Partager cet article

Notre guide des régions de France à l'attention des migrants

Des migrants embarquent dans des bus à Calais, le 24 octobre 2016. PHILIPPE HUGUEN / AFP

Des migrants embarquent dans des bus à Calais, le 24 octobre 2016. PHILIPPE HUGUEN / AFP

Le démantèlement de la «Jungle» de Calais a débuté lundi 24 octobre. Les 6.400 migrants qui veulent rejoindre des Centres d'accueil et d'orientation peuvent choisir leur destination.

Le démantèlement de la «Jungle» de Calais, amas de camps de réfugiés et de migrants installés à proximité de l'entrée française du tunnel sous la Manche, a débuté lundi 24 octobre. C'est l'État français qui a décidé de sa fermeture, alors que l'insalubrité qui y règne depuis des années est devenue encore plus critique avec la crise migratoire à laquelle est confrontée l'Europe depuis deux ans. Les 6.400 migrants présents à Calais sont évacués à bord de bus à destination de toutes les régions de France, excepté la Corse et l'Ile-de-France. 

La répartition de ces demandeurs d'asile ressemble à une loterie. Sur une carte, les migrants doivent choisir deux régions dans lesquelles ils désirent se rendre. La grande majorité d'entre eux ne connaît évidemment rien à la Bourgogne ou à la Bretagne, mais il faut choisir. Des Centres d'accueil et d'orientation (CAO) répartis dans toute la France offrent 12.000 places d'hébergement.

Pour ces Soudanais, Syriens ou Afghans qui quittent Calais, voici donc un petit guide de l'accueil qui les attend, de l'Occitanie à la Normandie.
 

1.En Paca, pas de comité d'accueil

La région Paca est confrontée directement à la crise migratoire. Depuis plusieurs années, l'afflux de migrants à la frontière entre l'Italie et la France est en hausse, conséquence de l'arrivée de milliers de demandeurs d'asile dont les embarcations traversent la Méditerranée depuis l'Afrique du Nord vers le sud de l'Europe. 

«Conséquence du rétablissement des contrôles à la frontière franco-italienne depuis juin 2015, Vintimille a pris des allures de cul-de-sac. Et, même quand les migrants parviennent à traverser la frontière, ils sont en majorité interceptés par la police française et renvoyés en Italie, où leurs empreintes ont été enregistrées (...) En vain. Ils refont le chemin jusqu’à la frontière», écrivait Le Monde en août 2016

Le sort des migrants crispe l'opinion publique et la classe politique dans le Sud-Est de la France. «Multiplier les petits Calais en France est une erreur tragique qui s'assimile à une provocation. Cela exacerbe les tensions et peut-être les violences dans les régions», a déclaré Eric Ciotti, le président du Conseil départemental des Alpes-Maritimes, à propos de la répartition des migrants dans les régions. Il a répété cette idée lundi 24 octobre dans la matinale de la radio RFI.

Surtout, aux élections régionales de 2015, la tête de liste du Front national –parti très virulent contre l'accueil de migrants en France–, Marion Maréchal-Le Pen, a rassemblé 45,22% des suffrages au second tour, perdant de peu face à Christian Estrosi, maire de Nice, membre du parti Les Républicains et lui aussi peu enclin à voir des demandeurs d'asile s'installer en Paca.

Pourtant, la région devra accueillir 1.175 migrants d'ici décembre dans ses centres, selon les directives de l'Etat.  
 

2.Auvergne-Rhônes-Alpes, entre Mont-Mézenc et Wauquiez

La région Auvergne-Rhône-Alpes s'apprête à recevoir 751 migrants de Calais dès cette semaine. Le préfet du Rhône l'a annoncé dans un tweet. 

La région compte 7,8 millions d'habitants, le rapport est donc de 1 pour 10.000 habitants, a précisé le préfet de région, Michel Delpuech. Même si d'ici décembre ce total va plus que doubler avec l'arrivée d'un total de 1.784 réfugiés, c'est un ratio qui ressemble à une goutte d'eau dans la Saône. Mais ce n'est pas l'avis de tout le monde.

