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Le mystère Joe Hill, l’écrivain qui ne pouvait échapper à Stephen King

Capture Twitter

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Ciels d’octobre et frissons d’Halloween sont propices à la (re)lecture des livres d’horreur. L’heure a sonné pour le maître du genre: en deux volets, Slate vous raconte les meilleurs secrets de Stephen King.

Slate.fr vous propose une série d'histoires mystérieuses autour de grands écrivains. Pour retrouver les récits précédents, cliquez ici.

À la mort de ses parents, Joe Hill quitte la Suède pour travailler aux États-Unis. D’abord ouvrier puis mineur, l’immigré devient très vite activiste. Son militantisme lui fait perdre son travail. Il se met alors à parcourir le pays avec son violon et sa guitare, partant à la rencontre des travailleurs pour les convaincre de se syndiquer. Il sera exécuté par l’État de l’Utah en 1915, de trois balles dans le cœur.

En 1972, un petit garçon voit le jour dans le Maine. Ses parents, partisans socialistes, considèrent Joe Hill comme un héros progressiste et décident de donner son nom à leur fils ainé. À 12 ans, le petit Joe écrit tous les jours. Pas dans un journal intime, des histoires de science-fiction. À 16 ans, il passe ses étés sur ses manuscrits. À 25 ans, il publie une nouvelle dans un magazine littéraire. S’en suit une deuxième, une troisième, puis une vingtaine. Il reçoit la bourse Ray Bradbury, ainsi que plusieurs prix en tant qu’auteur de nouvelles de fantasy. En 2006, près de dix ans après sa première publication, il signe son premier roman chez Harper Collins.

Une bonne histoire

À la rédaction du magazine Variety, deux journalistes s’apprêtent à sortir un papier sur l’écrivain. Ils font des recherches et tombent sur des rumeurs sur internet. On parle de ressemblance physique troublante, de coïncidence, d’exergue de roman. Les journalistes mènent l’enquête. Et découvrent que Joe Hill est en réalité le nom de plume de Joe Hillstrom King, le fils de Stephen King, l’écrivain superstar.

«Je manquais terriblement de confiance en moi quand j’étais ado. Une fois, un copain à moi m’a dit que ce serait une grosse erreur que de me mettre à écrire, parce que je serais incapable d’échapper à l’ombre de mon père. (…) Il fallait que je m’assure que si quelqu’un achetait une de mes histoires, il le faisait pour de bonnes raisons –parce que c’était une bonne histoire, et non à cause de mon père.» 

Un choix que son père ne pouvait qu’approuver, ayant lui-même succombé au charme du pseudonymat (alias Richard Bachman) pour vérifier ses talents d’écriture. Son fils a tout de même poussé le vice plus loin, cachant sa véritable identité à son propre agent et sa maison d’édition. Au Daily Mail, il expliquera:

«A partir du moment où vous pensez être en droit d’être lu, vous êtes foutus. Vous devez le mériter. À chaque paragraphe. Peu importe qui vous êtes.»

Quand le petit Joe rentrait de l’école, il voyait son père dans son bureau en train d’écrire, et sa mère (Tabitha King, également romancière) dans son bureau en train d’écrire, et cela lui paraissait aller de soi: on écrivait, et à la fin du mois on était payé. Le week-end, ses parents, son frère Owen, sa sœur Naomi et lui se réunissaient dans le salon ou sous le porche de la maison pour parler écriture. Les livres sont une affaire de famille prise très au sérieux, chez les King.

À quatre mains

À la sortie du livre The Shining, Stephen King dédiait son texte «à Joe Hill King, qui continue de briller». Du moment où le cadavre est sorti du placard, les deux hommes se sont amusés à multiplier les références dans leurs livres respectifs. Dans son roman NOS4A2, Joe Hill mentionne la ville fictive de son père, Derry, ME. Dans Docteur Sleep, Stephen King parle de Charles Manx, un personnage de N0S4A2. Ensemble, ils ont écrit deux nouvelles, Plein Gaz et In the tall grass.

Nulle question donc de «tuer le père» chez les King. Un autre écrivain, James Patterson, a bien essayé de le faire pour lui dans son roman intitulé The Murder of Stephen King (Le Meurtre de Stephen King), où un fan fou furieux tentait d’éliminer la légende du roman horrifique. Mais en apprenant qu’un fan fou furieux s’était bel et bien introduit chez les King en 1991 (l’auteur en tirera un roman, Misery), Patterson a finalement décidé de ne pas publier son livre. Il devait sortir le 1er novembre prochain.

À suivre: que se passe-t-il quand Stephen King devient un inconnu?

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