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Une maniaque du frigo détaille ses techniques de rangement

Frigo vu de l'intérieur | Stacy via Flickr CC License by

Frigo vu de l'intérieur | Stacy via Flickr CC License by

Un frigo, ça se range. Ou pas.

Le contenu de mon réfrigérateur occupe vraiment une grande place dans ma vie mentale. Au moins une fois par semaine, avant mon expédition du samedi au marché de producteurs et au supermarché, je l’examine et je jette tout ce qui est périmé, je fais de la place pour les nouvelles provisions et je prends note des produits de base qu’il faut racheter. Ranger les courses le samedi après-midi peut me prendre jusqu’à une heure car j’ai mis au point tout un tas de petites stratégies de stockage. Comme je cuisine beaucoup, mon zèle a à mes yeux des allures de nécessité –les étagères du frigo débordent toujours de boîtes hermétiques Pyrex remplies de restes, de bols d’agrumes et de grands bocaux du bouillon de poulet que j’ai fait il y a quelques jours et que je dois encore congeler.

Si une organisation aussi réglée peut avoir l’allure de saine habitude, en réalité elle est source de conflits au sein du couple. Quand mon mari ramène des bouteilles de bière à la maison je lui demande sur un ton limite agressif: «Mais où est-ce qu’on est censé mettre ça?» Le frigo du dimanche, plein à craquer de denrées réemballées et étiquetées, est une contrée exotique à ses yeux et il arrive régulièrement qu’il jette un œil dans ses foisonnantes profondeurs avant de me demander: «Qu’est-ce que je peux manger là-dedans?»

J'ai donc fini par m'interroger: est-ce que je suis tordue de surveiller mon frigo comme le lait sur le feu? Ou est-ce que ça passe quand même –voire, oserai-je le dire, est-ce que je suis normale?

Quand le nettoie-t-on?

J’ai mené une enquête auprès de 179 amis, collègues et membres de la famille sur leurs rapports avec leur frigo. J’ai découvert que dans l’ensemble des personnes interrogées constituées à trois quarts de femmes et pour moitié d’âge mûr, je figure parmi les 16,8% qui écument leur frigo toutes les semaines pour en éjecter la nourriture périmée. (Interrogé sur ses habitudes de vidage de frigo, la moitié du groupe a choisi la réponse «Quand je vois quelque chose de dégueu et que je me rends compte que la situation est devenue incontrôlable»).

Je pense que je conserve trop d’aliments différents. L’étagère supérieure de notre frigo est toujours tellement pleine à craquer que les boîtes Pyrex se cachent derrière les boissons et qu’il faut plonger pour attraper les trois différentes sortes de kéfir en planque en dernière ligne. Certaines des réponses de mon sondage ont corroboré ces craintes: je fais partie d’une toute petite fraction des personnes interrogées (10,1%) qui ont régulièrement plus de 4 sortes de pickles sous la main (en ce moment: betterave et gingembre, haricots verts, deux sortes de concombres aigres en saumure, du kimchi et de jeunes pousses de gingembre marinées). Seules 28,5% des personnes interrogées aimeraient avoir un plus grand réfrigérateur. Un peu plus de la moitié (53,1%) estiment que leur frigo est juste de la bonne taille, ce qui me semble complètement dingue. D’un autre côté, je n’ai vraiment pas beaucoup travaillé sur l’optimisation de l’infrastructure physique de mon frigo et peut-être devrais-je m’inspirer de 59,8% des personnes sondées et déplacer mes étagères en fonction des utilisations, histoire d’y caser encore plus de trucs.

Aucun d’entre nous –ni moi, ni ceux que j’ai interrogés– ne nettoie suffisamment son frigo (par «nettoyer» j’entends «tout sortir, utiliser de l’huile de coude pour se débarrasser de toutes les traces de confiture et autres cercles crados laissés par les bocaux, sans oublier les vieux bouts de salade qui traînent, et ensuite tout remettre»). Je fais ça environ deux fois par an, comme 19% de ceux qui m’ont répondu. 20,1% le font une fois par an. 14% ont opté pour «quand j’ai des invités et que j’ai trop honte» et 22,9% pour «quand je déménage.» Cela peut être une affaire de moment de transition dans la vie; autrefois, j’étais moi-même adepte de l’école de pensée «on lave quand on déménage» mais à présent que je suis propriétaire et que je vais posséder le même réfrigérateur pour une période indéfinie, je dois passer à la vitesse supérieure.

