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Comment un slogan nazi s'est retrouvé dans les meetings de Trump

Lors d'une manifestation du mouvement Pegida, le 26 septembre 2016 à Dresde, une manifestante porte une pancarte «Salut la presse à mensonges, Goebbels serait fier de vous et de votre bellicisme anti-russe». ARNO BURGI / DPA / AFP.

Lors d'une manifestation du mouvement Pegida, le 26 septembre 2016 à Dresde, une manifestante porte une pancarte «Salut la presse à mensonges, Goebbels serait fier de vous et de votre bellicisme anti-russe». ARNO BURGI / DPA / AFP.

Utilisée par la machine de propagande de Goebbels pour dénoncer la presse communiste et juive, l'expression «Lügenpresse» («presse à mensonges») est désormais reprise par les militants de Pegida comme par les partisans du candidat républicain.

Dans la foule d'un meeting à Cleveland (Ohio), deux supporters de Trump interpellent des journalistes: «Voilà ce que vous êtes! Lügenpresse», lance l'un. L'autre renchérit («Lügenpresse!») puis se tourne vers son camarade et lui dit «Je ne sais pas si je l'ai bien prononcé». L'autre le rassure, «Tu l'as bien prononcé», avant qu'il ne lance: «Vous êtes maqués avec les Clinton, vous êtes tous payés par eux.»

Rien que de très habituel pour les journalistes qui couvrent les meetings du candidat républicain, qui ont pris l'habitude d'être insultés par la foule, si ce n'est l'emploi de cette expression allemande, Lügenpresse, qui signifie «presse à mensonges». Et qui, si elle a émergé au XIXe siècle, est associée dans la mémoire allemande à l'époque nazie. Comme l'explique le Washington Post, elle était par exemple utilisée, pendant la Première Guerre mondiale, pour dénoncer la propagande des puissances étrangères, essentiellement de manière «descriptive». Elle est ensuite devenue plus «explosive et stigmatisante» sous le nazisme, quand la machine de propagande de Joseph Goebbels s'en est servie pour accuser les juifs et les communistes de diriger les médias opposés au nouveau pouvoir.

L'expression a depuis connu une résurgence dans la politique allemande, puisqu'elle est fréquemment utilisée par les membres du groupe d'extrême droite Pegida, avec par exemple le slogan «Lügenpresse, halt die Fresse» («Fermez la, presse à mensonges»). En janvier 2015, «Lügenpresse» avait d'ailleurs été désigné «non-mot de l'année» par un jury de linguistes et de journalistes, qui organisent chaque année ce concours pour se démarquer du «mot de l'année» élu par la Société pour la langue allemande. Nina Janich, une des membres du panel, avait alors estimé qu'il s'agissait d'une expression «contaminée» par son utilisation par les nazis.

Elle est donc depuis arrivée dans la bouche des supporters les plus fervents de Trump –on la trouve par exemple mentionnée à plusieurs reprises sur le forum de Reddit qui lui est consacré, qui regroupe beaucoup de militants acharnés. Richard Spencer, un leader du mouvement nationaliste blanc, a expliqué à BuzzFeed qu'il «voyait des inscriptions “lying press” et “Lügenpresse” partout. C'est typique de l'alt-right, à la fois sérieux et ironique et avec une référence rusée à dénicher».

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