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Les liens entre la mafia italienne et l'État islamique dévoilés par un journaliste

Dans le port de Gioia Tauro, en Calabre, le 4 février 2014 | FILIPPO MONTEFORTE/AFP

Dans le port de Gioia Tauro, en Calabre, le 4 février 2014 | FILIPPO MONTEFORTE/AFP

Une enquête de La Stampa révèle les liens qui unissent la mafia calabraise et l'État islamique dans un trafic d'armes et d'œuvres d'art pillées en Libye.

Ce n'est plus un secret: le mode de fonctionnement et d'organisation de l'État islamique comporte de nombreuses similitudes avec les structures mafieuses du crime organisé italien, de la Camorra à la 'Ndrangheta. Mais, alors que ce qui liait ces organisations criminelles nous semblait être, jusque-là, que purement théorique, on apprend aujourd'hui que des liens étroits entre ces différentes entités existent véritablement. Pour le démontrer, Domenico Quirico, journaliste au quotidien italien La Stampa et ancien otage en Syrie, est parti à la rencontre d'un membre de la mafia calabraise en se faisant passer pour un riche collectionneur turinois.

Le trafic entre la 'Ndrangheta et l'État islamique décrit par Domenico Quirico est simple. Depuis la ville de Syrte, en Libye, des œuvres d'art et des pièces archéologiques pillées dans les régions contrôlées par l'État islamique entrent illégalement en Italie, dans le port de Gioia Tauro, où la 'Ndrangheta a ses entrées et orchestre ses différents trafics depuis de nombreuses années. «Le transport est assuré par les criminels chinois et leurs innombrables bateaux et containers», appuie Domenico Quirico. En échange des œuvres d'art pillées, la mafia calabraise, en collaboration avec la Camorra, expédie différentes armes, de la kalashnikov au lance-flamme. «La Camorra détient ces armes en grande quantité grâce à ses liens et son trafic historiques avec la Russie, la Moldavie ou l'Ukraine», écrit The Daily Beast.

Le «PIB de la terreur»

Dans son enquête, La Stampa raconte en détail les transactions, l'attente, la tension lors des rendez-vous... et une scène surréaliste, dans un abattoir du sud de l'Italie, où lui est présenté un morceau de statue, en provenance de Libye, entouré d'un drap blanc. La pièce est proposée à l'achat contre un montant de 60.000 euros, explique le trafiquant. Lors de cette rencontre, ce dernier prend même le temps de lui expliquer l'architecture et l'organisation du trafic.

«Il y a peu de temps, les acquéreurs étaient des Américains, des musées et des établissements privés. Quand ils ont découvert que l’argent servait à acheter des armes pour l’EI, les Américains ont tout bloqué. Maintenant, les clients sont en Russie, en Chine, au Japon, aux Émirats.»

En Italie, l'enquête a été reçue avec intérêt, note Courrier International. Le ministre de l'Intérieur italien, Angelino Alfano, est allé dans le sens des révélations de La Stampa sur un trafic d'armes et d'œuvres d'art pillées entre des organisations criminelles italiennes et les réseaux djihadistes en Libye. «Nous avons étudié le “PIB de la terreur” et nous savons que l'une de ses composantes est l'œuvre d’art volée», a-t-il affirmé.

Le procureur de la ville de Reggio Calabria, Federico Cafiero De Raho, reste toutefois prudent. S'il ne balaie pas l'hypothèse d'un tel trafic, il précise, toujours dans La Stampa, que, ces dernières semaines, ses services travaillent sur une implication de la mafia calabraise dans «le trafic très lucratif d’êtres humains au départ des côtes africaines» en lien avec des organisations terroristes comme l'État islamique.

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