«C'est de la folie (...) On ne résout pas Calais, on va multiplier des Calais partout en France. (...) On s'apprête avec ce plan à créer un appel d'air énorme sur l'immigration clandestine. C'est fait avec un mépris pour la population et les élus qui est absolument incroyable», a réagi le président de la région, Laurent Wauquiez, le 14 octobre sur RTL 


Heureusement, il y a aussi des initiatives plus positives. Le journal local La Montagne rapporte que près de 2.000 personnes ont répondu à l’appel lancé par les collectifs Nuit debout et des associations de porter en haut du mont Mézenc, à la frontière entre l'Ardèche et la Haute-Loire, un message de bienvenue aux réfugiés, dimanche 23 octobre. 

 

3.L'Occitanie, «ouverte et généreuse»

On imagine que des membres de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (Ofii) qui assistaient les migrants dans leur choix des régions devaient parfois être aussi désemparés que les Soudanais ou les Syriens qui étaient devant eux pour placer l'Occitanie sur une carte. Fusion du Midi-Pyrénées et du Languedoc-Roussillon, la région doit accueillir 1.445 demandeurs d'asile dans les prochains mois. 

La présidente du conseil régional, Carole Delga, a affirmé à plusieurs reprises que l'Occitanie ferait tout pour accueillir les migrants du mieux possible. «Fières que des enfants et hommes viennent trouver refuge en #Région Occitanie ouverte et généreuse!», a t-elle écrit sur son compte Twitter

De nombreuses associations de la région ont également publié une pétition sur le site Change.org pour réclamer la gratuité des transports pour les migrants en Occitanie. De nombreux Centres d'accueil et d'orientation sont en effet situés en milieu rural. 

Mais tout n'est bien sûr pas rose. Comme le rapporte l'AFP, à Saint-Bauzille-de-Putois, un village de 1.800 habitants dans les Cévennes, le maire (sans étiquette) Michel Issert a présenté sa démission pour dénoncer un «diktat» de l'État. L'élu estime que le nombre de migrants (87) que sa commune est chargée d'accueillir est disproportionné.
 

4.Collecte solidaire en Nouvelle-Aquitaine

La région Nouvelle-Aquitaine prépare l'arrivée d'un total de 1.484 réfugiés, dont 900 cette semaine. Un défi à relever pour de nombreuses municipalités, notamment en Charente où 80 personnes sont attendues. À Cognac, sous-préfecture du département, une collecte solidaire organisée par la Croix-Rouge locale et la mairie a rencontré un gros succès. 

«Rien que samedi, 2 200 articles ont été enregistrés. Voilà le bilan encore provisoire d'une campagne de dons en faveur des migrants organisée ce week-end», rapporte le journal Sud-Ouest. Marianne Reynaud-Jeandidier, l'élue municipale (PS) en charge des affaires sociales, s'est félicité de l'arrivée d'une quinzaine de personnes venues de Calais. «Non seulement c'est une obligation, mais cela fait partie de nos valeurs», a-t-elle affirmé. 

Le président socialiste de la région, Alain Rousset, a tenu un discours semblable. 

«Loin des réactions affolées, outrancières et manipulatrices de certains, nous, présidents de Régions et élus régionaux socialistes, faisons le choix de réfléchir et d'agir avec responsabilité s'agissant de la question des migrants qui sont autant de vies brisées dont le chemin tragique a conduit les pas vers notre pays et les poussent vers la côte de Calais.»

 

5.Bus stoppé en Bourgogne-Franche-Comté

Selon l'AFP, le premier car de migrants à quitter la «Jungle», lundi 24 octobre, avait pour destination la Bourgogne-Franche-Comté, avec à son bord 50 Soudanais. Parmi eux, Bachir a expliqué que, «n'importe où en France» sera mieux que les tentes du quartier de la communauté. Quel accueil les attend dans la région? 

