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La première victime connue d’un boomerang nous rappelle que c'est une arme redoutable

Le leader aborigène de la tribue Buddgeti, Max Eulo, en Australie. (Torsten Blackwood/ AFP)

Le leader aborigène de la tribue Buddgeti, Max Eulo, en Australie. (Torsten Blackwood/ AFP)

Il s'agit d'un aborigène qui aurait subi une attaque il y a plus de 700 ans. Cette découverte rappelle qu'avant d'être un jouet, le boomerang était une arme.

La première victime connue d’un boomerang n'est pas un malheureux joueur percuté accidentellement sur la plage. C'est Kaakutja, un aborigène australien mort il y a environ 700 ans, affirment les chercheurs qui étudient son squelette.

Les restes de cet homme ont été retrouvés enterrés dans le parc national de Toorale, dans le sud-ouest de l’Australie, en 2014. Il a d’abord semblé qu’il s’agissait d’un aborigène victime de la colonisation Britannique, rapporte le New York Times. Certains historiens estiment en effet qu'entre 1820 à 1900, au moins 65.000 aborigènes ont été tués par les colonisateurs. Mais, en octobre 2016, une équipe d’archéologues australiens dévoile que Kaakutja aurait été frappé au visage par une arme en bois. Et que les coups auraient été portés entre 1305 et 1525, soit avant l’arrivée des colonisateurs Européens.

L’arme du meurtre ne pourrait donc qu'être un lil-lil, une massue en bois aborigène, ou bien un boomerang, dont la forme arquée correspondrait d’avantage aux blessures identifiées sur les os de Kaakutja.

«C’est la première fois qu’on trouve des preuves indiquant qu'une personne a probablement été tuée par un boomerang de combat, affirme au New York Times le chargé de projet, Michael Westaway, paléoanthropologue à l’université Griffith du Queensland, en Australie. Ces armes en bois laissent des marques de traumatisme semblables à celles des armes en métal; c'était inattendu.»

Les chercheurs pensent que Kaakutja fut attaqué par surprise et frappé sur le côté droit du visage ce qui lui a sans doute fait perdre l’œil. Il a ensuite reçu un deuxième coup dans les côtes, le faisant chuter, avant de subir une dernière frappe violente au bras, qui a tranché son os.

«Utilisée comme une massue pour se battre, le boomerang devient essentiellement une hache de combat; il s’agissait sans doute d’une arme redoutable», conclut Westaway.

Détourné de son objectif initial 

Le côté fonctionnel du boomerang s'est lentement effacé au profit de sa dimension ludique. L’explorateur anglais William Dampier est le premier européen à avoir laissé une trace écrite de l’existence du boomerang, en 1688, même si d’autres affirment que le pharaon Toutânkhamon possédait une vaste collection de boomerangs il y a 1000 ans. Ce n’est qu'après l’arrivée en grand nombres de colonisateurs anglais dans la baie de Sydney que l’outil aborigène commence à se répandre dans le monde occidental, fascinant les foules par sa capacité à revenir vers le lanceur.

«Les cannes et les parapluies ne sont plus à la mode; même en cette saison de pluie les hommes n'emportent rien d'autre qu'un boomerang», écrit le magasine de l’université de Dublin en 1838.   

Avec les années, l'arme est devenu un objet de distraction:

«Au fil des années, son objectif originel a été déformé. La plupart d’entre nous continuent à voir le boomerang comment une "curiosité ethnologique" –une invention brillante des aborigènes mais inutile, perçu avant tout comme un jouet et une icône», explique le musée australien de Sydney.

Or s’il est bien utilisé, il peut être mortel, et quelques aborigènes contemporains continuent d'ailleurs à se servir du boomerang comme arme de chasse.

 

 
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