à bonne allure même avec des roues criblées de balle. Mais gare: bien que tout soit fait pour que la conduite des voitures blindées s'apparente à celle d'un véhicule «normal», piloter 3 ou 4 tonnes d'acier reste un exercice délicat; raison pour laquelle les chauffeurs suivent des stages afin d'apprendre à maîtriser leur coffre-fort motorisé, par exemple dans le cadre d'une course-poursuite en zone urbaine.

Si vous cherchez a savoir ce qui peut se passer dans la tête d'un chauffeur dont la voiture est prise pour cible, regardez donc cette vidéo d'une Rolls Royce Phantom essuyant des tirs d'arme automatique et plusieurs explosions. Les images parlent d'elles même et il sera difficile de retrouver cette Rolls sur un marché de l'occasion très surveillé pour que les voyous ne fassent pas la nique aux policiers dans des voitures indestructibles...

Didier Laurens

Image de une: Bosnie, 1995, REUTERS/Corinne Dufka

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