Culture

«Willy 1er», un film d’aventures pour son héros, et pour ses spectateurs

Temps de lecture : 2 min

Un premier film cosigné par un quatuor de jeunes réalisateurs et qui déjoue toutes les attentes et tous les repères, pour mieux émouvoir et faire sourire.

Daniel Vannet et Romain Léger dans «Willy 1er» | UFO Distribution
Daniel Vannet et Romain Léger dans «Willy 1er» | UFO Distribution

Nombreux sont ceux qui prétendent que tous les films français se ressemblent. Ce sont des gens qui ne voient pas les films qu’on fait dans ce pays, ou qui ne voient, justement qu’un certain type de films. Parce que des films comme Willy 1er, il faudrait chercher loin pour en trouver –en France ou ailleurs.

Cosigné par Ludovic et Zoran Boukherma, Marielle Gauthier et Hugo P. Tomas, cet objet filmique non identifié accompagne les tribulations poétiques et très réalistes d’un fils de paysans normands en détresse de la mort de son jumeau. Selon un rythme qui ne tient qu’à lui, à la fois déterminé et prenant son temps, le film ne cesse d’inventer une distance au récit et à ses protagonistes, une tendresse face à la cruauté du réel, une opiniâtreté vitale assez admirable.

Il existe de nombreux films d’aventures, mais bien peu qui soient à la fois une aventure pour le personnage et une aventure, différente mais liée, pour le spectateur. Willy vit une aventure, composée d’une série de tribulations, de rebondissements, d‘obstacles affrontés, de décisions prises. Il se battra, il affrontera la mort, il fera des erreurs et les corrigera. Il est, au sens strict, un héros.

Un film déroutant

Et ses aventures sont d’autant plus intenses qu’elles traversent des situations d’un quotidien sans éclat apparent. La présence physique, la gestuelle, le phrasé de Daniel Vannet, l’interprète de Willy, sont évidemment décisifs: cet acteur occupe l’écran d’une manière qu’on peut comparer à Michel Simon comme aux paysans filmés par Depardon, mais il est à vrai dire incomparable.

L’aventure, elle est aussi bien du côté du spectateur, constamment dérouté par ce mélange de burlesque, de réalisme et d’une forme très particulière de fantastique. Être dérouté n’est pas toujours un sentiment agréable, ici c’est une joie. Grâce à ce qu’il faut appeler la générosité d’un regard, celui de ce quatuor –une autre rareté– de jeunes réalisateurs issus de L’Ecole de la Cité, le centre de formation conçu à l’initiative de Luc Besson et installé dans la Plaine St Denis.

Willy 1er ne ressemble pas du tout à un film de Luc Besson. Mais il ressemble à un film de cinéma, à la fois épique et réaliste, inventif et chaleureux. C’était une des très bonnes surprises de la sélection ACID au dernier Festival de Cannes, c’est aussi, loin des titres à gros abattage, peut-être la plus réjouissante proposition de cette semaine de cinéma.

Willy 1er de Ludovic et Zoran Boukherma, Marielle Gauthier et Hugo P. Tomas

Avec Daniel Vannet, Noémie Lvovsky, Romain Léger, Eric Jacquet

Durée : 1h22. Sortie le 19 octobre

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