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Peut-on porter un leggings en public quand on n’a plus 20 ans?

Une femme portant un leggings dans la rue, à Mimai, en Flordie, en février 2016. Photo Joe Raedle / Getty Images / AFP

Une femme portant un leggings dans la rue, à Mimai, en Flordie, en février 2016. Photo Joe Raedle / Getty Images / AFP

«Non», a répondu un habitant de la petite ville de Barrington (Rhode Island) dans une tribune d’un journal local. «Eh ben, si», ont rétorqué 300 manifestantes, qui ont paradé –en leggings– sous les fenêtres de l’impétrant dimanche dernier.

Les hommes sont décidément d’étranges créatures… Mercredi 19 octobre, plutôt que de sculpter des citrouilles pour Halloween, ou de réviser sa dinde pour Thanksgiving, le jusque là anonyme Alan Sorrentino a écrit au Barrington Times une diatribe enflammée contre les porteuses de leggings âgées de plus de 20 ans, qui polluent son champ de vision à un niveau devenu intolérable.

Selon cet écologiste de l’esthétique, qui décrit le leggings («yoga pants» en V.O.) comme «la pire invention depuis la minijupe», les post-pubères devraient cantonner cette tenue aux salles de yoga, et revêtir en public des vêtements moins agressifs pour sa rétine coeliaque, comme par exemple «de jolis pantalons de tailleur ou des jeans». Saluer le soleil les jambes gainées de préservatifs en lycra coloré, passe encore, saluer des êtres humains, voire carrément des hommes, non.

Plusieurs lectrices –et je l’espère, quelques lecteurs– du Barrington Times ont sans doute haussé les épaules. D’autres ont suggéré par voie de presse au sexagénaire d’aller se faire voir. Étrangement, aucune ne lui a conseillé de redresser son regard de quelques degrés vers le nord, plutôt que de le laisser s’enliser dans les marécages fessiers de ses concitoyennes. Pas plus que quiconque a défendu la minijupe, arguant que les Birkenstock, les Uggs ou les Croc’s, réhabilitées lors la dernière fashion week de Londres, constituaient un crime de lèse-fashion bien plus grave, perpétré en toutes saisons par les femmes comme par les hommes.

Défilé contre la misogynie ordinaire

Au lieu de quoi, trois cents militants de la liberté d’expression vestimentaire, dont une majorité de femmes, ont défilé pacifiquement dimanche après-midi dans le quartier d’Alan Sorrentino, qui n’a pas répondu à l’invitation des pro-leggings à se joindre à eux. Retranché chez lui, une banderole marquée «liberté d’expression» (sic) placardée sur la façade de sa maison gardée par la police, Sorrentino s’est dit scandalisé par cette initiative «vicieuse et intimidante».

Les organisatrices ont rétorqué qu’elles manifestaient moins pour le port du leggings en pleine rue que contre la misogynie ordinaire, et le paternalisme goguenard avec lequel les hommes décident depuis des siècles comment couvrir ou découvrir le corps des femmes. Le défilé s’est achevé par une gigantesque séance de yoga en plein air, et les fonds récoltés lors de cette manifestation seront remis à une association en faveur des victimes de violence domestique.

Porter des leggings de 7 à 77 ans (et au-delà): la version 3.0 de l’autodafé de soutiens-gorge. On doit appeler ça le progrès social.

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