À Besançon, ils seront accueillis chaleureusement par le maire, Jean-Louis Fousseret. La ville a lancé une plateforme numérique pour que les habitants volontaires puissent aider les migrants. «Le 19 octobre dernier, 15 premières personnes sur les 40 attendues sont arrivées dans notre ville, des familles avec des enfants ainsi que des personnes isolées, souriantes et heureuses d’être parmi nous après toutes les terribles épreuves qu’elles ont subies» a écrit le maire de la ville dans un édito.

À Montceau-les-Mines en Saône-et-Loire, le climat n'est pas le même. Un car devait y amener 23 demandeurs d'asile, des Erythréens et des Somaliens, mais leur venue a été interrompue par le préfet. «La maire de la ville s'émeut en effet de ne pas avoir été prévenue et s'oppose à ce type d'accueil dans un logement collectif», a rapporté France 3 Bourgogne. 

6.«Propagande pro-migrants»dans le Grand Est

Difficile de savoir ce que pense réellement le président de la région Grand Est, Philippe Richert, sur la question de la répartition des migrants en région –1.332 doivent être accueillis dans l'est de la France. Dans l'émission «Dimanche en politique», sur la chaîne France info, l'élu Les Républicains avait affirmé début septembre:

«Nous devons être ouverts quand des familles arrivent de zones de guerre comme Alep. Nous devons les accueillir et non simplement tourner la page (...) Si on reproche aux associations qui aident ces gens qui viennent de zone de guerre qu'elles font preuve de trop d'empathie, très franchement je trouve qu'on va loin.»

Tout en répétant que l'accueil des migrants n'est pas la responsabilité de la région, mais des communes et des départements. 

Sur cette question, Philippe Richert est pris en étau entre le FN, qui a poussé le président de la région à une triangulaire au second tour des élections de 2015, et les valeurs chrétiennes de la droite alsacienne. 

Les élus FN ont eux moins de scrupule. À Hayange, le maire Fabien Engelmann a menacé d'expulser dans les jours à venir l'antenne locale du Secours populaire qui occupait jusqu'à présent un local de la ville à titre gratuit. L'élu FN accuse l'association de mener une «propagande pro-migrants».

On ne souhaite à aucun réfugié d'arriver en bus dans un Centre d'accueil et d'orientation à proximité d'une municipalité FN. 

 

7.Le coup de pouce financier du Centre-Val de Loire

Le Centre-Val de Loire attend l'arrivée de 590 migrants dans les prochains jours, et un total de 828 dans les prochains mois. Dans cette région célèbre pour ses édifices médiévaux qui trônent en bord de Loire, les demandeurs d'asile vont-ils bénéficier d'une vie de «château»? À Issoudun, commune de l'Indre, le maire André Laignel s'est en tout cas joint à d'autres élus de toute la France pour un appel à la solidarité envers les migrants de Calais

Le président de la Région Centre-Val de Loire, François Bonneau, a annoncé vouloir débloquer une aide d'urgence de 100.000 euros, rapporte France Bleu. Une somme qui serait versée à la Croix Rouge Internationale pour venir en aide aux migrants s'agissant de leur situation humaine et sanitaire. À Guillaume Peltier, le chef de file régional Les Républicains qui a critiqué cette mesure, François Bonneau a répondu: «Ne laissons pas caricaturer cette action». 

8.Pays de la Loire: choisissez votre cortège

Une ville symbolise la division des habitants des Pays de la Loire autour de la question des migrants. Comme le rapporte Europe 1, la commune de Saint-Brévin, située à quelques dizaines de kilomètres de Nantes sur l'estuaire de la Loire, a vu deux cortèges de manifestants défiles dans ses rues samedi 22 octobre: l'un en faveur de l'accueil des réfugiés, l'autre contre. 

