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Ylan de Raspide

Ylan de Raspide est éditeur

Stories from Ylan de Raspide

A qui profite l'e-book?

Ni au libraire, ni au lecteur, ni à la planète

Lundi 9 Novembre 2009
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Le livre électronique pose des questions fondamentales sur le devenir du livre et des acteurs des métiers du livre (auteur, éditeur et libraire). Les éditeurs prennent le livre électronique très au sérieux, peut-être suite à l'expérience des majors du disque. Tous se préparent, avec enthousiasme ou avec crainte, avec scepticisme ou avec une foi 2.0, à ce bouleversement annoncé. Bien malin qui peut prévoir ce que sera le marché du livre électronique dans quelques années. Il y a 10 ans déjà on en annonçait l'avènement... Aujourd'hui toutefois, la réalité du livre électronique ne suscite plus guère de doute.

Un livre électronique, est-ce un livre ?

La question est moins simple qu'elle n'y paraît. Le livre se définit comme un ensemble de feuilles, rassemblées en cahiers, portant des signes, et destiné à être lu. C'est sur cette base qu'est rédigée la loi de 1981 sur le prix unique du livre (dite Loi Lang), qui interdit aux revendeurs de faire plus de 5 % de réduction sur le prix public défini par l'éditeur. Cette loi, qui a permis à un réseau de librairies indépendantes de résister face aux grandes surfaces du livre (Fnac, Virgin, Leclerc) est la garante d'une diversité de l'offre culturelle.

Une autre question se pose, du point de vue de l'éditeur: pense-t-on un livre «classique» comme un livre au format électronique? Un nouveau format implique de nouveaux modes d'usage, de nouveaux modes de navigation à l'intérieur du texte qu'il convient de penser en amont; c'est le cas pour les livres pratiques, pour les BD où des tentatives vraiment innovantes sont proposées et, dans une moindre mesure, pour la littérature.

Un livre électronique ne doit pas reprendre à l'identique le PDF que l'éditeur envoie à l'imprimeur. Il faut inventer de nouveaux modes de consommation du texte propres au livre électronique. Un exemple évident: celui des encyclopédies.... Cela prend du temps, nécessite des investissements et aussi de former les acteurs du livre.

On peut raisonnablement penser que la mort du livre papier n'est pas pour demain, que son homologue électronique pourra de façon intéressante compléter une offre. Toutefois il est important de se poser une autre question: à qui profite le livre électronique? Au lecteur?

Le lecteur pourra dans un avenir proche, après s'être acquitté de l'achat d'un «liseur» pour quelques centaines d'euros (tout de même), télécharger les textes des derniers romans parus. Ce n'est qu'une question de temps. Bien entendu, ces textes lui seront proposés à des prix qui dépendront non des éditeurs, mais des revendeurs! Adieu le prix unique! À l'heure actuelle, le ebook n'étant pas considéré comme un livre, la loi Lang ne s'applique pas. On pourra donc trouver un même texte bradé à quelques euros sur Amazon, et bien plus cher ailleurs... Par ailleurs, comme le livre électronique n'est pas (encore) un livre, la TVA appliquée est à 19,6 % et non 5,5 %... Il serait donc urgent que la loi sur le prix unique du livre et sur la TVA des produits culturels s'applique non plus à l'objet, mais au contenu.

Bien sûr (et il n'est pas question ici de l'odeur du papier, du plaisir de toucher, des passages surlignés, des livres offerts avec dédicace sur la première page), la lecture est moins agréable sur ebook. Bien sûr, les auteurs toucheront des droits très inférieurs sur ces ouvrages. Bien sûr jamais le ebook n'amènera quiconque à la lecture. (Argument étrange qui nous avait déjà été servi pour les journaux gratuits: les gens consommeraient-ils plus de littérature parce qu'elle leur est proposée sous un format différent, et à un prix légèrement moindre?) Admettons... L'éditeur s'adaptera. L'auteur ne gagnera pas de nouveaux lecteurs et verra ses droits diminuer sur les ventes de ebooks. Alors, à qui profite le livre électronique ?

Au libraire? Malheureusement cet acteur majeur et indispensable du livre s'apparente au futur dindon de la farce. Peut-être les libraires vendront-ils du livre électronique sur leurs sites... Peut-être, mais il est fort à parier que ceux qui se partageront ce gâteau de la vente de livre sur Internet sont ceux-là mêmes (comme c'est étrange) qui tentent en ce moment d'imposer leurs «bouquineurs»... Google numérise à tout-va avec un mépris ahurissant du droit d'auteurs; Amazon, plus gros vendeur de livres sur Internet, tente d'imposer son Kindle. Le libraire classique, celui qui conseille, écoute et dirige les lecteurs vers le livre qu'ils cherchent ou pourraient aimer n'a là pas droit de cité. Jamais Amazon ne pourra être considéré comme un libraire.

Et la planète ?

Le livre électronique est-il moins néfaste pour la planète que le livre papier? Concernant l'impact écologique, je cite un article paru sur le site du SNE (Syndicat National de l'Édition): un «bilan écologique comparé du livre numérique et du livre papier est nettement en faveur du second. En effet, selon une étude commandée par Hachette Livre à la société Carbone 4, une tablette de lecture numérique («liseuse») dégage 250 fois plus de CO2 par an qu'un livre papier et il faut lire au moins 80 livres numériques par an pendant trois ans avec la même liseuse (à supposer qu'on la conserve trois ans) pour l'amortir écologiquement...»

