LIFE
- LIFE
- bio
- consommation
- environnement
- pollution
- agriculture
- légumes
- Par Bruno Askenazi
-
Journaliste, spécialiste de la consommation et de la distribution.
- DU MÊME AUTEUR
Bruno Askenazi
Journaliste, spécialiste de la consommation et de la distribution.
Stories from Bruno Askenazi
- 1 of 2
- ››
Le bio, pas si vert que ça
Un tiers de l'alimentation issue de l'agriculture biologique est importé. Parfois de très loin.
Apparemment, tout va bien au pays du bio. L'alimentation issue de l'agriculture biologique, reconnaissable à son logo officiel AB, ne connaît pas la crise. Depuis dix ans, les ventes décollent en France et en 2008; elles ont encore bondi de 25% à 2,5 milliards d'euros. L'offre biologique s'étend maintenant à tous les produits, même les plus industrialisés, comme des soupes en brique ou du ketchup. Un «green business» dont ont profité les grandes surfaces qui s'adjugent maintenant 42% du chiffre d'affaires, loin devant les chaînes spécialisées (27%), selon les dernières données de l'Agence Bio. Désormais, cette forme d'alimentation n'est plus réservée à une élite écolo: un Français sur quatre consomme un ou plusieurs produits bio régulièrement.
Seulement voilà , ce puissant engouement n'a pas que des bons côtés. Pour répondre à une demande croissante, les importations de ces produits explosent. Certes, impossible de faire pousser en France des ananas ou du café. Mais les deux tiers de l'alimentation bio importée, parfois de très loin, pourrait être produite dans l'Hexagone. Vous avez trouvé des pommes bio? Il y a des chances pour qu'elles aient muri sous le soleil d'Argentine. Globalement, 60% des fruits et légumes bio viennent de l'étranger. Le lait coule à flot en France? Pourtant, un quart de la production bio est d'origine allemande, danoise ou autrichienne. De même que viennent de pays tiers la moitié de l'épicerie salée, 60% des surgelés et 75% des jus de fruit issus de l'agriculture biologique. Un tiers des céréales serait également importé d'Italie, de Pologne ou de Roumanie. Seule consolation, l'essentiel des viandes bio est issu d'élevages français. Sauf qu'une partie non négligeable de la nourriture pour le bétail, notamment le soja bio, a pour pays d'origine ... la Chine.
Finalement, tous produits confondus, 30% du bio vendu en France est importé. C'est beaucoup trop. Car l'objectif principal de l'agriculture biologique est de contribuer à la protection de l'environnement (réduction de la pollution, amélioration de la qualité des sols). Et non d'envoyer sur les routes des semi-remorques ou faire voler des avions. Bien souvent, les fruits ou les surgelés bio qu'achètent les ménages ont parcouru des milliers de kilomètres en camion polluant. Bonjour les émissions de CO2! Les framboises bio de Bulgarie sont peut-être plus nuisibles à la nature que leurs équivalentes françaises cultivées à coup de pesticides. Pourquoi alors payer 30, voire 50% plus cher un produit dont le bénéfice environnemental est loin d'être évident? Autre souci, ces filières d'importation sont plus difficiles à contrôler, surtout en dehors de l'espace européen. L'an passé, une affaire d'alimentation pour animaux d'origine chinoise, censée être bio mais contaminée à la mélamine, avait jeté un froid.
On voit mal comment ces importations faibliraient dans les prochains mois. Car la France accuse un retard abyssal en matière de production biologique. Actuellement, 2% de la surface agricole est consacrée à la culture bio. Ce qui nous place seulement au 21e rang européen, loin derrière des pays comme l'Allemagne, l'Italie, l'Espagne ou même la Grèce et le Portugal. Un fiasco pour la première puissance européenne agricole. La faute à qui? Selon les producteurs spécialisés, les aides publiques sont bien plus modestes que dans la plupart des autres pays européens. Pour convertir des champs au bio, il faut au minimum deux ans. Sans grand soutien, difficile pour un agriculteur français de prendre le risque de se lancer.
L'an passé, à l'issu du Grenelle de l'Environnement, le gouvernement s'était pourtant engagé à tripler la surface agricole bio d'ici à 2012. Une promesse difficile à tenir tant que les aides financières pour encourager les conversions ne suivront pas.
Bruno Askenazi
Image de une: concombres et courgettes en Espagne, octobre 2009, Reuters
Retrouvez Slate sur Facebook. Suivez-nous sur Twitter.
Si vous souhaitez commenter cet article, veuillez vous enregistrer ou bien vous connecter.



























Comments
Santé
Merci pour cet article qui rappelle à quel point la France est systématiquement en retard en matière d'environnement et, plus généralement, de bon sens... Il semblerait bien que la santé du consommateur passe au second plan. Normal, finalement, dans un pays qui croit toujours que "l'os de Rex" n'a rien à craindre des pesticides...
Cyril F
Alimentation Biologique
Bonjour,
je viens de lire votre article et je suis surpris de votre position "négative" sur l'agriculture biologique en France. J'ai eu l'impression en lisant votre article que vous impliquiez les entreprises à la politique Gouvernementales...
Il aurait été intéressant de se renseigner un peu plus sur l'évolution des produits biologiques et équitables au sein des entreprises du secteurs. De nouvelles vignettes apparaissent, elles expriment clairement la provenance du produits et de ses composants, ainsi que son lieu de fabrication.
