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A cause de Trump, les Républicains ont atteint un point de non-retour

Un militant républicain latino à la convention de Cleveland, le 21 juillet 2016 | CHIP SOMODEVILLA / AFP.

Un militant républicain latino à la convention de Cleveland, le 21 juillet 2016 | CHIP SOMODEVILLA / AFP.

Les Noirs et maintenant les Latinos quittent le parti qui ne représente plus que la rage et l'aigreur blanches.

Pendant une grosse partie du débat, aujourd'hui quasiment tombé aux oubliettes, entre les candidats à la vice-présidence des États-Unis, le gouverneur de l'Indiana Mike Pence a réussi à garder son calme en ignorant, contournant ou tout simplement en niant toutes les tentatives du sénateur de Virginie Tim Kaine de l'atteler à son colistier Donald Trump. Mais difficile de garder son sang-froid pendant toute la durée d'un débat. Cela demande du travail. Et vers la fin des 90 minutes de face-à-face, Pence a commencé à se décomposer avant d'évoquer, d'une seule formule malheureuse, le seul mur que Donald Trump réussira un jour à construire: celui séparant le Parti républicain des électeurs hispaniques.

L'épisode est survenu après une nouvelle attaque de Kaine contre la rhétorique Trump, le sénateur de Virginie pressant le gouverneur de l'Indiana de réagir aux insultes et au sectarisme de son colistier: «Quand Donald Trump dit […] que les Mexicains sont des violeurs ou des criminels […] ou que John McCain n'est pas un héros, il vous montre son vrai visage.» Réponse de Pence: «Sénateur, vous ressortez cette histoire de Mexicains. [...] Il y a dans ce pays des étrangers criminels, Tim, qui sont arrivés illégalement chez nous, qui commettent des violences et qui volent des vies américaines.»

«Cette histoire de Mexicains», pour être précis, c'est la démagogie anti-Hispaniques de Trump, qui date du tout début de sa campagne. «Quand le Mexique envoie ses ressortissants, il n'envoie pas les meilleurs», avait-il déclaré en inaugurant sa campagne l'été dernier. «Il envoie des gens qui ont beaucoup de problèmes, et ils amènent ces problèmes avec eux. Ils amènent de la drogue. Ils amènent des crimes. Ce sont des violeurs. Et là dedans, je suppose, il y a quelques gens bien.»

Aujourd'hui, le ticket Trump-Pence arrive loin derrière son adversaire démocrate, avec un retard de plus de 7 points dans la moyenne des sondages. Un phénomène qui s'explique en partie par le fait qu'il est détesté par les électeurs hispaniques, qui voient dans Trump un risque inacceptable, ce qui n'a rien de négligeable. Les partis politiques peuvent gagner du terrain au sein de groupes qui ne sont pas d'accord avec eux –c'est ce qu'on appelle la persuasion. Mais il est difficile, voire tout bonnement impossible, d'obtenir les faveurs de ceux qui vous considèrent comme une menace pour leur propre avenir. En plaçant Donald Trump en tête de liste et en ouvrant un boulevard pour son nativisme et sa xénophobie, le Parti républicain, par ses actions, a clairement dit aux Hispaniques qu'il ne voulait pas d'eux dans son équipe. Et les Républicains pourraient donc se retrouver privés d'un autre groupe d'électeurs non-blancs –pas parce qu'il n'existe pas de Latinos conservateurs ou penchant vers la droite, mais parce que le parti a prouvé combien il était hostile à l'idée d'une Amérique pluraliste et multiraciale, au sein de laquelle tous les Américains, de toutes les origines, peuvent trouver leur place et saisir leur chance.

C'est désormais un classique de cette élection, qu'on pense aux attaques de Trump contre le juge fédéral Gonzalo Curiel, à sa prestation lors de la convention républicaine, où il avait qualifié les immigrés hispaniques de menace existentielle contre le mode de vie américain, ou encore à son grand discours sur l'immigration à Phoenix, en Arizona, où il avait évoqué ses projets concernant les clandestins. «Quand je serai au pouvoir», avait-il déclaré, «quiconque traversera illégalement la frontière sera arrêté et emprisonné jusqu'à ce que cette personne quitte notre pays et retourne de là où elle vient.»

