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Être transgenre, ça se voit dans le cerveau

Manifestation Existrans, Paris, le 15 octobre 2016 | Julie Missbutterflies
 via Flickr CC License by

Manifestation Existrans, Paris, le 15 octobre 2016 | Julie Missbutterflies  via Flickr CC License by

Une nouvelle étude confirme que la transidentité s'accompagne de modifications dans les réseaux neuronaux impliqués dans la sensibilité et la conscience de soi

Beaucoup d'individus trans ont l'impression que des parties de leur corps ne sont pas adaptées à leur identité de genre. Chez les personnes ayant subi des opérations de chirurgie et/ou des traitements hormonaux, cette dissonance est souvent moins saillante et le sentiment de se sentir «soi-même» plus fort.

Une réalité connue qui a incité l'équipe de Laura Case, de l'université de Californie à San Diego, à examiner si ces sensations n'étaient pas liées à la manière dont le cerveau traite l'image corporelle. Pour ce faire, elle a recruté huit trans FtM –des individus anatomiquement femmes, mais s'identifiant comme hommes et envisageant à plus ou moins court terme une chirurgie réparatrice. Le groupe de contrôle était constitué de huit femmes cisgenres –anatomiquement femmes et s'identifiant comme telles.

Tandis que l'activité cérébrale des participants était surveillée par magnétoencéphalographie, les chercheurs leur touchait la main ou la poitrine. Ensuite, afin d'obtenir un tableau plus précis des réactions neuronales induites par ces manipulations, les cerveaux des volontaires ont été cartographiés par IRM.

Dépersonnalisation corporelle

Dans les deux groupes, l'expérience augmente l'activité du cortex somatosensoriel –un phénomène somme toute logique, vu que cette région du cerveau est impliquée dans la conscience des sensations, et notamment celles liées au toucher.

Par contre, dans le groupe des personnes trans, cette activité est bien moindre lorsque c'est la poitrine, et non la main, qui est stimulée. Dans ce cas, les scientifiques notent aussi une baisse d'activité dans le gyrus supramarginal, impliqué dans la représentation consciente des mouvements et de l'intégrité physique.

Case émet l'hypothèse que lorsque les trans FtM se font toucher la poitrine, leur cerveau n'estime pas que cette partie du corps leur appartient, ce qui serait cohérent avec les sentiments de dépersonnalisation et d'inadéquation corporelles sus-cités.

La chercheuse souligne que cette expérience «ne nous dit pas pourquoi ces différences existent, mais nous espérons qu'elle permette de compléter la compréhension médicale de l'identité de genre et l'importance que revêt la transition physique pour de nombreux individus».

Mieux dans leur peau

En particulier, impossible de se prononcer sur la direction d'un éventuel rapport de causalité entre la dépersonnalisation et les modifications cérébrales. Est-ce que les trans ont, au départ, un cerveau différent qui les pousse à ressentir un décalage entre leur anatomie et leur identité de genre ou le phénomène est-il inverse: le cerveau se modifie-t-il au cours du temps parce que les personnes se considèrent étrangères à leur propre corps?

Cette étude n'est pas la première à observer des différences cérébrales significatives entre transgenres et cisgenres. Par exemple, en 2011, l'équipe d'Antonio Guillamon, chercheur en neuroscience comportementales à l'IDIBAPS de Barcelone, avait montré que dans quatre régions du cerveau de trans MtF qui n'avaient pas encore subi de réassignation chirurgicale, la substance blanche était bien plus proche d'une structure typiquement féminine que masculine.

D'autres études montrent que dès l'âge de 2 ans, des enfants peuvent ressentir un décalage entre leur anatomie et leur identité de genre, des sentiments qui s'évanouissent à la puberté dans 73% des cas. Selon Case et ses collègues, mieux comprendre les traductions neuroanatomiques et neurofonctionnelles de la transidentité permettrait d'intervenir le plus tôt possible pour les 27% restants, afin de leur offrir une existence au mieux dans leur peau.

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