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Le gaokao, l'examen le plus difficile du monde préparé par des millions d'étudiants chinois

Deux étudiantes à la sortie de leur examen à Pékin, le 7 juin 2016. Crédit photo: Greg Baker/AFP

Deux étudiantes à la sortie de leur examen à Pékin, le 7 juin 2016. Crédit photo: Greg Baker/AFP

Chaque année en Chine, ce concours est passé par plus de neuf millions d'adolescents sous pression qui n'ont qu'un seul objectif: obtenir le meilleur score possible pour accéder aux universités les plus prestigieuses du pays.

Imaginez un peu que nos villes entières se mobilisent chaque année pour l'épreuve du baccaulauréat. Que les sirènes des ambulances se taisent durant quelques jours, que les klaxons soient interdits, et que des patrouilles de police veillent à la tranquilité des rues afin d'assurer la meilleure concentration possible aux candidats. Cela peut paraître fou, disproportionné, irréalisable et pourtant. C'est exactement ce qui se passe chaque année en Chine au moins de juin, lorsque 9,5 millions d'étudiants chinois –pour le cru 2016– s'apprêtent à passer le gaokao, sacro-saint examen qui leur permettra, s'ils le réussissent, d'accéder aux universités les plus prestigieuses du pays.

Descendant direct des concours impériaux des anciennes dynasties chinoises, le gaokao peut être considéré comme l'un des examens les plus difficiles au monde. Dès leur plus jeune âge, les écoliers le préparent à un rythme quotidien acharné. Exercices par centaines, révisions, stress, les écoliers chinois doivent avoir les épaules solides pour résister à la pression appuyée de leurs parents et professeurs. Cela signifie pour eux de faire le sacrifice de leurs années d'insouciance. À la place, un seul objectif: le concours. Le Guardian raconte ce quotidien.

Des années de préparation, deux jours d'examens

La première question peut se poser est la suivante: en quoi consistent ces épreuves? A priori, rien d'anormal. Il y en a quatre, réparties sur deux jours, et sous forme de QCM: chinois, anglais, maths ainsi qu'au choix, une matière scientifique (comme la physique-chimie ou la biologie) ou une matière plus littéraire, telle que l'histoire, la géographie ou la science politique. Les écoliers doivent plancher trois heures sur chacune de ces épreuves et pour beaucoup d'entre eux, l'épreuve du chinois reste la plus redoutée car la plus subjective. Les écoliers y sont invités à disserter sur des questions à la fois pratiques et philosophiques dont ils doivent faire la démonstration. 

Sur le papier, tout semble normal, mais les épreuves sont d'une difficulté remarquable et impliquent une préparation intensive. Yuan Qi, étudiant chinois de 18 ans dans l'un des meilleurs lycées de Beijing a été interrrogé par le Guardian pour raconter sa propre expérience. 

Levé chaque jour à 6h30, Yuan Qi doit être prêt à 7h20 pour une demi-heure de lecture personnelle avant le début de son premier cours à 8h dans une classe qui peut compter plus de 50 élèves. Commence ensuite une succession de matières, entre lesquelles s'interposent quelques minutes seulement, non pas de détente pure, mais d'exercice. Par exemple, il n'est pas rare que les enfants fassent des exercices d'ophtalmologie afin de préserver leurs yeux fatigués par ces heures de travail. Et lorsque la cloche sonne à 16h, ce n'est pas pour annoncer l'heure des loisirs et du goûter. S'en suivent encore trois ou quatre heures de travail consacrées aux devoirs et à d'éventuels cours particuliers que doivent suivre les élèves.

Mais même avec le travail le plus consciencieux du monde, rien ne garantit aux élèves qu'ils atteindront leur objectif. En fonction du nombre de points –sur un total de 750– ils pourront être admis dans les meilleures universités du pays, ce qui aura des conséquences sur leur carrière professionnelle mais aussi sur les personnes qu'ils rencontreront et donc sur leurs futures relations personnelles.

La triche, le fléau sophistiqué de l'examen

Admiré pour sa difficulté et le haut niveau de connaissances qu'il implique, l'examen de gaokao est aussi fortement critiqué. Avec tant d'enjeux, la triche devient tentante et presque systématique pour de nombreuses familles, obsédées par la réussite de leur enfant. En la matière, le gouvernement doit se préparer à des antisèches plutôt créatives: caméras espions, oreillettes et radios ont été maintes fois retrouvées dans les affaires personnelles des candidats. Et à des endroits impropables: dans leurs bijoux, leurs stylos et même dans leurs sous-vêtements. De quoi contraindre les centres d'examens à s'équiper de toutes sortes d'appareils anti-fraude, comme des détecteurs de métaux, ou encore des drones qui survolent les centres d'examens afin de déceler toute émission radio indésirable.

Avec une sanction qui peut aller jusqu'à sept ans d'emprisonnement, les candidats sont fortement invités à bien réfléchir avant de tenter toute fraude. Une bonne raison pour de plus en plus d'étudiants de partir étudier à l'étranger pour bénéficier de diplômes tout aussi bons dans les meilleures universités du monde et de se garder tout de même le temps de savourer sa jeunesse.

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