Aux yeux de Trump, les immigrés hispaniques rejoignent les musulmans et les réfugiés syriens dans la liste des menaces potentielles, fondamentalement incompatibles avec la vie américaine. S'ils sont là, on doit les chasser, et s'ils ne sont pas là, on doit faire en sorte qu'ils n'arrivent jamais. Logiquement, pour les Américains hispaniques et leurs familles, Trump constitue donc une menace existentielle envers leurs vies et leurs moyens de subsistance. Seuls 21% des Latinos estiment que le GOP se soucie de leur communauté et, pour 70% d'entre eux, Trump a accentué l'hostilité du Parti républicain à leur égard. Dans une autre enquête, des Hispaniques inscrits sur les listes électorales devaient dire ce qu'ils pensaient de ces deux phrases: «Les propos et les propositions politiques de Trump me font peur pour ma famille et l'avenir de notre pays» et «Donald Trump a réellement l'intérêt supérieur de ma famille ou de notre pays en tête». 82% étaient d'accord avec la première, 18% avec la seconde.

«Cesser de vouloir gagner le vote des Noirs»

Ce n'est pas la première fois que le Parti républicain s'aliène tout un pan de la démographie américaine à force d'hostilité et de dédain. A l'aube des années 1960, le sénateur de l'Arizona Barry Goldwater était devenu la voix du conservatisme idéologique et les Républicains noirs avaient sonné l'alarme: son idéologie risquait de creuser un fossé à jamais infranchissable entre le parti et les électeurs noirs. «Tout Noir qui défend la cause de Goldwater ne devrait plus être considéré comme Noir, car il devient ainsi un traître au peuple noir», écrivait en août 1964 un membre du Parti républicain, Jackson R. Champion, dans un éditorial du New York Amsterdam News, l'un des plus vieux journaux afro-américains.

Comme le fait remarquer l'historienne Leah Wright Rigueur, cette position n'avait rien d'une anomalie. Le champion de base-ball Jackie Robinson, qui avait officiellement soutenu Richard Nixon en 1960 et s'était rendu à la convention républicaine de 1964 sous l'étiquette de «délégué spécial» du Gouverneur de New York Nelson Rockefeller, «avait déclaré que tout leader noir apportant son soutien à [Goldwater] allait perdre son pouvoir et son influence, vu que “les Noirs n'ont plus de patience pour les Oncle Tom en 1964”». Elle cite aussi le cas d'un électeur noir, un habitant de Cleveland, qui avait voté pour Nixon en 1960, affirmant que Goldwater «n'est pas pour nous […] et je serai un foutu débile si je votais pour un type qui ne veux pas de moi».

L'hostilité des Noirs envers Goldwater n'avait rien d'un mystère insondable. Le sénateur de l'Arizona rejetait le républicanisme modéré d'un Dwight Eisenhower (et de bon nombre de membres noirs du parti) pour lui préférer un conservatisme doctrinaire qui fermait toutes les portes aux Afro-Américains, que ce soit sur le plan de l'action gouvernementale ou de la vie économique. Il ne voulait pas d'un «New Deal à la petite semaine», mais promettait de restreindre la portée du gouvernement fédéral, de mettre l'accent sur les libertés individuelles et d'accroître les prérogatives des États.

Si l'idéologie libertarienne de Goldwater pouvait préoccuper les Républicains noirs, qui pensaient que le gouvernement devait œuvrer à l’émancipation des Noirs via des programmes économiques, son goût pour les «prérogatives des États» les faisait tout simplement frissonner. A l'époque, comme aujourd'hui, accentuer les droits des États signifiait offrir un blanc-seing aux réactionnaires sudistes, qui s'opposaient à un rôle trop prégnant du gouvernement fédéral en matière de droits civiques. Pire, Goldwater méprisait les appels du pied des Républicains en faveur des citoyens noirs –un électorat qui s’était pourtant avéré crucial en 1960 et qui, avec un tout petit coup de main supplémentaire, aurait alors pu offrir la Maison Blanche à Nixon.

