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Identité nationale: plus Français que les Français

Tour de France gastronomique d'un Juif errant

Jeudi 5 Novembre 2009
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Slate.fr lance un appel à contributions: C'est quoi, pour vous, être français? Envoyez-nous vos contributions, vos témoignages, à etrefrançais.slate @ gmail.com. Nous publierons vos tribunes. Voici une chronique de Gilles Pudlowski, critique gastronomique du Point.

***

En 1984, je publiai, chez Flammarion, le Devoir de Français, suivi, en 1986, de l'Amour du Pays, deux ouvrages sur le même thème qui se prolonge: peut-on être «plus français que les Français» alors que l'on est, soi-même, un français de fraîche date, juif de surcroît, issu de la première génération née en France. La réponse était, évidemment: oui ! Je reçus, pour ces deux livres, les prix Chardonne et Genevoix, adressés, dixit Maurice Rheims et Michel Tournier, membres de ce dernier prix, à «un Barrès juif». Manière de me dire que j'étais un «bon français». Et je songeais à la formule de Bernanos selon laquelle «il n'y aucun orgueil à être français, mais beaucoup de peine et de travail, un grand labeur».

Je republiais mon cher Devoir de Français, qui m'avait valu tant d'éloge et de bons labels, au Rocher en 2003. Et le faisais précéder d'une préface dont je donne ci-après l'essentiel, et qui entendait démontrer que son propos était plus que jamais actuel. En effet, quelques semaines avant la réédition, le hasard voulut que je passe à la mairie de mon quartier, le 9e arrondissement faire renouveler ma carte d'identité. Après avoir vu mon extrait de naissance, l'employée de l'antenne de police me lança tout crûment : «vos parents sont nés en Pologne, vous devez faire la preuve de votre nationalité française».

Mon ancienne carte d'identité, que j'avais tendue en guise d'explication, spécifiait bien, cependant: «nationalité française». Je restais hagard, ne sachant quoi répondre. Et voilà qu'elle insiste et me demande: «comment êtes-vous devenu français?» Je suis devenu blême, je lui ai dit : «j'ai écrit des livres là-dessus». Je lui demande alors de vérifier les papiers d'identité du maire, Jacques Bravo, d'origine italienne. Et elle accepte, in fine, de prendre mon dossier.

Je ne me le tiendrais pas pour dit et montre très vite voir Jacques Bravo pour lui conter cette histoire édifiante. Il me recevra, sans cérémonie, s'étonnant, lui dont le père est né dans le Piémont, qu'un tel interrogatoire soit possible. Et il donnera l'ordre - mais sera-il suivi? - que de telles phrases stupides ne soient plus prononcées chez lui. Nous sommes nombreux, en effet, comme lui, comme moi, à essayer de nous montrer non seulement «d'excellents Français», mais «meilleur français que les Français».

Jambon, miel et pain d'épices

Le Devoir de Français, qui aurait pu également s'appeler le Tour de France du Juif errant ne raconte pas autre chose. Sinon l'aventure d'un «Beur Blanc», qui fait d'incessants voyages entre lui-même et son destin, entre ses racines et son pays véritable, entre cette langue qui est la sienne et le regard des autres, entre toutes ces régions, multiples et sinueuses, qu'il aime d'amour, et ses origines. Vingt-cinq ans après, le voyage, les voyages, se poursuivent.

Juste avant la réédition de mon Devoir, j'arrivais de l'Yonne, où j'avais passé quatre jours à goûter les confitures, les terrines, l'andouillette, le jambon, le miel, le pain d'épice, la truffe de Bourgogne (la tuber incinatum), le chocolat blanc mêlé de ganache au cassis, le vin d'Irancy, de Coulanges-la-Vineuse et de Saint-Bris. Le long du fleuve, de Sens à Châtel-Censoir, de Joigny à Mailly-le-Châtel, ils sont nombreux les artisans qui ont créé, sans toujours le savoir, une route des saveurs: élevage de truite, fumage de saumon, export de cochon cul noir, production artisanale de cidre du pays d'Othe, recréation de la bière de Sens ou affinage de fromage de Soumaintrain.

