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Oui, les questions sur la voiture autonome sont légitimes

La voiture Tesla Model 3 via Teslamotors.com

La voiture Tesla Model 3 via Teslamotors.com

... Quoi qu'en pense Elon Musk

La voiture autonome est devenue en quelques années l'objet qui incarne un futur proche à portée de main si on en croit ses concepteurs, à commencer par Elon Musk, le fondateur –entre autres– de Tesla. Alors que comme le dit l'adage, la science-fiction nous avait promis la voiture volante et nous a livré les 140 caractères sur Twitter, l'aspect tangible de cette innovation en fait un objet hors du commun. Et après tout, Elon Musk veut aussi nous envoyer sur Mars, ce qui a une certaine classe et se hisse à un niveau d'ambition légèrement supérieur au énième projet d'Uber des frigos connectés ou des machines à raclettes.

Or ledit Elon Musk s'est fâché lors d'une conférence de presse quand un journaliste a posé une question sur un débat récurrent dès qu'il est question de voiture sans chauffeur, celle de la responsabilité juridique du programme qui le remplace en cas d'accident. Après avoir répondu par la négative, sauf dans le cas où il serait prouvé que l'erreur de conduite a été provoquée par le logiciel, le cofondateur de Testa en a profité pour recadrer les journalistes qui couvrent trop les très rares cas d'accidents impliquant les modèles sans chauffeur testés, affirmant que cela revenait à «tuer des gens» en les détournant de cette innovation, ou en les dissuadant de l'adopter à bras ouverts, alors même que la voiture avec chauffeur telle qu'on la connaît tue chaque année plus d'un million de personnes sur les routes.

Outre la méconnaissance réelle d'une des règles de base du journalisme, à savoir qu'un train qui arrive à l'heure –où une voiture qui effectue un trajet sans encombre– fait rarement l'objet d'une dépêche, Elon Musk trahit par sa tirade une certaine arrogance à l'oeuvre dans les milieux high tech, de moins en moins habitués à être contredits ou mis en doute dans leurs récits idylliques du futur connecté, et prompts à disqualifier ces réserves comme entraves au progrès.

Le site Jalopnik lui rétorque qu'«il est trop tôt et qu'il y a beaucoup trop de variables à prendre en compte» pour donner raison ou tort à Elon Musk. Par ailleurs, poursuit l'artice, «si votre technologie ne peut supporter le moindre questionnement, alors peut-être qu'elle n'est pas du tout au point.» Car la voiture autonome sauvera évidemment des vies et en fauchera d'autres, et de manières nouvelles que nous n'imaginons pas encore: c'est le propre du progrès technologique. L'immense question posée est celle de la responsabilité: des voitures automones paramétrées pour effectuer des choix moraux, comme de sacrifier leur propriétaire si cela peut éviter de tuer plusieurs personnes, tueront peut-être moins de monde, mais voudra-t-on vraiment les acheter sachant ce que ça implique?

La controverse de la voiture autonome ressemble étrangement à celle qui a opposé 150 ans plus tôt les partisans des déplacements tractés à cheval à ceux de l'automobile, souligne le consultant en stratégie Stéphane Schultz, citant une analyse historique de The Economist. A l'époque, les seconds alertaient sur les accidents mortels causés par le transport à cheval (sans oublier les déjections des chevaux responsables à eux seuls de milliers de morts chaque année rien qu'à New York). Au-delà du débat sur la sécurité, l'aspect le moins débattu est peut-être le suivant: le discours triomphant qui présente la voiture autonome comme étant sur le point de s'imposer sur les voies urbaines et les autoroutes fait l'impasse sur une condition de succès déterminante. La chaussée et la ville ont du s'adapter à la voiture pour qu'elle devienne le mode de déplacement dominant, reléguant ceux qui l'avaient précédée comme le cheval et la bicyclette. «Vous ne verrez pas de Google Car passer devant vous au carrefour du coin, même en 2020», écrit encore Stéphane Schultz, car «chaque croisement routier devra être équipé de systèmes perfectionnés permettant de supprimer les feux et ronds-point» pour permettre aux voitures de communiquer entre elles. Or qui financera ces infrastructures? Probablement ni Google ni Tesla.

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