«Comme il l'exposera lors d'un meeting de mars 1961», écrit Rigueur, «le parti devait “cesser de vouloir gagner le vote des Noirs” vu que l’électorat afro-américain n'avait aucun sens de la loyauté ni de la gratitude. “Les dirigeants du parti devraient admettre que même si les Républicains en ont fait énormément pour les Noirs”, se lamentera Goldwater, “les Démocrates ne cessent de gagner leurs voix”». Un discours ultérieur sera encore moins ambigu: «Nous n'allons pas gagner l'électorat noir en 1964 […] alors autant délaisser l'ombre et rester sur nos proies.»

La rhétorique et l'idéologie de Goldwater auront comme conséquence une déroute historique du Parti républicain parmi les électeurs noirs. Seuls 6% d'entre eux voteront pour le sénateur de l'Arizona, soit une chute de 81% par rapport à l'élection présidentielle précédente, quand Nixon avait obtenu 32% de l'électorat afro-américain. (Et avant Nixon, Eisenhower avait ravi 39% des électeurs noirs lors du scrutin de 1956).

La répudiation de Goldwater allait être la dernière étape du réalignement électoral des Afro-Américains, un processus débuté sous Franklin Roosevelt. A partir de là, le Parti républicain aura toutes les peines du monde à conquérir un pourcentage à deux chiffres de l'électorat noir, et ce malgré la force des croyances et des pratiques traditionnelles au sein des communautés noires, que ce soit sur un plan religieux ou sur celui des traditions d'autonomie et d'indépendance. La raison n'avait rien de mystérieuse: non seulement Goldwater s'était montré insultant, mais sa vision de la vie nationale poussait inévitablement les Afro-Américains vers les marges, vers une citoyenneté de seconde zone, et les soumettait au bon vouloir des ségrégationnistes et de leurs alliés. Et si Goldwater peinait à le concevoir, ses partisans explicitement racistes, eux, l'avaient parfaitement compris. Comme l'écrit Rigueur, lors de la convention de 1964, un délégué noir, George Fleming, «était sorti en larmes du rassemblement en hurlant qu'il en avait assez d'être persécuté par les partisans de Goldwater. “Ils vous traitent de nègre, ils vous poussent et vous marchent sur les pieds”, avait-il bredouillé aux journalistes, en essuyant ses yeux. “Il fallait que je parte, il en va de ma dignité”».

Efforts de George W. Bush

L'idéologie formulée par Goldwater, et adoptée par son parti, allait faire du parti républicain moderne un camp politique en contradiction fondamentale avec les Américains de couleur. Qu'importe les affinités de tempérament qui peuvent exister entre des non-blancs et le Parti républicain, ses tentatives d'en rallier à sa cause se heurtent inévitablement à cette réalité: le conservatisme du mouvement –ce goût libertarien pour les bêtes qu'on affame qui domine la politique républicaine contemporaine– est une idéologie blanche. Indifférent aux préoccupations spécifiques des non-blancs sur les questions de discriminations et d'inégalités raciales, le mouvement entend préserver un statu quo construit sur la domination économique et politique des Américains blancs. La chose est particulièrement explicite avec Donald Trump, mais elle a toujours été là depuis Goldwater.

A l'instar de leurs homologues noirs de la première moitié du XXe siècle, les électeurs hispaniques votaient de manière assez variable. Parmi cet électorat, la pire performance du parti républicain a été constatée en 1996, lorsque Bob Dole n'a obtenu que 21% du vote latino. Le coupable était à chercher du côté de la Proposition 187, passée en Californie sous la houlette du gouverneur Pete Wilson en 1994, et qui ciblait explicitement les immigrés hispaniques. Cette mesure d'initiative populaire privait les immigrés clandestins d'accès aux soins, à l'éducation et à l'aide sociale, et s'intégrait dans une vague massive de xénophobie portée au plus haut rang de l’État. La plupart de ses clauses seront invalidées par la justice fédérale, mais son impact politique bouleversera la Californie.

Les campagnes de George W. Bush, en 2000 et 2004, chercheront clairement à réparer les dégâts créés pour le Parti républicain, au niveau national, par la Proposition 187. Des efforts qui vont payer: en 2004, par exemple, les sondages de sortie des urnes placent George W. Bush à 44% de votes favorables chez les Latinos, soit un record historique pour un candidat républicain. Des analyses ultérieures abaisseront ce chiffre à 40%, soit quand même un net progrès par rapport à 2000, où Bush avait obtenu 35% des voix hispaniques. Une performance encore meilleure que celle de Ronald Reagan, qui avait obtenu 37% des voix hispaniques lors de son triomphe électoral de 1984.