Ils sont souvent, comme je le fus, «étrangers au pays», natifs de Mayenne comme les Bernard, ces artistes des beaux fruits de Jussy, de Champagne, champenois comme les Dhuicq qui fabriquent du foie gras en leur ferme de Misery, ou encore du Bourbonnais, comme Daniel Raymond, le fumeur-traiteur de Chemilly, près d'Auxerre. Jadis, le fleuve charriait le bois et le vin vers Paris. Mais sa mission demeure: celle d'être une épine dorsale de la gourmandise, une artère royale des bonnes choses, sur laquelle se greffe des artisans du bonheur français.

Les écrivains n'ont pas déserté le pays. J'étais allé me recueillir, au cimetière, sur la tombe de Jules Roy, alias Julius, qui se situe en contre bas de celles de Maurice Clavel, Georges Bataille, Max-Pol Fouchet et encore Ysé, l'héroïne du Partage de Midi. Je n'avais pas omis de rendre visite à son «clos du Couvent». Ce qui fut la maison de Jules Roy, face à la basilique de la Madeleine, est devenu un musée . J'y ai retrouvé les livres d'autrefois, avec les mots, les cartes postales, les enveloppes qu'il gardaient dans les rayons de sa bibliothèque.

Son esprit demeure. J'avais dîné avec Tania, qui veille sur son souvenir, mais aussi Gérard Oberlé, dandy amoureux des mots, expert en livres, châtelain du Morvan, mais aussi le regretté Jacques Lacarrière, venu de Sacy, le village de Restif de la Bretonne, dont la maison n'a pas changé et dont il a repeint les plinthes des fenêtres en bleu Méditerranée, signes d'un perpétuel «Eté Grec» en ce pays pluvieux et brumeux.

Jacques avait évoqué de sa voix douce les marches suscitées par Chemin Faisant. Il nous conta la venue de deux jeunes lecteurs, venus le voir l'été précédant, suivant pas à pas son itinéraire, près de 30 ans après. «Je leur ai dit: "vous auriez pu inventer d'autres chemins". Mais je les ai logés chez moi. Ils avaient vingt ans, de beaux cheveux longs, l'éternité devant eux. Ils ont joué avec mon fils». Et de reprendre, s'agissant de son livre évoquant une traversée de mille kilomètres dans l'hexagone: «J'ai simplement voulu montrer que l'on pouvait marcher librement en France et être accueilli partout en ami».

Marc Meneau, à Saint-Père, dans son auberge qui porte le doux nom de l'Espérance, nous avait régalés de gelée de betterave, façon bortsch au caviar, qui me rappelait, de façon plus raffinée, les plats de ma grand-mère. Mais aussi de petits mets sur le thème du cochon, avec cromesquis de groin, lard, boudin, gras-double, d'une symphonie sur le thème de la pomme de terre et d'un mariage baroque entre homard et pigeon. Nous avions bu ensemble le vin de Vézelay, qui demeure cet épicentre culturel de la France, où jadis Saint-Bernard prêcha la seconde croisade contre les mécréants... dont nous sommes. Et nous avions embrassé d'un regard semi-circulaire la colline au loin qui trace son profil, droit, vigoureux, éternel.

Gilles Pudlowski

Gilles Pudlowski vient de publier les Grandes Gueules et son guide Pudlo Alsace et Pudlo Paris.

Image de une: Reuters,Robert Pratta Volontaires nus posant pour le photographe américain Spencer Tunick, à Pouilly-Fuisse.

