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Clinton ne veut pas battre Trump, elle veut l'écraser

Hillary Clinton en meeting à Miami (Floride), le 11 octobre 2016 | JOE RAEDLE  / AFP

Hillary Clinton en meeting à Miami (Floride), le 11 octobre 2016 | JOE RAEDLE / AFP

Alors que son adversaire glisse dans les sondages, la candidate démocrate commence à investir dans des États traditionnellement républicains, comme l'Arizona.

Fin août, la presse américaine s'interrogeait sur la volonté de Hillary Clinton de «jouer la montre», de gérer son avance dans les sondages en partant du principe que même si ceux-ci se resserraient (ce qui a été le cas), les États où les Démocrates étaient bien implantés lui permettraient de faire la différence au sein du collège électoral qui élit le président. Le mot à la mode était alors firewall et désignait les défenses qui allaient lui permettre de résister aux assauts de Trump.

Moins de deux mois plus tard, à la veille de l'ultime débat de la campagne, le paysage a bien changé, et c'est un autre mot du vocabulaire politique américain qui fait de plus en plus son apparition dans les médias: landslide, «raz-de-marée». Donald Trump accuse désormais un retard tel dans les sondages nationaux (sept points en moyenne) que la campagne démocrate examine de nouvelles options qui pourraient permettre à sa candidate de remporter une victoire plus large que Barack Obama en 2008: l'actuel président l'avait alors emporté avec 7,2 points d'avance sur John McCain et 365 grands électeurs contre 173.

Ligne Maginot

Telle que prédite par le site FiveThirtyEight, la carte électorale du 8 novembre réplique pour l'instant celle de 2012 à un État près, la Caroline du Nord, qu'Obama avait gagné en 2008 et que Clinton paraît bien placée pour reconquérir cette année. La candidate démocrate est donnée en tête dans tous les swing states (Wisconsin, Floride, Ohio, Iowa, New Hampshire, Nevada, Colorado...) même si certains promettent d'être relativement serrés.

La carte électorale du 8 novembre, telle que prédite par FiveThirtyEight. Les États attribués à Clinton représentent une majorité de 347 grands électeurs contre 191 à Trump, pour une majorité absolue de 270.

Surtout, Hillary Clinton se retrouve désormais en position d'aller chercher son adversaire derrière ses propres défenses, dans des États où il s'est moins investi car il les considérait acquis. Comme l'écrit, dans une métaphore militaire, le Daily Kos, un site d'analyse politique proche des Démocrates, «pensez à la France après que sa soigneusement construite ligne Maginot a été percée lors de la Seconde Guerre mondiale: il ne lui restait rien pour se replier, et cela a viré au désastre».

Le symbole de cette nouvelle stratégie est l'Arizona, où les Républicains l'avaient emporté de neuf points en 2012 mais où Clinton se fait de plus en plus menaçante pour Trump. Comptant sur un vote massif de la forte minorité latino et sur une désaffection des électeurs républicains (dont le sénateur de l'État, John McCain, a été plusieurs fois insulté par Trump), elle vient de décider d'y investir deux millions de dollars et d'envoyer cette semaine en meeting Michelle Obama. Une décision tactique qui, écrit le New York Times, signale «[son] extraordinaire confiance dans sa situation électorale, sa détermination nouvelle à envoyer [...] un message punitif envers une campagne aux connotations racistes» et ses espoirs d'infliger à Trump et aux Républicains «une défaite si humiliante qu'elle les ébranle, dissipant les derniers doutes sur la sagesse de mener une campagne basée sur la plainte permanente».

En dehors de l'Arizona, d'autres États paraissent étonnamment serrés: c'est le cas de la Géorgie (qui compte une forte minorité noire et une population blanche de plus en plus éduquée) mais aussi de l'Utah et de l'Alaska, où la montée en puissance de candidats indépendants Evan McMullin et Gary Johnson rebat les cartes. «La campagne de Trump connaît une telle hémorragie qu'il se retrouve à se battre pour gagner le vote blanc en Géorgie, expliquait ainsi récemment à Salon Chris Jankowski, un consultant républicain. C'est là que vous comprenez que c'est la fin.»

Trois risques

Mais ces États font pour l'instant l'objet d'une attention moins soutenue de la campagne Clinton, car cette stratégie présente trois risques. Le premier est de négliger des États tenus pour acquis: le directeur de campagne de Hillary Clinton, Robby Mook, a toujours adopté une position assez conservatrice, disant que le seul chiffre qu'il avait en tête était 270 grands électeurs, soit la majorité absolue. L'autre risque est de «gaspiller» de l'argent qui serait mieux investi en aidant des candidats démocrates dans le but de reconquérir le Congrès: le contrôle du Sénat se joue par exemple dans cinq autres États (Indiana, Pennsylvanie, New Hampshire, Caroline du Nord, Missouri) où les Démocrates espèrent déloger des sortants républicains. Hillary Clinton a d'ailleurs décidé d'investir une partie de son trésor de guerre dans le Missouri et l'Indiana pour y aider les candidats démocrates au Sénat, alors qu'elle même a assez peu de chances d'y arriver en tête.

Le dernier risque, enfin, est plus global: si vous perdez l'élection après avoir tenté d'aller chercher l'adversaire sur son territoire, non seulement vous êtes défait, mais vous êtes ridicule. En 2012, Mitt Romney avait ainsi été moqué pour, dans les derniers jours de sa campagne, avoir voulu aller chercher Obama sur ses terres dans le Michigan, le Minnesota et la Pennsylvanie. David Axelrod, un des conseillers du président, avait promis de raser sa moustache si l'un des trois états virait républicain: il n'avait pas eu à le faire car Obama l'avait facilement emporté. Clinton risque-t-elle le même sort? Les prédictions les plus optimistes pour Trump ne lui donnent plus aujourd'hui que 15% de chances de gagner l'élection.

La prédiction actuelle de FiveThirtyEight pour le 8 novembre.

Pour visualiser ce que ça représente, c'est assez simple: faites rouler un dé à six faces, et chaque fois qu'un six sort, c'est une victoire de Trump. L'autre métaphore, qu'on vous déconseille d'expérimenter, est la suivante: Clinton a aujourd'hui, dans le scénario le plus pessimiste pour elle, autant de chances de perdre l'élection que de perdre à la roulette russe.

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