Les futurs grands gagnants de cette bataille sans combattants semblent désignés. Les éditeurs réagissent et pensent le ebook. Avec précaution, ils essaient de ne pas louper le coche. Le livre au format électronique aura quelques avantages. On pourra, la belle affaire, avoir avec soi une bibliothèque entière et piocher dans n'importe quel ouvrage, zapper si l'on n'accroche pas dès les premières pages. On pourra, c'est vrai aussi, accéder à des livres moins cher. Pour la littérature en tout cas. (Pour rappel le prix moyen d'un livre est à peu près de 10 euros). On pourra également, et il faut s'en réjouir, retrouver des ouvrages épuisés que l'éditeur ne veut pas réimprimer (trop cher) mais qu'il pourra proposer toutefois en version électronique. De cela il faut se réjouir... Du reste, il convient d'être extrêmement prudent.

Ylan de Raspide

Image de une: Reuters, Kindle d'Amazon

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Comments

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Vous oubliez l'énorme quantité de livres qui sont dans le domaine public (contrairement au cinéma et à l'enregistrement musicale qui sont beaucoup plus jeune).
De ce côté, le lecteur y gagnera, et ça nous fera quelques économies pour acheter tout ce qui est plus récent ou nouveau en papier ou non.
On en trouve déjà un paquets ici http://www.gutenberg.org/wiki/Main_Page (il n'y a pas que google book dans la vie) (:

vous voyez l'e-verre à moitié vide....

Cette loi, qui a permis à un réseau de librairies indépendantes de résister face aux grandes surfaces du livre (Fnac, Virgin, Leclerc) est la garante d'une diversité de l'offre culturelle.
Je ne crois pas que cette loi régulant le prix du livre favorise la diversité des ouvrages, en effet ce qui bloque ce n'est pas tant l'étape de la vente que l'étape de la publication qui implique l'étape d'impression, il est toujours risqué car fort onéreux de faire tirer un ouvrage à "compte d'auteur" ce qui limite la diversité bien avant l'étape de la librairie !... D'ailleurs même les grosses maisons d'édition doivent hésiter avant de publier certains auteurs de crainte de ne pas rentrer dans leurs frais. Vous oubliez de préciser que tout ceci change avec le livre électronique car il n'y a plus de frais liés à l'impression, au stockage, au transport etc... et du coup on peut publier n'importe quoi avec un risque financier infime, il est donc possible que l'eBook favorise la diversité de l'offre culturelle, en tout cas bien plus que ne le fait cette loi sur le prix du livre... Par ailleurs vous affirmez que les auteurs toucheront moins sur les vente électroniques que sur les ventes papier je ne vois pas ce qui vous permet de le déterminer a priori ?

La loi Lang permet aux

La loi Lang permet aux librairies indépendantes de pratiquer les même prix que les grandes surfaces du livre, qui sinon auraient tendance, sur le livre comme sur les autres produits, à "casser les prix" puisque l'importance des volumes qu'elles traitent leur permettent de réaliser des économies d'échelle.
Ces librairies indépendantes, qui sont souvent plus que les grandes surfaces de livre sur une logique de long terme ou de "niche", garantissent une plus grande diversité de l'offre.

L'étape de l'impression est-elle un frein à cette diversité ?
Tout d'abord, le rôle d'éditeur est celui de filtre. Il est vrai que l'étape de publication est risquée. C'est un pari, un investissement et un engagement de la part d'une maison d'édition. Cette année, à la rentrée littéraire de septembre, 659 nouveaux romans, français et étrangers, ont tout de même été publiés.

Plus que l'impression, ce sont peut-être les réseaux de distribution qui sont des freins à cette diversité.

Le livre électronique permettra peut-être l'émergence de maison d'édition en ligne qui, puisqu'elles ne seront pas bridées par des coûts de fonctionnement trop importants (impression, stockage et distribution) renouvèleront en partie le paysage éditorial et participeront à cette diversité de l'offre. Je vous rejoins sur ce point.

sandy keelow : "et du coup on

sandy keelow : "et du coup on peut publier n'importe quoi avec un risque financier infime"
Certes, mais le problème, ce n'est pas justement ce "n'importe quoi ?
Le rôle d'un éditeur, c'est de choisir ce qu'il va publier. Il y a des éditeurs qui font plus ou moins bien leur métier, qui pensent plus ou moins à la littérature... Mais il y a un choix. Et on arrive rapidement à trouver les éditeurs qui nous conviennent le plus.
Si l'e-book permet de publier n'importe quoi, et donc finalement de se passer d'un choix éditorial, j'ai peur que le résultat aille contre ce que vous défendez, le diversité culturelle et littéraire. Il y a déjà 600 ou 700 livres à chaque rentrée littéraire ; si le chiffre est doublé, il y a deux fois plus de risque que les livres passent inaperçus, que les gens (les clients), devant l'offre énorme et abstraite, sur raccrochent aux livres dont ils ont entendu parler, c-a-d souvent aux best-sellers. J'ai peur que cette hypothétique profusion de livres, sous prétexte qu'après tout ça ne coute rien de mettre un live en ligne, ne soit un mal. Je fais plutôt confiance aux éditeurs – à certains éditeurs.

(Par contre le livre numérique pourra aider les livres "de niches", ceux qui ne s'adressent qu'à un public bien précis, genre les apiculteurs, les illustrateurs jeunesse, les comptables etc. Là, la quasi-absence de cout de fabrication pourra aider certains livres, ou même longs articles, à voir le jour.)

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