Des gains uniquement temporaires. Lorsque Bush échouera à faire passer une réforme générale de la législation migratoire, le Parti républicain reviendra à ses anciennes amours –le restrictionnisme. En 2008, pressé par sa base, John McCain abandonne son propre projet de loi et revient sur une ligne dure en matière d'immigration, histoire de ne pas s'aliéner ses partisans les plus à droite. «S'il y a une chose sur laquelle nous sommes tous d'accord, c'est que le statu quo n'est plus acceptable. Nous devons sécuriser nos frontières», déclare-t-il durant un débat présidentiel.

De nouvelles lois toujours plus restrictives

La Grande Récession galvanisera le sentiment anti-immigration –et anti-immigrants– des électeurs républicains, et les législateurs républicains s'adapteront, en passant de nouvelles lois toujours plus restrictives après la victoire du parti à la Chambre lors des élections de mi-mandat de 2010. On en avait eu un aperçu en 2009, lorsque Barack Obama avait nommé Sonia Sotomayor à la Cour Suprême, ce qui avait suscité une vague de critiques racistes. «C'est le choix de la discrimination positive», avait déclaré le commentateur conservateur Pat Buchanan. «Manifestement, il ne restait plus au président que quatre candidats potentiels, tous des femmes, et il a tranché pour l'Hispanique.»

En 2010, l'Arizona adopte une mesure qui revient tout simplement à criminaliser une peau foncée. Non seulement il est désormais illégal pour les immigrés clandestins de chercher du travail ou d'en obtenir, mais la police a le droit de prendre la «race, la couleur de peau ou l'origine nationale» comme critères de leurs contrôles d'identité. Surnommée la loi «Papiers s'il vous plaît» par ses détracteurs, elle suscitera une vague de protestation et d'hostilité envers le Parti républicain avant d'être invalidée par la Cour Suprême.

Malgré l'opprobre, les Républicains continueront sur la voie du restrictionnisme. En 2012, le gouverneur du Massachusetts Mitt Romney, candidat à la Maison-Blanche, avalise une stratégie «d'auto-expulsion», conçue par des militants anti-immigration comme Kris Kobach et Mark Krikorian, pour forcer les clandestins à quitter le pays de leur propre gré, rendant leur vie et celle de leur famille intolérable. Comme il l'expliquera lors d'un débat présidentiel, «il y aura une carte qui indiquera si quelqu'un est là illégalement. […] Et si les gens ne sont pas en mesure de présenter leur carte, il y aura un système électronique qui permettra de vérifier leur statut, et s'ils sont clandestins, ils ne pourront pas travailler ici. Et s'ils ne peuvent pas travailler ici, ils devront s'auto-expulser vers des endroits où ils le peuvent». Soit la position républicaine la plus extrême sur l'immigration, qui permettra à Romney d'enfoncer son principal rival, le gouverneur du Texas Rick Perry, lors des primaires.

Malheureusement pour lui, l'«auto-expulsion» vaudra à Romney sa défaite face à Obama, et ne fera qu'éloigner encore un peu plus l'électorat hispanique des Républicains. Au lendemain de l'élection, les leaders républicains –y compris le Comité national– s'en prendront formellement à sa position sur l'immigration, ce qui suscitera un nouveau mouvement, menée par le sénateur de Floride Marco Rubio, en faveur de la réforme.

Mais comme Bush avant lui, Rubio se heurtera à une opposition conservatrice organisée par les voix les plus extrêmes et xénophobes de son camp, du sénateur de l'Alabama Jeff Sessions au représentant de l'Iowa Steve King, et relayée par des militants et autres animateurs radio. En 2014, la réforme de l'immigration sera morte et enterrée, achevée par les Républicains les plus à droite de la Chambre.

Un écart historique en faveur de Clinton

Reste que le facteur sous-jacent à toute cette évolution réside dans les sentiments anti-immigration et anti-immigrants des électeurs républicains. Ce sont eux qui ont alimenté la carrière de politiciens ouvertement xénophobes, comme le sénateur de l'Arkansas Tom Cotton, et qui ont contribué à la défaite surprise d'Eric Cantor, chef de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, face à Dave Brat, un obscur militant conservateur. Et à l'été 2015, c'est eux qui ont poussé Donald Trump au sommet des sondages et qui en ont fait le candidat du parti, galvanisés par ses propos insensés et racistes contre une myriade de cibles étrangères, au sein desquels les immigrés hispaniques sont en bonne place.

