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Le prochain politique qui invoque en vain l'égalité homme/femme, je lui fais bouffer mes fiches de paye

Les candidats à la primaire de droite et du centre, le 13 octobre 2016 avant le débat diffusé sur TF1 | Martin BUREAU / AFP

Les candidats à la primaire de droite et du centre, le 13 octobre 2016 avant le débat diffusé sur TF1 | Martin BUREAU / AFP

Et s’il insiste, j’ajoute celles de ma mère et de ma sœur. Il n'y a qu'à regarder leurs programmes, en réalité, l'égalité homme/femme, ils s'en foutent.

Au début, pendant les universités d’été, quand les candidats à la primaire de la droite et du centre ont commencé à s’enflammer sur l’égalité homme/femme comme marqueur de l’identité française, j’ai pensé qu’il s’agissait de maladresses qui allaient être rectifiées.

Je ne doutais pas qu’après leurs déclarations respectives, des conseillers allaient leur murmurer à l’oreille qu’on ne pouvait pas dire que l’égalité homme/femme fait partie de la culture française alors que la société française est encore structurellement sexiste. [1] Et puis, ils ont continué. Ils y tiennent vachement. Le plus incroyable, c’est qu’ils ont l’air sincère quand ils assènent ce que, selon toute vraisemblance, ils pensent être une vérité de bon sens. Quand ils parlent de «culture française» on ne sait jamais exactement à quoi ils font référence, mais une chose est sûre, le droit de vote des femmes datant d’il y a 70 ans, ça exclue de cette «culture française de l’égalité homme/femme» tous les siècles précédents.

Cela donne également l’impression très dérangeante qu’ils n’ont absolument pas conscience que l’égalité homme/femme en France est loin d’être acquise. Qu’il y ait eu des progrès énormes en France, ce serait une absurdité de le nier. Mais la situation réelle n’est toujours pas celle de l’égalité. En Islande, les femmes sont carrément descendues dans la rue et ont arrêté de travailler pour protester contre les inégalités salariales.

L'évidence du sexisme

Évidemment, on pourrait se dire que les politiques sont coupés du reste de la société, mais justement, si on prend leur propre profession, le sexisme devrait leur sauter aux yeux. Quand on lit les témoignages sur le site de chaircollaboratrice, on voit mal comment ils ont pu ne pas être témoins de ce genre de scènes. Sans oublier que l’UMP a préféré lors des dernières législatives payer des amendes plutôt que de respecter la loi sur la parité. L’égalité homme/femme est le socle de notre République répètent à l’envi des candidats à une primaire où il y a une femme pour cinq hommes alors que les femmes représentent plus de 51% de la population française totale (chiffres de l’INSEE de janvier 2016).

Dans le classement des pays en ce qui concerne les femmes dans la chambre basse du parlement, on est passé de la 36e place (déjà pas terrible) en 2012 à la 60e en 2016. Pour vous aider à situer la France, on est entre l’Irak et le Pérou. D’ailleurs, en terme de parité, il n’y a qu’à regarder ce qui se profile pour l’élection présidentielle. À ce rythme, on risque de ne voir que deux femmes candidates: Marine Le Pen et Nathalie Arthaud (ou une autre candidate de gauche). L’égalité homme/femme c’est vraiment l’une des bases de la République mais la politique, ça reste une affaire de couilles.

Et pourtant, pour Alain Juppé, l’égalité homme/femme est un «marqueur de la laïcité». Pour Jean-François Copé, elle est «au cœur des valeurs qui fondent la France et la République». Et pour Nicolas Sarkozy, qui n’est pas du genre à faire dans le détail, «dans la République, la femme et l'homme sont à égalité».

Où sont les mesures?

Vous me direz qu’il y a d’un côté les valeurs, et de l’autre la réalité et que je suis de mauvaise foi en voulant mélanger les deux. Les candidats ne nient pas les inégalités de fait entre les sexes, ils insistent sur leur attachement à la notion d’égalité. Très bien. Mais comme le boulot des politiques c’est précisément de construire une société en accord avec certaines valeurs essentielles, et vu que selon eux l’égalité homme/femme est l’un des socles de notre système de pensée, je me suis dit que forcément, ces candidats avaient intégré le sujet dans leur programme. Ça servirait à quoi de parler d’égalité à longueur d’interview si ce n’est pas pour proposer des mesures claires pour lutter contre les écarts de salaire et les violences physiques et sexuelles, hein?

