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La révolte citoyenne d'un village mexicain pour gagner le droit de vivre en sécurité

Cherán | Eneas De Troya via Flickr CC

Cherán | Eneas De Troya via Flickr CC

Il y a cinq ans, les hommes et femmes de Cherán ont décidé de lancer leur propre offensive afin de chasser les gangsters, les policiers et les hommes politiques corrompus de leur ville.

Corruption et criminalité, les maux récurrents de ce pays magnifique qu'est le Mexique ont la dent dure. Chaque année, les chiffres de la criminalité y sont alarmants: en 2015, plus de 36.000 homicides et 27.000 disparitions avaient été rescensés, d'après Amnesty International. Et ce n'est pas un hasard si les autorités mexicaines espèrent prochainement faire extrader leur ennemi public n°1 Joaquín Guzmán surnommé «El Chapo» de peur, qu'une fois de plus, le roi des narcotrafiquants ne s'attirent les faveurs de gardiens de prison intéressés par quelques billets de banque. 

Pourtant, dans l'État de Michoacán, une ville d'irréductibles justiciers résiste. À 400 kilomètres à l'ouest de Mexico city, les quelque 12.000 habitants de Cherán vivent aujourd'hui dans ce qu'ils espèrent être un oasis de sécurité et de solidarité. Cette paix, ils l'ont conquise par la force il y a cinq ans, raconte BBC News.

Un combat pour la sécurité

À l'époque, le climat d'insécurité qui règne à Cherán est insupportable. En ville et aux alentours, les enlèvements, les meurtres et les extortions de fonds aux petites entreprises de la localité sont monnaie courante. La population vit dans la terreur ambiante et non loin de là, elle assiste au pillage de sa principale ressource économique: la forêt. Des gangs de bûcherons masqués scient le bois à outrance et le transportent pour le revendre, sous les yeux de la population qui voit sa richesse volée. Sur place, policiers et élus n'y font rien. Pire encore, ils s'en arrangent avec les cartels de la drogue, rendant la vie des populations impossible.

Portées par leur besoin de sécurité, les femmes de Cherán s'unissent donc pour organiser le soulèvement de leur ville. En avril 2011 et après l'organisation discrète d'un groupe de civiles, elles s'arment de pierres et de machettes pour mener une offensive. Les policiers, les élus politiques et les trafiquants doivent être chassés de la ville. Pour les forcer à fuir, les coups de machette fusent et des barricades sont érigées afin d'occuper les bâtiments principaux de la ville. Quelques personnes sont même prises en otage. Pourtant, il s'en est fallu de peu pour que cette révolte échoue, raconte Mélissa Fabian qui avait 13 ans lors de ce soulèvement. 

«Tout le monde courait dans les rues avec des machettes [...]. Heureusement, les cloches de l'église ont sonné à temps pour alerter le reste du village de venir en aide à la population.»

En effet, c'est ensuite le village tout en entier qui se soulève pour conduire cette rebellion citoyenne et expulser manu militari les forces politiques. Les camions des bûcherons illégaux sont quant à eux immobilisés. «Me remémorer cette journée me donne envie de pleurer, raconte Margarita, une autre habitante. C'était comme un film d'horreur, mais c'était la meilleure chose qui puisse nous arriver».

Ni meurtres ni enlèvements en 2015

Depuis ce jour, des points de contrôle sécurisent les trois principales routes d'accès à Cherán. La police elle, se compose des habitants volontaires de la ville, hommes et femmes équipés d'armes et de voitures récupérés au cours du soulèvement. Pas de policier donc, ni même de maire à Cherán. Le village est géré par un conseil municipal où siège plusieurs habitants élus représentant chacun leur quartier. 

Chose encore plus surprenante, les partis politiques sont interdits dans la ville. Il sont considérés comme des sources de conflits et de divisions, raconte le journal local Milenio. Les habitants ne votent pas aux élections de leur gouvernement qui a bel et bien reconnu l'autonomie de la commune gérée conformément aux us et coutumes de la communauté indigène Purépecha. Le New York Times précise tout de même que les habitants de Cherán continuent à payer leurs impôts, puisque le gouvernement mexicain verse toujours une aide à la ville.

Et quid de la justice à Cherán? Les délits mineurs sont gérés sur place grâce à un simple système d'amendes et de travaux d'intérêt général tandis que les infractions plus graves, elles, sont transmises au procureur général. Mais bonne nouvelle: en 2015, il n'y a eu aucun meurtre ni enlèvement dans cet oasis d'espoir.

Il n'y a pas que les rues de Cherán qui soient devenues plus sûres. La forêt avoisinante est maintenant surveillée et gérée de manière collaborative par les habitants de la ville. Tout y est fait afin de favoriser au mieux la régénération de la forêt: près de 3.000 hectares d'arbres ont été replantés depuis cinq ans et chaque personne qui souhaite abattre un arbre doit obtenir la permission des autorités. 

Dans le pays, Cherán est donc devenu un exemple de révolte citoyenne qui a fonctionné pour gagner le droit de vivre en sécurité. Et la communauté espère prospérer dans cet état de droit aussi longtemps que possible. 

 

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