Si vous avez aimé cette chronique, vous pouvez lire toutes les contributions. Vous aimerez peut-être aussi «Jean-François Copé: Identité nationale, réussir le débat» et «Les raisons du retour du débat sur l'identité nationale». N'hésitez pas à participer au débat en nous envoyant vos contributions: etrefrançais.slate @ gmail.com

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Comments

Vous êtes française ? Prouvez-le

J'ai moins de chance que vous. Peut-être parce que je n'habite pas le 9ème arrondissement de Paris mais une ville de province.
Quoiqu'il en soit, bien que j'aie eu deux maris français, quatre enfants français, une attestation du Tribunal de grande instance certifiant de ma nationalité française, une carte d'identité française, je n'ai toujours pas obtenu de l'employé de mairie qu'il accepte de renouveler ma carte d'identité arrivée à expiration.
Pour me consoler, à l'ambassade de France de la ville de ma naissance, on me dit que c'est par dizaines que des fonctionnaires français qui ont fait toute leur carrière dans la fonction publique en France, où il est impossible d'entrer sans être de nationalité française, se trouvent "au soir de leur vie" dans la même situation que moi, à l'occasion de la demande du renouvellement d'une carte d'identité.

Marianne Arnaud

et vos parents , ils sont français ?

J’ai eu à renouveler mon passeport.
D’habitude, l’ancien suffisait. Aujourd’hui, si vous êtes né à l’étranger, vous devez demander un “extrait de naissance avec filiation” .
C’est à dire prouver que non seulement vous êtes bien français mais aussi que vos parents (l’un des deux) sont bien français.
Cette demande se fait, dans ce cas à Nantes, (et de façon assez absurde, seulement si vous êtes bien français ! ) au “Service central de l’Etat civil du Ministère des affaires étrangères”, à la picturale adresse : https : //pastel.diplomatie.gouv.fr/dali
Je ne vous raconte pas l’ambiance parfaitement automnale de sous préfecture de ma petite mairie de province, quand en sus, l’employée de mairie à découvert à la lecture de l’acte que “l’un de mes deux parents” était visiblement né dans un DOM.
Devions nous indiquer les départements des lieux indiqués ?
Après une gêne visible et compatissante elle ne savait plus du tout quelles cases cocher, sur son formulaire.
Elle s’y est reprise à plusieurs fois, tout en me confiant : “ vous savez, j’ai eu le cas d’une dame mariée à un étranger, et bien, elle a préféré garder son nom de jeune fille “.

Sabine Rabelle

Les ambigüités entre, un titre, un sous titre, et un texte !

Le titre
En général, le titre, donne le sujet d’un ouvrage, ou comme ici dans cet article, le sujet qu’il veut montrer ou expliciter. En lisant le titre de cet article - « Plus français qu’un français » - le sujet parait intéressant au premier abord, et interroge de suite.

Comment peut-on être plus français qu’un français ?

N’est là qu’une conception intellectuelle, ou est-ce issu d’une situation réelle, qui relève donc du champ des possibles ?

On attend de l’auteur qu’il nous narre un exemple…
.

Le sous titre
Son rôle est de préciser ou d’expliciter le titre. Dans cet article, le sous titre – « Tour de France gastronomique d'un Juif errant » - en première lecture me surprend, puis m’interroge.
Est-ce que pour être plus français qu’un français il faut, à la manière des compagnons du devoir, faire le tour de France ?

Non pas, dans le but de l’apprentissage d’un métier, mais dans l’apprentissage de sa gastronomie, de ses terroirs et de ses territoires.., Est là le secret pour devenir plus français que les français ?
Dans ce cas, pourquoi l’auteur a t’il besoins de préciser sa confession ? Qu’est ce que le fait d’être athée, chrétien, juif, musulman ou bouddhiste apporte de plus ?
Lisons le texte…
.

Le texte
Premier écueil, l’impression première (justifiée ou non) d’une auto promotion sur « l’ardoise » pour des livres dont les thèmes reviennent à la mode en même temps que ressurgit la question (cyclique) sur l’identité nationale.

Deuxième écueil, vous faites la question et la réponse : « Peut-on être «plus français que les Français» alors que l'on est, soi-même, un français de fraîche date, juif de surcroît, issu de la première génération née en France. La réponse était, évidemment: oui ! »

Mais, vous sous entendez qu’être plus français que français dans votre cas, résulte du regard et de l’appréciation de deux personnes à un moment bien précis (les prix Chardonne et Genevoix), Maurice Rheims et Michel Tournier dont l’allusion et comparaison avec Barrès renvoi au nationalisme républicains de l’époque en vous qualifiant de « bon français ». Qu’en est-il du regard des « autres », et qu’en est-il aujourd’hui ?

