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Ce que les militants «pro-choix» attendent de la victoire de Clinton

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 20.10.2016 à 5 h 12

La candidate démocrate a réaffirmé sa volonté de protéger le statut constitutionnel du droit à l'avortement, qui fait l'objet d'attaques au niveau des États.

Hillary Clinton, le 19 octobre 2016, lors du troisième et dernier débat. Mark RALSTON / AFP.

Hillary Clinton, le 19 octobre 2016, lors du troisième et dernier débat. Mark RALSTON / AFP.

New York

Enfin un débat de l'élection présidentielle américaine qui commence par des questions de politique publique! Les premières minutes du dernier face-à-face entre Hillary Clinton et Donald Trump, mercredi 19 octobre à Las Vegas, ont été marquées par une passe d'armes entre les deux candidats au sujet des nominations à la Cour suprême et de l'impact qu'elles pourraient avoir sur le droit à l'avortement.

En cette semaine où les États-Unis (mais pas vraiment unis sur la question) viennent de célébrer le centenaire du Planning familial, la question était guettée avec impatience par la quarantaine de personnes rassemblées dans un pub de la 33e rue, au milieu de Manhattan. Le National Institute for Reproductive Health, une organisation pro-choice, y organisait un visionnage du débat, ou plutôt, selon les termes de l'invitation, du duel entre «la première femme nominée et militante de longue date de la santé reproductive et le plus éhontément anti-choix et anti-femmes des candidats». Sous les écrans de télévision, des pancartes colorées portant des slogans écrits à la main: «Mon corps, mon choix. Mon vagin, mon vote», «Trump est obsédé par nos chattes, Pence est obsédé par nos utérus et je suis obsédée par l'idée de les faire perdre. Votez le 8 novembre», ou encore «The pussy grabs back» («La chatte contre-attaque»), référence aux propos désormais célèbres tenus en 2005 par le candidat républicain à Billy Bush lors de l'émission «Access Hollywood».

«Extirper le bébé de l'utérus le dernier jour»

Évidemment, les propos de Hillary Clinton soulignant son soutien à l'arrêt fondateur de 1973 de la Cour suprême Roe v. Wade, qui a fait de l'avortement un droit constitutionnel, ainsi qu'à une Cour «qui sera du côté des droits des femmes», ont été accueillis par les vivats de l'assemblée. De même que son soutien aux avortements «tardifs», elle qui avait parfois tenu des propos flous sur le sujet dans un pays où, selon un récent sondage, une majorité des électeurs sont pour limiter l'avortement au premier trimestre de grossesse.

Clinton n'a également pas manqué d'évoquer les propos tenus par son adversaire, durant la primaire républicaine, au journaliste de MSNBC Chris Matthews: extrêmement confus, Trump, qui se disait «pro-choix» à la fin des années 1990, avait affirmé qu'une «certaine forme de punition» était nécessaire envers les femmes procédant à un avortement. La réponse outrancière apportée par le candidat républicain, lors de ce troisième débat, au sujet des avortements tardifs a là aussi suscité des exclamations incrédules: «Vous pouvez vous retrouver à prendre le bébé et l'extirper de l'utérus le dernier jour», a-t-il déclaré, comme si, note ma consœur de Slate.com Christina Cauterucci, il confondait l'avortement avec une césarienne.

Cette discussion était d'autant plus attendue que, jusqu'ici, le sujet était plutôt resté en dehors de la campagne électorale. Hillary Clinton l'avait brièvement abordé lors du second débat, affirmant déjà son soutien à Roe vs Wade et «au droit des femmes à choisir». Il avait été traité plus longuement lors du débat vice-présidentiel entre Tim Kaine et Mike Pence, deux candidats personnellement opposés à l'IVG et vus respectivement comme une concession à l'électorat catholique et à l'électorat évangélique.

Ce jour-là, Mike Pence avait affirmé sa volonté de voir Roe v. Wade bientôt «consigné aux poubelles de l'histoire», tandis que Tim Kaine lui avait demandé pourquoi il ne faisait pas confiance aux femmes pour faire leurs propres choix. Un dialogue significatif de la différence de perspective entre les deux hommes, explique Tara Sweeney, du National Institute for Reproductive Health: «Mike Pence est l'un des élus les plus anti-avortement et les plus anti-choix d'Amérique par ses actions dans l'Indiana. Concernant Tim Kaine, je ne dirais pas que nous avons été effrayés par sa nomination: il a un bilan mitigé en la matière mais il s'est montré clair sur la façon dont, même s'il est catholique, il mettrait son propre point de vue de côté pour adopter les positions de Hillary Clinton.»

De la Cour suprême aux législatures locales

Si Clinton est élue, elle a affirmé, mercredi soir, sa volonté de confirmer la nomination à la Cour suprême, décidée par Barack Obama, du juge Merrick Garland, qui est jusqu'ici resté très discret sur la question de l'avortement. Vu la démographie actuelle de la Cour, elle aura sans doute la possibilité, au cours de son ou ses mandats, d'y nommer plusieurs juges afin d'en faire une des plus «libérales» sur les mœurs de tous les temps. Et ce alors que les deux femmes nommées par Obama à la Cour, Sonia Sotomayor et Elena Kagan, ont fait partie de la majorité qui a déjà contribué cet été à rendre une décision essentielle sur l'avortement, en invalidant une loi de l'État du Texas y imposant des restrictions.

Mais tout ne se jouera pas que sur le front judiciaire. Les militants pro-choix mettent ainsi beaucoup d'espoir dans la volonté affichée par la candidate d'abroger l'amendement Hyde, une disposition budgétaire qui, depuis 1976, limite la possibilité pour Medicaid (l'assurance santé pour les personnes à faibles ressources) de couvrir financièrement les coûts des avortements. «Hillary et Bernie ont été les premiers candidats à avoir dit qu'ils voulaient abroger cet amendement, se réjouit Tara Sweeney. Même des élus pro-choix étaient jusqu'ici effrayés par cette idée.» Les associations tablent aussi, si la victoire de Hillary Clinton s'accompagne d'une majorité au Congrès, sur le vote d'un texte qui garantirait une couverture universelle de l'avortement, le EACH Woman Act, et d'un autre qui empêcherait les États d'imposer des restrictions au droit à l'IVG, le Women's Health Prevention Act.

Car sur l'avortement, bien au-delà du débat sur celui qui investira la Maison-Blanche le 20 janvier 2017, beaucoup de choses se jouent au niveau des États, les militants pro-choix observant avec inquiétude ce qui se passe dans certains d'entre eux, comme l'Indiana, celui de Mike Pence, ou l'Ohio. À New York aussi, État à l'image progressiste mais où la législation sur l'avortement est en retard sur ce qu'impose Roe vs Wade, ils regardent avec espoir ce qui pourrait se passer le 8 novembre. «Les gens qui vont affecter votre vie sont à Albany», la capitale de l'État, lançait avant le début du débat Danielle Castaldi-Micca, directrice des affaires publiques de l'organisation NARAL Pro-Choice America. «N'oubliez pas de voter jusqu'en bas de votre bulletin pour des candidats pro-choix.»

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (938 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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