Monde

L'énorme potentiel comique de Gary Johnson, le candidat libertarien à la Maison-Blanche

Claire Levenson, mis à jour le 26.10.2016 à 16 h 20

Depuis septembre, le candidat libertarien à la présidence des États-Unis multiplie les gaffes et moments gênants à la télé.

Gary Johnson prononce un discours à l'University of Utah à Salt Lake City, le 6 août 2016 | GEORGE FREY/AFP.

Gary Johnson prononce un discours à l'University of Utah à Salt Lake City, le 6 août 2016 | GEORGE FREY/AFP.

Avec sa grammaire d'élève de CE2 et sa propension à insulter tout le monde, Donald Trump est une mine d'or pour les humoristes. Dans «Saturday Night Live», Alec Baldwin est devenu maître en la matière et Trump, peu amusé, a décrété que son imitation de lui «puait». Mais il y a quelque chose de sinistre dans le grotesque de Trump: au bout du compte, son discours haineux qui attise la colère est moyennement drôle.

Pour vraiment détendre l'atmosphère, il reste le candidat libertarien Gary Johnson, qui n'a aucune chance de gagner (il est actuellement crédité de 5% des intentions de vote). Cet ancien gouverneur du Nouveau-Mexique est connu pour ses excentricités: il ne porte que des baskets avec ses costumes et parle ouvertement de sa consommation de cannabis (il dit avoir arrêté depuis le début de sa campagne pour la présidentielle).

Le 8 septembre, il est devenu célèbre dans le monde entier comme l'homme politique qui n'a jamais entendu parler d'Alep. À la question d'un journaliste, «Si vous êtes élu, que feriez-vous à propos d'Alep?», il avait répondu: «Et c'est quoi Alep?»

Johnson est là pour «s'amuser»

Deux semaines après cette bourde, une autre apparition télévisée de Johnson a presque réussi à éclipser son ignorance sur la Syrie: le 23 septembre, il a en effet décidé de finir une interview en tirant la langue pendant près de dix secondes.

Une journaliste de MSNBC lui avait demandé s'il pensait pouvoir rivaliser avec Donald Trump et Hillary Clinton s'il avait accès aux débats présidentiels (il fallait 15% des intentions de vote pour être invité). Johnson a répondu que oui, et que «ça n'aurait rien à voir avec [sa] performance... Ce serait juste que les gens reconnaissent qu'il y a un autre choix.» Et puis il a rajouté une phrase quasi-incompréhensible en tirant la langue: «Je crois que je pourrais juste être là pour le débat et ne rien dire...»

Plus tard, un porte-parole a expliqué que Johnson voulait juste «s'amuser». Il faut dire que chez les libertariens, l'ambiance était décontractée dès le début. Fin mai, la convention du parti avait été marquée par le strip-tease en direct d'un candidat (qui avait fini par être évacué de la scène en string).

«J'ai un gel du cerveau»

Quelques jours après l'apparition de sa langue en direct, Johnson a connu un autre moment gênant à la télé. Le journaliste de MSNBC Chris Matthews lui a demandé de citer un leader étranger qu'il admirait. L'ancien gouverneur du Nouveau-Mexique a répondu «Pfffff» puis a affirmé connaître «un autre moment à la Alep» car il ne retrouvait pas le nom de l'ancien président du Mexique: «J'ai un gel du cerveau.»

Cette accumulation a même inspiré le journaliste Joe Scarborough, qui présente l'émission «Morning Joe» sur MSNBC et a écrit une chanson intitulée «What Is Aleppo?». Parmi les paroles: «C'est pas facile de faire campagne pour la présidence quand on est tellement défoncé qu'on ne peut rien voir.»

Et puis, le 4 octobre, Gary Johnson a choisi de défendre son ignorance de manière inattendue et confuse:

«Le fait que quelqu'un connaisse des dirigeants étrangers et des lieux géographiques lui permet de mettre nos soldats en danger... Nous élisons des gens qui connaissent ces noms et ces lieux, alors qu'il faudrait mieux voter pour la philosophie sous-jacente, il faut arrêter d'être impliqué dans ces changements de régimes.»

Pétage de plombs

Pour ne rien arranger, il avait fini l'entretien avec un sourire semi-diabolique:

«Le visage de Gary Johnson à la fin de cette interview avec @MitchellReports sur @MSNBC est à mourir de rire.»

Sa logique sur l'ignorance géographique n'a pas convaincu tout le monde. Le journaliste Ian Millhiser, de ThinkProgress, a bien résumé la situation

«Sur ma télé, un Gary Johnson en colère crie qu'il ne déclarera aucune guerre parce qu'il ne sait rien des pays étrangers.»

D'autres ont noté que l'apparence de Johnson ce jour-là tendait à faire penser qu'il était en train de péter les plombs, comme ici un journaliste du New York Times:

«Au fait, Gary Johnson, ça s'appelle un peigne. Tu peux pas juste sortir du lit et arriver devant les caméras. Arrête mec.»

Il a fumé trop de joints

Même l'écrivain Joyce Carol Oates avait été inspirée par le personnage:

«Gary Johnson, c'est le brouillard du cerveau en semi-cauchemar, quand vous n'êtes ni vraiment éveillé ni endormi, et que tout cela ce passe en public.»

Ce qui est sûr, c'est que la campagne de Johnson, le seul candidat pro-légalisation du cannabis, n'est probablement pas un cadeau pour les militants en faveur de la légalisation, tant l'ex-gouverneur semble exhiber les symptômes caricaturaux de celui qui a fumé trop de joints (perte de mémoire, manque de sérieux...).

Le 19 octobre, une journaliste de CNN lui avait demandé s'il était défoncé lors de la question sur Alep. Il a dit que non et répondu, tout simplement: «J'ai eu un pet du cerveau».

Claire Levenson
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