A travers l’exemple de votre demande de renouvellement de votre carte d’identité. L’employée ne fait que ce qu’on lui dit de faire, on peut lui reprocher tout au plus de ne pas réfléchir et d’appliquer des consignes bêtement, mais les responsables de son attitude restent ceux qui votent les lois, ceux qui rédigent, gèrent et administrent les services publics. L’employée ne fait au final qu’appliquer les directives de ceux qui les ont pensées, organisées comme telles. Ce sont donc les responsables de la haute administration…Surement des énarques !

« Nous sommes nombreux, en effet, comme lui, comme moi, à essayer de nous montrer non seulement «d'excellents Français», mais «meilleur français que les Français». »
C’est bizard, mais j’ai juste une impression (désagréable) à la lecture de votre article, que vous essayez de vous faire passer pour plus étranger que vous ne l’êtes réellement, plus « étranger que les étrangers ». Vous prenez le lecteur à contre pied !

Pour ce qui est de la balade gastronomique… c’était une sacrée belle ballade !

« Nous avions bu ensemble le vin de Vézelay, qui demeure cet épicentre culturel de la France, où jadis Saint-Bernard prêcha la seconde croisade contre les mécréants... dont nous sommes. »
Utiliser le terme mécréant comme qualification supposé de votre personne, par vous-même et peut être par d’autres, renforce l’idée que vous êtes rejeté de la société dans laquelle vous évoluez. Rejeté en tant « qu’étranger » d’abord (ce que vous n’êtes pas), mais aussi à cause de votre appartenance religieuse. Seulement, il n’en demeure pas moins que la sémantique désigne uniquement ceux qui ont une religion autre, que la religion chrétienne. Votre discours est donc biaisé car le rejet que vous évoquez dans cet article n’est pas dû, au fait d’être « un étranger » venant d’ailleurs, mais du fait de l’appartenance à un dogme religieux, différent de celui communément admis comme « référent » au pays (la France).
.

Etre français est avant tout une représentation individuel de ce qui compose des valeurs communes à l’échelle d’un territoire donné. Ce qui est en dehors de ce territoire deviendra ou sera considéré alors comme étranger.

Pourtant, il est possible aussi de devenir un étranger à l’intérieur de ce territoire donné. Pour peu que ce dernier soit morcelé en une multitude de sous territoires plus petits, il suffira juste de s’identifier alors à ce petit territoire pour que l’ensemble des habitants des autres territoires, vous reconnaissent/définissent comme étranger au leur. Et ce, malgré que tous, soient français.

Ainsi, même celui qui n’est pas de notre village, mais du village voisin peut être pour nous un étranger ! Devra t’il lui aussi devenir « plus français que les français », ou « meilleur français que les français » pour s’installer dans notre village ?

Si vous voulez vous faire passer pour un étranger voulant devenir « meilleur que les français », je ne saurais vous recommander de lire ce qu’évoquait Marek HALTER, lors d’une conférence sur : le bonheur d’être un étranger.

Il évoque au travers du rapport à l’autre, que la richesse n’est pas dans le souhait que vous avez à devenir « meilleur que » mais dans la prise de conscience que « l’étranger » peut vous montrer la grandeur du monde…
Extrait :
« Quand nous sommes entre nous, nous avons nos habitudes, nos blagues, nos jeux de mots, on entretient la beauté de notre passé. Même quand on est miséreux, un français de souche a une histoire commune avec un autre Français : le clocher, le cimetière qui préserve les tombes de nos ancêtres, qui montre que nous sommes là depuis longtemps. Or l’étranger, quand il arrive, nous révèle nos qualités et nos défauts. Il nous montre aussi que l’on n’est pas les seuls. Ce regard extérieur, nous fait nous ouvrir sur le monde, ou au contraire, nous replier sur nous même. On se sent alors agressé chez nous. »

Jen

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