Science & santé

L'animal qui ne connaissait pas la douleur

Repéré par Peggy Sastre, mis à jour le 22.10.2016 à 15 h 17

Repéré sur Cell Reports, Ars Technica

Le rat-taupe nu n'en finit plus de stupéfier les chercheurs. Nouvelle découverte: pour résister aux conditions extrêmes qui font son quotidien, l'évolution l'a rendu quasiment insensible aux brûlures.

Rat-taupe nu adulte et ses petits dans leur terrier | Ltshears - Trisha M Shears via Wikimedia CommonsLicense by

Rat-taupe nu adulte et ses petits dans leur terrier | Ltshears - Trisha M Shears via Wikimedia CommonsLicense by

Le rat-taupe nu (Heterocephalus glaber) est une bestiole extraordinaire. Déjà, il est magnifique. Ensuite, il s'agit du seul mammifère eusocial connu –c'est-à-dire qu'il a beau être un mammifère comme vous et moi, ses sociétés ressemblent à celles des fourmis ou des abeilles, avec un utérus à pattes de reine et une tripotée d'ouvrières qui lui passent tous ses caprices (quand elles ne se rebellent pas pour prendre sa place, ce qui implique de réduire la régente en charpie). Le rongeur est aussi vacciné contre le cancer et possède un sperme complètement dégénéré –ce qui ne l'empêche pas de vivre jusqu'à trente ans et d'exploser par là-même tous les records de longévité des Rodentiens.

Dernière découverte en date: leur quasi insensibilité à la douleur. En cause, les acides aminés de leurs récepteurs nociceptifs qui se désactivent presque complètement après leur naissance. Un «cadeau» de l'évolution pour survivre, à plusieurs centaines, dans des galeries surchauffées avec très peu de nourriture et encore moins d'eau dans les parages.

Ni chaud, ni froid

Dans un tel environnement, le rat-taupe nu est susceptible de souffrir d'hyperalgésie thermique. Soit ce que vous pouvez ressentir, par exemple, quand vous avez pris un coup de soleil et que vous passez sous la douche. Oui, ça peut faire très mal, parce que les récepteurs sensoriels de votre peau ont été chimiquement déboussolés par l'inflammation causée par l'abus d'UV et qu'ils «réagissent» en envoyant à votre cerveau un signal de brûlure. Qu'importe qu'en réalité, l'eau de votre robinet soit loin de dépasser les 42°C.

Sauf que le rat-taupe nu, lui, ça ne lui fait ni chaud ni froid. Ce que montre l'équipe de Gary Lewin, physiologiste au Centre de médecine moléculaire Max-Delbruck de Berlin, l'un des instituts de recherche de la Helmholtz-Gemeinschaft, c'est qu'en passant des journées caniculaires à creuser sous les déserts du Kenya, d'Éthiopie ou encore de Somalie, collé serré avec ses congénères, sa peau est effectivement très irritée et l'animal effectivement atteint d'hyperalgésie thermique. Mais qu'il ne ressent rien, parce que l'évolution a subtilement modifié les gènes de ses récepteurs tyrosine kinase TrkA, qui assurent en temps normal la bonne réception du message de douleur par le cerveau.

Le chouchou des chercheurs

Une mutation que les chercheurs ont découvert en comparant la réaction des cellules nerveuses du rat-taupe nu à la capsaïcine (qui donne au piment rouge son piquant) à celles de 26 mammifères, dont les bonnes vieilles souris de laboratoire.

«Nous pensons que l'évolution a sélectionné cette petite modification de manière assez fine pour que le signalement de la douleur devienne non-fonctionnel, mais qu'il ne soit pas non plus complètement inexistant, ce qui serait dangereux pour l'animal», explique Lewin.

«Ils vivent sous terre, dans des régions désertiques, et ils doivent beaucoup bosser pour trouver à manger. Ils ont le taux métabolique le plus bas de tous les mammifères. L'évolution a éteint tout ce qui n'était pas absolument nécessaire – y compris des récepteurs nerveux accessoires».

Autant dire que le rat-taupe nu n'a pas fini d'être l'un des chouchous de la recherche scientifique.

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