La région attend 922 migrants dans les prochains mois. Son président, Bruno Retailleau (LR), tient une position ferme contre leur arrivée. Il faut «avoir le courage de les renvoyer dans leur pays d'origine», a t-il notamment déclaré sur le plateau télé du journal L'Opinion.


 

9.En Bretagne, l'exemple réussi de Cancale

La Bretagne est la région qui accueille le moins de migrants avec la Bourgogne-Franche-Comté. Ils sont 760 à être attendus à Beaucé, Guidel ou Vannes, note Le Télégramme. Mais c'est le nom de Cancale qui est le plus souvent répété. Cette commune de 5.000 habitants en Ille-et-Vilaine a en effet déjà accueilli pendant trois mois des migrants de la «Jungle» au printemps 2016. «Ces personnes, qui ont surmonté l'innommable, ont retrouvé ici un cadre apaisé», a confié le maire LR de la ville, Pierre-Yves Mahieu, qui avait rencontré une forte opposition d'une frange de la population avant l'arrivée des migrants. 

Evidemment, comme partout, il y a en Bretagne des opposants virulents à l'arrivée de demandeurs d'asile. La page Facebook «Pas de migrants en Bretagne» compte 4.384 abonnés et dénoncent tous les maires qui se sont portés volontaires pour accueillir des migrants. 


 

10.FN contre Église en Normandie

Ils seront 813 migrants à rejoindre en bus la Normandie dans les prochaines semaines. Et dans certaines communes l'heure n'est pas à la fête. Dans le centre de la Manche, le village de Troisgots (300 habitants) s’apprête à accueillir une dizaine de résidents de Calais.

Mais, comme le rapporte Libération«Depuis les rumeurs, puis l’annonce officielle, le 14 octobre, des habitants se mobilisent contre leur arrivée. Plébiscité sur ces terres à chaque élection, le Front national organise ce samedi une manifestation dans la commune».

Le clergé local s'est de son côté engagé en faveur des réfugiés à Troisgots. «Ce qui m’a profondément attristé, c’est le nombre important de jeunes. Ils sont dans une réaction viscérale de peur, une peur tout à fait irrationnelle», a confié Jean-Claude Groud, diacre permanent, à Libération. 

À Rouen ou au Havre où un nombre plus important de réfugiés est attendu, les collectivités se disent prêtes à accueillir les migrants, note le quotidien local Paris-Normandie

«Rouen devrait accueillir une centaine de migrants dans les jours qui viennent (...) Nous avons toujours joué notre rôle d’accompagnement au côté des services de l’État, au nom de notre devoir de solidarité. C’est pour cela que nous avons mis à disposition des bâtiments tels que le foyer Colette-Yver et plus récemment l’ancienne résidence pour personnes âgées du hameau des Brouettes, qui venait de se libérer et que nous cherchions à vendre», a déclaré Yvon Robert, le maire de Rouen.

 

11.Hauts-de-France, le trajet le plus court

Si, les migrants prenaient des bus «Macron», la région Hauts-de-France serait évidemment la destination la moins onéreuse. Ce sont 1.006 réfugiés qui quitteront la «Jungle», mais resteront dans le nord de la France. L'enjeu est de faire en sorte qu'ils ne cherchent pas à retourner à Calais. 

L'autre obstacle est l'implantation forte du FN dans la région. Marine Le Pen, la présidente du parti, s'était hissée au second tour des régionales en 2015 et avait réalisé un score de 42%

Steeve Briois, maire d'Hénin-Beaumont, s'oppose bien sûr à la répartition des migrants dans les régions françaises. 

Le président LR de la région, Xavier Bertrand, met lui en avant le démantelement de la «Jungle», qu'il a mené de front avec la maire de Calais, Natacha Bouchart. 

Quoi qu'il en soit, sur la Côte d'Azur ou en Bretagne, le quotidien d'un migrant ne ressemblera jamais à des vacances façon carte postale. Ce que dit mieux que tout le monde le compte L'Humour de Droite sur Twitter. 

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte