Partager cet article

Le consultant Macron ne pourra pas sauver la France

Emmanuel Macron, le 18 octobre à Montpellier | PASCAL GUYOT / AFP

Emmanuel Macron, le 18 octobre à Montpellier | PASCAL GUYOT / AFP

Emmanuel Macron, qui aborde la campagne présidentielle comme un projet, devrait revenir vers nous courant novembre pour son «plan de transformation», qui fait suite au «diagnostic» restitué ces dernières semaines lors de meetings.

On s’est essayé à une analogie entre le travail de consultant en organisation et la démarche d’Emmanuel Macron dans un précédent article, car les ponts entre cet univers professionnel et la manière qu'a l'ancien ministre de l'Économie d’animer sa précampagne sont nombreux: les méthodes, le registre, le langage.

Dans la première phase de sa mission, le consultant-Macron a proposé d'établir le «diagnostic» économique et social en lançant les militants-rapporteurs de son mouvement En Marche! à la rencontre du client malade: la France.

Un dispositif d'enquête de grande ampleur a été mis en place au printemps dernier, et des «marcheurs» ont frappé à 300.000 portes et ont recueilli 25.000 questionnaires remplis par des Français.

La politique orientée solution

La question posée par les enquêteurs d'Emmanuel Macron est révélatrice de la démarche. Moins que d'imposer une idéologie ou une doctrine, il s'agit ici de résoudre les problèmes d'une France qui dysfonctionne: «Qu’est-ce qui ne marche pas, en France?» La restitution s'est étirée sur trois semaines, rythmée par trois réunions publiques dont la dernière avait lieu à Montpellier, mardi 18 octobre. Après une phase de remontée des doutes, tensions, inquiétudes, colères («La France qui subit» à Strasbourg), et une première esquisse de solutions («La France qui choisit» au Mans), Emmanuel Macron et ses marcheurs ont mis l'accent sur un aspect plus régalien, avec «La France qui unit», pour «clôturer cette phase de diagnostic, ce travail sérieux, parfois austère, mais indispensable», comme l'a formulé Macron lui-même, ce mardi à Montpellier.

L'un de ses soutiens, le député PS Richard Ferrand, a réaffirmé lors du meeting l'approche macronienne orientée client et solution. «Il faut changer de paradigme», a-t-il déclaré, ajoutant:

«Je sais bien que pointer les problèmes ne suffit pas à les régler, et les réponses à ces problèmes passent par des solutions qui sont parfois d'inspirations diverses: parfois très étatistes, quand c'est nécessaire, parfois libéral, quand c'est utile, mais ce que nous voulons, c'est ce qu'a enseigné le diagnostic, ce sont des solutions, pas des dogmes, pas des promesses.»

Le client-France signera-t-il?

L'exercice est séduisant. On voit néanmoins déjà quelles en sont les limites quand, en abordant des aspects difficiles du «diagnostic» comme la place de la religion, l'atomisation des individus, le candidat a dû mettre entre parenthèses sa stature d'expert-analyste dépolitisé pour affirmer quelques convictions, d'ailleurs assez convenues –tournant autour d'une synthèse entre réponse aux angoisses identitaires et affirmation d'un vivre-ensemble harmonieux. L'occasion peut-être de se rappeler que, derrière la mise en scène innovante, se déroule une campagne assez classique, «qui ne dit pas son nom», écrit l'AFP, «mais ne trompe pas grand-monde non plus».

Une fois ce diagnostic livré, que va-t-il se passer? La logique économique voudrait que le consultant laisse le client digérer la phase de restitution, toujours un peu violente pour son ego, pour revenir avec des préconisations d'action. C'est précisément ce qui va se passer, et Macron en a dévoilé le rétroplanning à Montpellier: «Le temps du plan de transformation et les premières solutions» seront élaborés en novembre par son mouvement. Pour nous faire patienter dans l'intervalle, les jeunes de son mouvement devraient lancer prochainement le site intitulé «Ce que pense Macron», qui devrait remplir précisément la fonction qu'il annonce.

Macron a déjà marqué des points, puisqu'en bon consultant il a fait passer de manière implicite l'idée qu'il a les compétences pour faire évoluer la situation, et a commencé à vendre sa deuxième tranche dans son premier «livrable»: «Au fil de nos réunions publiques, nous avons non seulement pu mesurer ce que les Françaises et les Français exprimaient, mais pu tirer aussi les premières conclusions [...]». C'est lors de ce moment crucial que la relation-client peut prendre une nouvelle dimension. Plutôt qu'«un coup c'est la gauche, un coup c'est la droite», comme on l'a entendu lors du troisième meeting, l'équipe-Macron propose une solution alternative au client-France. Emmanuel Macron décidera probablement en décembre ou janvier s'il sera candidat.

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte