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En Corée du Sud aussi, la guerre des sexes aura bien lieu

Temps de lecture : 2 min

Les Coréennes subissent de plein fouet le sexisme d'une jeune génération frustrée. Pour défendre leur cause et prôner leur égalité, un nouveau féminisme émerge. Mais les faits de violence perdurent voire s'aggravent.

ED JONES / AFP
ED JONES / AFP

Cigarette au bec, regard porté au loin tel un séducteur-prédateur nonchalamment accoudé au capot d'une voiture de laquelle dépassent deux jolies jambes ligotées... Et en sous-titre: «A real bad guy». Cette photo de l'acteur Kim Byeong-ok (Old Boy…) en Une du magazine coréen Maxim peut paraître un peu ringarde, si ce n'est terriblement cliché. Mais en Corée du Sud, elle a réveillé la guerre des sexes qui agite actuellement le pays, raconte Quartz.

Megalian.com a largement relayé l'image sur les réseaux forçant le groupe Maxim à s'excuser auprès de ses lecteurs et lectrices. C'est pour dénoncer ce type de comportements misogynes que le site féministe a vu le jour en juin 2015. À l'époque, deux Coréennes qui avaient refusé d'être mise en quarantaine à HongKong après être entrées en contact avec un homme contaminé par le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient avaient été fortement insultées sur certains forums très populaires. Des activistes avaient alors tenu à répondre aux remarques misogynes. En signe de moquerie réciproque, le groupe anti-misogyne a d'ailleurs choisi un logo très provocateur... Il s'agit d'une main signifiant la petitesse de la taille des sexes masculins.

Compétition et frustration

Depuis une vingtaine d'années, les femmes sont aussi qualifiées et diplômées ques les hommes. Désireuses de ne pas rester à la maison comme le faisait leur mère, elles arrivent sur le marché du travail, prêtes à répondre aux meilleures offres d'emploi. Pour les jeunes coréens, c'est un affront. Ceux-ci les voient comme de redoutables compétitrices qui prennent leurs postes et risquent de mettre mal leurs rêves de réussite.

Surtout qu'avec un taux de chômage chez les jeunes qui avoisine les 10%, l'économie nationale a perdu de son allant. On assiste à l'essor de nombreux postes précaires que personne ne veut tandis que les emplois les plus prestigieux se font de plus en plus rares.

Et les stéréotypes ont la dent dure. Les Coréennes font l'objet de nombreuses insultes sexistes et dégradantes. Le magazine Quartz a repéré celles de «Kimchi bitch» pour désigner les jeunes femmes uniquement intéressées par le compte bancaire de leur conjoint, ou encore les «doenjan girl» et «bean paste girl», qui visent celles qui font passer l'achat de produits de luxe avant celui des produits de base essentiels.

Une femme est tuée par son conjoint tous les trois jours

En Corée où la criminalité est pourtant parmi les plus faibles au monde, le nombre d'agressions sexuelles a même sensiblement augmenté ces dernières années. Une étude de l'Institut de Développement des Coréennes précise d'ailleurs que les femmes sont davantage victimes d'homicides que les hommes. Selon Song Ran-hee, secrétaire générale de Korea Women’s Hotline, une association consacrée à l'aide des femmes dans le besoin, une femme est tuée tous les trois jours par son conjoint ou ex-compagnon en Corée.

Pour beaucoup de Coréennes qui craignent les représailles de leur conjoint, le simple fait de rompre est une source de peur et de danger. Insultes, harcèlement, diffusion des photos et vidéos intimes, la revanche pornographique est devenue une menace contre laquelle elles doivent se battre, raconte encore Quartz.

Pour preuve, un article du magazine coréen Chosen Weekly a même été intitulé «Cinq choses que je dois dire à ma fille pour rompre en sécurité». Parmi les conseils que peuvent y trouver les jeunes femmes: «ne pas faire ses adieux dans un endroit privé» ou encore «menacer d'appeler la police s'il vous traque». Preuve que la violence faite aux femmes n'est pas simplement qu'une mauvaise image.

Slate.fr

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