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Une perception sexiste de la pilule nous a fait ignorer de graves effets secondaires

Philippe Huguen / AFP

Philippe Huguen / AFP

Une nouvelle étude danoise semble confirmer le lien entre la pilule et une hausse de dépression chez les femmes. Cette corrélation avait longtemps été ignorée à cause d'une approche historiquement sexiste de la contraception féminine.

Certaines femmes se reconnaitront peut-être: nombreuses sont celles qui éprouvent des changements d’humeur drastiques quand elles prennent la pilule. Plus de 37% des femmes en souffrent, bien avant d’autres effets secondaires tels que la nausée, des maux de tête ou une baisse du désir sexuel. Nombre d'entre elles affirment également être devenues dépressives, même s’il n’est pas toujours facile pour elles d’identifier un lien direct avec la contraception.

Une nouvelle étude danoise est pourtant venue balayer les doutes et a établi un lien entre la prise de la pilule et la probabilité des femmes de montrer des signes de dépression clinique, rapporte Broadly. Les femmes qui prennent une pilule mixant oestrogène et progestérone ont 23% de probabilité supplémentaire de prendre des antidépresseurs. Ce chiffre s’élève à 34% pour les femmes qui prennent une pilule contenant uniquement de la progestérone et à 80% pour les adolescentes entre 15 et 19 ans sous un régime de pilule mixte.

Ce n’est pas la première fois que des chercheurs epxlorent une corrélation entre pilule et dépression, mais cette nouvelle étude a la particularité d’être la plus large, ayant suivi 1 million de femmes âgées entre 15 et 34 ans pendant 13 ans. Pendant longtemps, les doutes des femmes face aux effets secondaires de la pilule ont été déconsidérés faute d’études de cette ampleur, explique Holly Grigg-Spall, activiste pour les droits des femmes et auteure de Sweetening the Pill. Difficile désormais de continuer à ignorer ces effets de la pilule sur la santé mentale:

«Enfin! voici le type d’étude réalisée à grande échelle et sur le long terme, qu’on me disait comme préalable nécessaire à une conversation sérieuse sur ce problème ou pour changer la façon dont on prescrit des contraceptifs hormonaux», écrit-elle pour le Guardian.

Si les conséquences sur la santé mentale des femmes qui suivent une contraception hormonale n’ont pas toujours été prises au sérieux, c’est parce que la pilule est fondée sur une approche sexiste, affirme Broadly.

Jusqu'aux années 70, les effets secondaires de la pilule étaient connus de l’industrie pharmaceutique et des médecins, mais n’étaient pourtant pas communiqués aux femmes. L’approche sexiste était aussi visible dans le rejet de l’industrie à considérer un contraceptif hormonal masculin. L’idée avait été exploré à l’époque mais n’a pas vu le jour car les effets secondaires avaient été considérés, là, comme trop importants. Le rétrécissement des testicules était notamment craint.

«On pensait que les femmes pouvaient mieux tolérer les effets secondaires que les hommes, qui eux, avaient besoin d’une meilleure qualité de vie», selon Broadly. 

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