Partager cet article

La règle d'or que R.L. Stine applique à tous les romans de la collection «Chair de Poule»

R.L. Stine à l'avant-première du film «Chair de poule» à New York, le 12 octobre 2015 | Slaven Vlasic / AFP

R.L. Stine à l'avant-première du film «Chair de poule» à New York, le 12 octobre 2015 | Slaven Vlasic / AFP

Robert Lawrence Stine fut consacré maître du roman d’horreur pour enfants dans les années 90. Sa série «Chair de Poule» a envahi les étagères des librairies et des bibliothèques avec des titres comme «La Nuit des pantins» ou encore «Le Jumeau diabolique». Ce succès est dû à une règle d’or. 

Slate.fr vous propose de prolonger l'été avec des histoires mystérieuses autour d'écrivains. Pour retrouver toute la série, cliquez ici.

Ultra-prolifique, R.L. Stine pouvait écrire jusqu’à un livre par mois dans les périodes fastes. Le plus fantastique dans cette histoire, c’est qu'il a commencé par une carrière d’écrivain comique. Né dans l’Ohio en 1943, l’auteur désespère très vite sa mère. Il consacre des après-midis entières à taper des recueils de blagues sur la machine à écrire familiale, sans jamais mettre le nez dehors. Une marotte qui ne le lâche pas à l’âge adulte.

« J’ai toujours voulu être drôle. Je n’avais pas prévu de faire peur.»

À l’université, il est élu rédacteur-en-chef du journal humoristique de l’Ohio State University, The Sundial. Sitôt ses études terminées, il s’installe à New York pour y devenir écrivain. Il commence par un job de rédacteur: une baronne de presse toujours vêtue d’un peignoir l’embauche pour écrire de fausses interviews pour ses magazines. Puis, il travaille pour une entreprise de sodas, avant de lâcher l’affaire car «c’était la pire année de [sa] vie». Ses histoires drôles, en revanche, ne trouvent pas vraiment preneur. À ce moment-là, R.L. Stine tombe sur une petite annonce publiée dans le Times. C’est comme ça qu’il est retenu pour le poste de rédacteur d’histoire-géo au sein du Junior Scholastic, un périodique destiné aux élèves de collège. C’est la première fois qu’il écrit pour les enfants.

Le succès à 43 ans

Les éditeurs du Scholastic le laissent lancer son propre magazine humoristique, Bananas. Mais au bout de quelques temps, le magazine s’arrête.

«C’était le rêve de ma vie et quand il fut terminé, je me suis dit que je n’allais pas trop me fouler pour le restant de ma carrière professionnelle.»

Mais une maison d’éditions lui passe une commande. Pourrait-il écrire un roman d’horreur pour ados qui s’intitulerait Rencard à l’aveugle (Blind Date)? R.L. Stine ne comprend pas trop ce qu’on attend de lui, mais il s’exécute. Et le livre devient un succès de librairie. Il a alors 43 ans.

«Je me suis dit: “Oublie les blagues mon vieux, les gosses veulent avoir peur!”»

Au départ, la série «Chair de Poule» ne se vend pas comme des petits pains. Stine a signé pour trois ou quatre livres qui restent sur les étagères des librairies sans que personne ne s’y intéresse. Un vrai bide. Il faut dire qu’il n’y a pas eu de publicité, pas de «plan promo». Quatre mois après la sortie, les libraires n’ont toujours pas retiré les livres, et quelque chose se passe. Les ventes se mettent à décoller.

«Les enfants ont trouvé les livres. Ca fait partie de leur réseau secret. »

Toujours plus de livres

Le bouche à oreille fonctionne si bien que l’éditeur de Stine lui commande plus de livres. Et encore plus de livres. Un jour, l’auteur recevra même une lettre disant: «Je n’arrive pas à lire tous vos livres. Est-ce que vous pouvez arrêter d’écrire pendant quelques temps? »

Pour autant, R.L. Stine ne renonce pas à son humour: «Dès que j’écris une situation un peu trop intense, j’ajoute immédiatement quelque chose de drôle pour insuffler un peu de légèreté.». Les illustrations de la série, réalisées par Tim Jacobus (qui a dessiné la couverture des soixante-sept premiers livres), cherchent d’ailleurs à évoquer ce mélange d’humour et d’horreur si cher à l’écrivain pour qui la frontière entre les deux genres est mince.

À la question «Quel fut l’évènement le plus terrifiant que vous ayez vécu?» posée lors d’un AMA sur Reddit, il le prouve en répondant: «Quand j’ai perdu mon fils de 3 ans. Au salon auto de New York.»

Ne pas traumatiser les enfants

Pour autant, R.L. Stine n’entend pas terroriser les enfants. «Je veux leur faire peur, pas les traumatiser», explique-t-il souvent. Pour cela, il a une règle: pas de divorce –ni même de parents divorcés–, pas d’histoires de drogue ni de maltraitance.

«Je fais en sorte que les enfants comprennent que mes livres relèvent du fantastique. Que ces histoires ne peuvent pas réellement arriver. Je ne parle pas du monde réel. Une fois que vous avez mis ça en place, tout est permis. Vous pouvez faire vraiment peur.»

R.L. Stine le dit lui-même, il déteste la réalité. Il ne lit que de la fiction. Sur son site officiel, vous ne trouverez que des clichés de sa famille en vacances, de sa maison d’enfance et du mariage de son fils Matthew. Il y a même une photo de son chien qui se baigne. Rien de très effrayant et pour cause: la vraie vie ne devrait pas trop l’être.

L’auteur des «Chair de Poule» a toutefois une autre petite règle. Ses récits ne se passent jamais à New York: «Un tas d’enfants ne connaissent pas New York. Ils connaissent les agréables jardins à l’arrière des maisons de banlieue, mais pas la ville de New York. Je crois que ça rendrait les histoires trop obscures.». Car les écrivains aussi ont parfois une ou deux superstitions. 

Vous devez être membre de Slate+ et connecté pour pouvoir commenter.
Pour devenir membre ou vous connecter, rendez-vous sur Slate+.
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte