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La place qu'il faut absolument réserver quand vous prenez l'avion

Avion | Christian Córdova via Flickr CC License by

Avion | Christian Córdova via Flickr CC License by

Réserver le siège 48G, c'est l'assurance de voyager peinard, dans le confinement d'une solitude propre aux grands explorateurs.

Choisir sa place en avion est une affaire sérieuse. Une problématique cruciale dont trop souvent on réalise l'importance une fois le fait accompli, quand assis en une place inconfortable, entre un joueur de rugby aux chairs si développées que le siège parvient à peine à contenir toute sa masse, et un moutard suractif agrippé à sa manette de jeux, on en vient à regretter l'idée même d'être encore en vie. Afin de parer à tous ces inconvénients et à bien d'autres encore, je possède la parade absolue qui tient en deux chiffres et une seule lettre: G48.

Non ce n'est pas la combinaison ouvrant les Caves du Vatican ni le code d'entrée du club échangiste du Petit-Clamart encore moins le nom secret d'une acrobatie sexuelle connue des seuls moines trappistes, non, rien de tout cela: c'est juste le numéro du meilleur siège qui puisse exister dans un aéronef, là où tout n'est que calme, luxe et volupté, où jamais personne ne viendra fanfaroner à vos côtés, où votre voyage se déroulera dans la quiétude d'une retraite si tranquille que c'est à regret que vous la quitterez pour retrouver la terre ferme.

Ce rang d'apparence si indigne

Ce siège-là, c'est celui qui se trouve tout au bout du bout de la carlingue, au niveau du couloir, en sa pénultième rangée, les deux dernières étant réservées d'ordinaire au personnel navigant. Oui, c'est là, en cette place incertaine, à ce rang d'apparence si indigne, au niveau de cette position si éloignée qu'elle en devient suspecte que vous avez toutes les chances de passer le plus orgasmique des voyages. J'en parle d'expérience.

Jamais, en optant pour cette place, il ne m'est arrivé de voir le siège attenant au mien, le 48F donc, être occupé par quiconque. Et pour cause. Il faudrait être tout de même sacrément cintré pour réserver exprès un siège situé au milieu même de l'allée centrale, en une région si reculée que même l’hôtesse passe devant vous sans même vous calculer, rebut indigne d’intérêt, infortuné voyageur exilé dans la profondeur d'un avion dont le reste de l'équipage se fout royalement, vagabond des airs occupant la place la plus ingrate de tout l'aéronef.

Non, jamais, ô grand jamais, lors de mes divers et nombreux périples, personne ne s'est jamais aventuré à venir s’accroupir à mes côtés. Même quand l'avion se trouve être archi-bondé, qu'il dégueule de passagers jusqu'au plafond, le personnel de bord cherchera par tous les moyens à vous éviter pareille humiliation, il remuera terre et ciel afin de vous trouver un siège moins insalubre que le 48F, il jouera au domino avec les voyageurs s'il le faut afin de vous installer en un endroit plus hospitalier.

Voyager tranquille

Réserver le siège 48G ou selon le modèle de l'avion, le siège disponible le plus reculé de la carlingue, côté couloir, c'est l'assurance de voyager peinard, dans le confinement d'une solitude propre aux grands explorateurs. D'allonger ses jambes à perpétuité. De pouvoir sans même vous lever demander un rab de jus de tomates à la feignasse d'hôtesse roupillant derrière vous.

De jouir de voir au moins sur deux écrans parfois même trois, et avec un peu de dextérité et d’entraînement, en simultané, le dernier film de Cameron Diaz. De changer infiniment de siège, de bondir du 48G au 48F tel un marsipulami aérien sans que personne n'appelle le sergent-chef, de remonter l'accoudoir séparant les deux fauteuils et alors de s'adonner au plus doux des sommeils, le corps en biais, les jambes de travers, la tête de guingois.

C'est aussi en cas de funeste pépin la chance d'être le seul rescapé d'une catastrophe aérienne et de devenir millionaire en racontant l'histoire de son sauvetage. Ou d'être le premier à faire joujou  sur le toboggan de sortie. Être consacré comme le prince des airs. Le vrai et unique pacha de la place 48G.

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