Mais ce qui est populaire auprès de la base républicaine est toxique pour les électeurs hispaniques. Un récent sondage du think tank Latino Decisions montre que Donald Trump ne peut se targuer que de 16% d'opinions favorables chez les Hispaniques, contre 74% pour Hillary Clinton. Pour novembre, Latino Decisions estime que cet électorat se portera très majoritairement sur Clinton –82% pour la candidate démocrate contre 15% pour Trump, soit un écart qui s'annonce historique. Si ces prédictions se réalisent, les Latino-Américains rejoindront les Noirs au rang des communautés les plus démocrates du pays. Et avec 57 millions d'individus (dont 27,3 millions admissibles à voter), il s'agit aussi d'une des plus conséquentes. Selon un nouveau sondage de Pew Research, 69% des Hispaniques inscrits sur les listes électorales se déclarent «absolument sûrs» de voter, et 44% prévoient de s'opposer à Trump.

Les préférences de vote, comme les inclinations partisanes, sont des habitudes. Une fois ancrées, elles ne bougent plus trop. Et quand on envisage l'avenir, il paraît assez probable que l'électorat latino emprunte le même chemin que l'électorat noir, avec un soutien de plus en plus manifeste pour les candidats démocrates. Une nouvelle fois, c'est vers la Californie qu'il faut se tourner pour le comprendre. Dans les années 1990, après la croisade anti-immigrants de Pete Wilson, les Hispaniques se sont largement déportés vers le camp démocrate. A la fin des années 2000, la Californie est devenue un bastion démocrate à quasiment tous les échelons gouvernementaux. A l'inverse, le Parti républicain californien ne possède plus que quelques rogatons de pouvoir et est devenu bien incapable d'influer politiquement sur quoi que ce soit à l'extérieur de ses bastions historiques, situés au cœur de l’État.

Le parti républicain, trop homogène pour réussir?

Au lendemain de l'élection d'Obama, le Parti républicain national était déjà bien avancé sur ce chemin. Trump aura accéléré le mouvement en dégoûtant les Latinos du GOP à force de xénophobie et d'hostilité réfractaire. Et le phénomène a d'ores et déjà son effet secondaire: les Américains d'origine asiatique, eux aussi, quittent en nombre le navire républicain, et ce pour des raisons similaires. Un Parti républicain qui fait de Trump son candidat –et s'ouvre au nativisme– est un endroit où il n'y a plus aucune place pour tous les groupes non-blancs et d'origine immigrée.

Les Républicains noirs avaient voulu résister à Barry Goldwater et à son conservatisme doctrinaire et idéologique. Ils l'avaient fait en soutenant des candidats modérés, en tissant des alliances et en formant des organisations visant à protéger le parti d'une vague ultra-conservatrice. Dans le manifeste d'une d'entre elles, la Negro Republican Organization, on promettait de «s'opposer à toute tentative laissant entendre au public que les Républicains noirs soutiennent Goldwater» et de faire «tout son possible pour vaincre un segment minoritaire qui semble déterminé à faire du GOP un parti blanc comme neige».

La NRO a perdu son combat. Ce «segment minoritaire» est désormais une majorité et ces dix dernières années, il aura réussi à faire du Parti républicain un parti blanc comme neige. Dire que le GOP n'y survivra pas, qu'il est trop homogène pour réussir dans une Amérique moderne et diverse, serait tentant. Mais si Trump perd l'élection, ce ne sera probablement que de quelques points. Avec de plus beaux costumes, moins de manières et une meilleure attitude, Trump –ou du moins le trumpisme– pourrait très bien l'emporter sur le plan national.

Et pour les Républicains qui ne veulent ni de Trump ni du trumpisme? Il est peut-être déjà trop tard. Le truc avec un parti plus blanc que blanc, c'est qu'il n'a pas de diversité suffisante pour résister à la rage et à l'aigreur blanches. Les Républicains ont franchi un point de non-retour. L'ethnonationalisme crasse est leur avenir, qu'ils en veuillent ou non.

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