Culture

Voici l'un des événements les plus importants dans l’histoire du cinéma mondial au XXIe siècle

Jean-Michel Frodon, mis à jour le 24.10.2016 à 11 h 28

Il passe par une révolution dans les cinémas chinois.

Jia Zhangke au 67e Festival de Cannes le 24 mai 2014. AFP PHOTO / VALERY HACHE

Jia Zhangke au 67e Festival de Cannes le 24 mai 2014. AFP PHOTO / VALERY HACHE

L'annonce pourrait faire date. Le réalisateur Jia Zhang-ke a officialisé l’ouverture d’un réseau de salles Art et Essai dans toute la Chine. Celui-ci est susceptible d’avoir des effets gigantesques. Parce que la Chine est aujourd’hui un gigantesque marché de cinéma, en même temps que le pays le plus dynamique en termes de production. Et qu’une décision à grande échelle le concernant est susceptible d’avoir aussi des conséquences bien au-delà, dans le reste de l’Asie et dans le reste du monde.

L’essor foudroyant de l’offre de films en Chine (en moyenne, 10 nouvelles salles par jour s’ouvrent dans le pays depuis 7 ans) était jusqu’à présent limité par le caractère très restreint des types d’œuvres proposées: ces nouveaux écrans, tous situés dans des multiplexes, étaient entièrement dédiés aux blockbusters, à plus de 95% chinois ou américains.

En annonçant au journal professionnel américain Variety la naissance d’un réseau de 100 salles, qui doit être rejoint dans un avenir proche par 400 autres, le cinéaste de Still Life et de Touch of Sin confirme le rôle majeur qu’il tient dans le développement d’un cinéma ambitieux et diversifié.

L'accès à la diversité

Ce nouveau réseau, baptisé National Arthouse Film Alliance, est placé sous l’autorité d’une institution publique, China Film Archive. Comme l’explique le magazine Screen, il réunit des écrans dépendants des plus gros circuits d’exploitation privés, comme Wanda et Huaxia, à côté d’indépendants comme Broadway et la société de Jia, Fabula, laquelle a signé pour cela un accord avec la société française MK2.

La création de ce réseau d’écrans ouvre enfin la possibilité d’un accès du public chinois à une diversité de films, à la fois nationaux et venus du reste du monde, même s’ils seront évidemment toujours soumis à la sourcilleuse censure d’Etat, aussi interventionniste dans le domaine des mœurs que dans celui de la politique.

Cette initiative intervient alors que la Chine doit renégocier l’an prochain son système de quota d’importations de films dans le cadre de l’OMC – pour l’instant, seuls 34 titres par an sont autorisés selon la formule du partage des recettes (la seule qui rapporte des revenus conséquents), la quasi-totalité étant dédiée à Hollywood.

Rééquilibrage

Elle prend surtout place alors que se poursuit l’essor industriel du cinéma chinois, avec l’annonce par le milliardaire Wang Jian-lin, patron du groupe Wanda, principal circuit de salles au monde, y compris aux Etats-Unis depuis son rachat d’AMC, d’un nouvel investissement de 8,2 milliards de dollars pour continuer de développer la Qingdao Oriental Movie Metropolis. Situé sur la côte à mi-chemin de Pékin et Shanghai, ce projet gigantesque doit accueillir studios de tournages, technologies de pointe, un grand festival international, en même temps qu’un énorme projet immobilier et hôtelier.

Cette étape s’accompagne de mesures financières, soutenues par le pouvoir régional de la province du Shandong, incitations destinées aux producteurs américains avec assez de succès, après plusieurs rachats spectaculaires à Los Angeles, pour inquiéter le Congrès des Etats-Unis.

Avec l’émergence d’un circuit de salles destiné à la diversité du cinéma, chinois et mondial, s’esquisse enfin la possibilité d’un rééquilibrage entre une politique purement commerciale à très court terme et à coups de milliards, entièrement fondée sur la relation de fascination et de rivalité avec Hollywood, et une politique culturelle. L’expérience démontre qu’une telle approche, outre son importance artistique et ses ressources en termes de diplomatie (Soft Power), joue aussi un rôle dans l’installation pérenne du cinéma dans une société, et occupe une place comparable à celle du de la recherche et développement dans d’autres secteurs d’activité. Comme des exemples tels que la France ou la Corée en témoignent, il s’agit donc aussi d’un investissement économique à long terme. S’il devait se déployer à l’échelle de la Chine, les effets pourraient être immenses.

Jean-Michel Frodon
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Critique de cinéma
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