Et j'avoue être surpris de voir que ces produits viennent complètement renverser votre article. Certes ce ne sont que quelques entreprises privées qui utilisent cette etiquettage, mais au vue de la taille du marché, je dirais que c'est plus de 70% des acteurs de celui-ci...
Oui l'agriculture Biologique en France peine à s'installer et à se développer, et oui c'est la faute d'un gouvernement trop peu ouvert à cette technique d'avenir, mais le marché du Bio n'est pas comme vous le présenté. A vous entendre, le Bio est du GreenWashing... Je ne crois pas non, sans cette solution...notre avenir prend un virage compromettant.
Cordialement,
Liboudix
Liboudix - Gestion du Développement Durable
Capitalisme vert
Cela vous surprend-t-il vraiment que l'on puisse désirer faire du profit avec la bio dans une économie de type capitaliste et productiviste ? Cela vous étonne-t-il que la grande distribution profite de l'aubaine d'une demande croissante pour appliquer les méthodes qu'elle a toujours appliquées, dans le seul but d'accroître ses marges ? Cela vous surprend-t-il que le système cherche à récupérer des phénomènes comme la bio à seule fin de se perpétuer lui-même ?
Tant que l'on ne sera pas sorti du modèle économique dominant, des modes de vie vraiment alternatifs et cohérents ne pourront s'inscrire dans la durée et toucher le plus grand nombre.
Votre propos est assez pernicieux : dire que la bio n'est pas si écolo c'est lui prêter des caractéristiques qui appartiennent au système dans lequel elle essaie d'exister. Or ce sont les "décideurs" qui ne sont pas à la hauteur de la demande, qui est souvent une demande sincère de produits sains, locaux et issus d'une agriculture qui respecte la terre.
En partie à cause de la désinformation généralisée qui règne partout (et dont les médias sont les principaux relais) peu de gens ont compris que la bio est d'abord une volonté de changement et de rupture, qui cherche à envisager autrement notre rapport au monde pour tenter de l'inscrire dans la durée. Mais en effet si les logiques coupables ne sont pas stoppées on peu très bien envisager la création d'un enfer écologique...
Bien à vous,
SB.
SB
Je suis tout à fait d'accord
Je suis tout à fait d'accord avec vous, le Bio est l'amorce d'un changement de paradigme, d'un changement de perception de la consommation et de la responsabilité des industriels envers les consommateurs.
Cependant, je sais, et de source plus que certaines étant donné mon implication que certaines entreprises de ce domaine sont responsables, solidaires, engagées et ont un esprit de découverte qui font d'elles des génératrices de nouveaux modèles de gestion.
Le profit, oui mais pas pour les seuls actionnaires, le profit est avant tout comme nous le concevons et les acteurs du marché Bio, les industriels évoluent dans cette mentalité, et l'on voit aujourd'hui une implication communautaire de ces entreprises dans les investissements, dans les structures et dans la communication.
Ces entrepreneurs sont passés de Pro-actifs à Générateurs, ésperont que les autres entrepreneurs de ce monde passent du statut Stricto-règlementaires au statut de pro-actifs...
Merci
Liboudix
Liboudix - Gestion du Développement Durable
Le bio est il compatible avec le développement durable ?
Les trois piliers du développement durable ne se résument pas à l'environnemental mais intègrent également le social /sociétal et l'économique. Cela donne ainsi quelques paradoxes : le commerce équitable (pilier social/sociétal) est difficilement compatible avec l'environnemental ( les paysans qui bénéficient du commerce équitable sont rarement à moins de 100 km des consommateurs).
Enfin, le meilleur moyen de permettre aux paysans pauvres (en Afrique ou en Amérique du Sud par exemple) de vivre de leur production agricole et ce faisant d'aider leurs pays à entrer dans le développement, n'est sûrement pas de continuer à financer à coups de subventions les agriculteurs des pays riches, même pour faire du bio! Pour faire plaisir aux consommateurs européens, on en appelle encore aux subventions agricoles européennes pour entretenir ces déséquilibres.
Mais c'est tellement plus réconfortant pour notre bonne conscience!
Alain Schnapper
Bio et écologie sont deux notions qui n'ont rien a voir!
Qui dit "Bio" ne dit pas (forcément) "écolo" sur toute la ligne.
Je vous invite à découvrir la définition du label Bio AB (Définition Wikipédia du label AB). Il est seulement précisé « pratiques agronomiques et d’élevage respectueuses des équilibres naturels, de l’environnement et du bien-être animal ». Ce qui oblige par exemple d’effectuer un désherbage manuel plutôt que divers polluants. Mais en-dehors de la « pratique agronomique » plus aucun critère ! Il est donc possible comme vous le précisé dans votre article d’importé à l’autre bout de la planète des produits labélisé Bio.
Il serait intéressant de comparer les impacts réels d'une agriculture biologique et d'une agriculture dite « en circuit court ».
Pour moi ce label AB est très mal conçu et devrait intégrer des critères supplémentaires pour qu’il soit effectivement bio et écologique et ne plus duper le consommateur final car comment peut-on au final prétendre proposer un produit soit-disant non nocif pour la santé après avoir rejeter des tonnes de CO2 pour son acheminement, conditionnement, ...