Petites manies

Voici quelques-unes des choses que je fais et qui, apparemment, ne sont pas toutes totalement normales:

Les boîtes: J’aime vraiment beaucoup les boîtes Pyrex—terme générique qui sert à désigner les contenant en verre qui vont du frigo au congélo en passant par le four à micro-ondes. Ces cinq dernières années, j’ai abandonné la plupart des boîtes alimentaires en plastique et aujourd’hui je possède un placard de cuisine entièrement dédié au rangement de mes boîtes vides de toutes tailles. Seul un quart de ceux qui m’ont répondu sont comme moi et choisissent les boîtes hermétiques Pyrex plutôt que Tupperware pour des raisons sanitaires (il n’est pas prouvé que conserver de la nourriture dans du plastique est mauvais pour la santé, mais c'est une découverte assez récente qui n’est peut-être pas encore de notoriété publique) ou de durabilité.

Fromage: je fais partie des seulement 2,2% qui conservent leurs fromages entamés dans ces sacs à fromages en papier aérés (la plupart des gens se contentent de les coller dans des sachets en plastique à glissière une fois ouverts). Vous savez quoi, les fromages se conservent tellement plus longtemps comme ça! Oui, j’ai essayé d’utiliser du papier sulfurisé et de la ficelle pour fabriquer ces emballages moi-même et ainsi éviter d’avoir à les acheter et non, ça n’a pas aussi bien fonctionné.

Quand je ne veux pas que mon mari mange certains aliments, je les planque dans le bac à légumes

Légumes verts: voilà comment je fais. Je prends un bouquet de légumes à feuilles (kale, chou cavalier, roquette, laitue) et j’enlève l’élastique qui le maintient en place. Je déroule un peu d’essuie-tout et j’étale les feuilles dessus, en enroulant régulièrement le sopalin pour que le bord des feuilles, encore humides à cause de l’arrosage en brume du magasin ou de l’arrosoir matinal du producteur, ne collent pas entre elles et ne développent pas cette crasse noire un peu dégueu. Quand j’ai fini, je me retrouve avec une espèce de millefeuille sopalin-légumes verts, que je place dans des sacs en plastique à glissière de 7 litres avant de les ranger dans le bac à légumes du réfrigérateur. Et ce n’est pas tant du gaspillage que ça en a l’air puisqu’on peut réutiliser le sopalin qui en général n’est que très peu humide.

7,4% des personnes que j’ai interrogées font la même chose, et j’ai été honnêtement très heureuse de constater que j’avais des âmes sœurs dans ce domaine. Mais bon, la plupart des gens se contentent de mettre leurs légumes verts dans des sacs en plastique avant de les coller dans le compartiment à légumes.

Cache-cache

Apparemment, une de mes habitudes est tout de même relativement normale: quand je ne veux pas que mon mari mange certains aliments, je les planque dans le bac à légumes. C’est le seul avantage de mon statut de grande-maîtresse des courses dans mon foyer (ou peut-être de sa «cécité masculine face au frigo», comme une des personnes interrogées qualifie l’incapacité de son propre partenaire à s’orienter parmi les étagères): il ne soupçonnera jamais l’existence de ces framboises et mon bol de yaourt-muesli-framboises du matin ne risque rien.

Il se trouve que les gens qui vivent avec d’autres gens ont tout un tas d’astuces pour dissimuler la nourriture à laquelle ils tiennent. Les sandwichs à la crème glacée se retrouvent planqués sous les légumes surgelés, ou dans un petit tiroir du congélateur rarement utilisé. Le compartiment à beurre renferme du chocolat pour l’un, des bonbons pour l’autre. Et une des personnes interrogées m’a même raconté posséder «un frigo miniature exclusivement réservé à mes en-cas» –ou comment encore plus se simplifier la vie. Pour ceux qui vivent à deux, cacher de la nourriture peut être un moyen d’empêcher son/sa partenaire de trop manger d’un aliment dont il/elle essaie de diminuer la consommation, ou encore une déclaration d’indépendance économique. Quelqu’un m’a dit que dans son foyer, quand il s’agit de nourriture achetée avec la carte de crédit du compte commun, «on ne se dispute pas pour savoir qui a mangé la dernière part». En revanche, en ce qui concerne les en-cas achetés avec les budgets individuels: «Pas touche ou ça va chier!»

Suis-je normale alors? Je n’en sais toujours rien. Je regrette de ne pas avoir demandé dans mon sondage combien de plats à emporter ou de repas au restaurant chacun consommait par semaine. Je crois qu’il pourrait y avoir des corrélations intéressantes entre la rigidité de mes habitudes en termes de frigo et le nombre élevé de repas réalisés à la maison nécessités par la pénurie de restaurants dans ma ville. Il va forcément falloir tirer ça au clair avec de nouvelles recherches scientifiques.

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