1.Bruno Le Maire

Chez Bruno Le Maire, c’est simple, ça n’apparaît même pas dans les thématiques pourtant nombreuses.

Au sein des 1.012 pages de son programme, on trouve quand même trois pages sur le sujet. (Soit 0,3% de son programme dédié au sujet.) Et en résumé, aucune proposition concrète. Il s’agit simplement d’appliquer les lois existantes (maintenir les sanctions contre les partis politiques qui ne respectent pas la parité et on a vu que ça fonctionnait hyper bien au sein de son propre parti… encourager les entreprises, faciliter le dépôt de plaintes des femmes, etc). D’ailleurs, il est noté que ces mesures n’auront «aucune incidence budgétaire». La seule qui coûte quelque chose c’est un plan de comm’ à la télé. (Au secours.)

2.Alain Juppé

Pareil pour Alain Juppé, pas de «femme et égalité» dans les thématiques. Pourtant, j’ai trouvé un article du Figaro qui raconte un meeting organisé sur le sujet mais en réalité, Alain Juppé n’y a fait aucune annonce, il a surtout écouté des femmes, et vu d’où on part, c’est déjà pas mal. Il a quand même admis qu’il faudrait des moyens, et peut-être un «grand ministère de l’égalité entre les hommes et les femmes». Ça reste extrêmement vague et ça a l’allure d’une idée qu’on enterre. Ah, il a aussi dit «pourquoi pas une femme Premier ministre».

3.Nicolas Sarkozy

Côté Nicolas Sarkozy, j’ai eu beaucoup d’espoir en lisant ce titre dans les thématiques essentielles. Puis j’ai lu le texte en-dessous:

Après, je n’ai rien compris. Je n’ai pas trouvé son programme en ligne, seulement des pétitions à signer.

4.François Fillon

François Fillon ne fait pas exception, rien dans les thématiques. J’ai cherché dans la rubrique enseignants-chercheurs, parce que c’est un vrai terreau d’inégalités homme/ femme. Les femmes représentent 55,2% des étudiants mais seulement 15,6 % des présidents des universités françaises. Mais, encore une fois, j’ai fait chou blanc. Et sur la famille, on voit tout de suite sa priorité.

5.Jean-François Copé

Côté Copé. On sait que Jean-François Copé est dans cette primaire comme un mec qui n’était pas invité à une fête et qui s’est incrusté pour faire chier les organisateurs et amuser la galerie. Mais je suis tout de même allée sur son site et là, la blague: il ne chargeait pas. J’ai eu ça pendant vingt minutes:

Ensuite, j’ai pu accéder à son programme. Le troisième pilier s’intitule Établir une vraie égalité des chances. J’ai eu beaucoup d’espoir. Mais en fait, c’était surtout sur l’école et l’accès à la propriété. Et l’école, ce n’est pas le problème des femmes. Elles y réussissent mieux que les hommes.

6.Nathalie Kosciusko-Morizet

Dans le programme de Nathalie Kosciusko-Morizet, trois occurrences du terme «femme», dont deux pour parler de salafisme. Voilà.

7.Jean-Frédéric Poisson

Et Jean-Frédéric Poisson en une image:

Zéro.

C’est quand même dingue qu’ils aient tous oublié dans leurs programmes un sujet qui leur tient autant à cœur… Comme le pointait l’Express, cette histoire d’égalité, c’est évidemment un excellent paravent pour parler de l’islam. Je vous soumets donc une mesure choc: les candidats ne seront autorisés à prononcer les mots «égalité homme/femme» qu’à condition d’avoir au moins une mesure concrète à proposer sur le sujet et qui ne soit pas une mesure concernant les femmes voilées.

1 — C’est-à-dire que le sexisme en France n’est pas seulement le fait de quelques individus mais que le fonctionnement de la société en général tend à produire du sexisme. Par exemple, on oriente davantage les filles vers des filières relevant du care, et ces emplois à vocation sociale sont moins bien rémunérés. Retourner à l'article

 

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