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Clinton et Goldman Sachs, des révélations qui font pschitt

Le PDG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, et Hillary Clinton, le 24 septembre 2014 à New York | STEPHEN CHERNIN / AFP.

Le PDG de Goldman Sachs, Lloyd Blankfein, et Hillary Clinton, le 24 septembre 2014 à New York | STEPHEN CHERNIN / AFP.

Révélées par Wikileaks, les retranscriptions des interventions de la candidate démocrate pour la banque d'affaires ne sont pas précisément flatteuses, mais n'apportent pas non plus de révélations gênantes.

«Récemment, le PDG de Goldman Sachs a fait savoir à ses employés qu'il serait content avec Bush ou Clinton. Tu m'étonnes... Eh bien, j'ai une nouvelle pour les petites brutes de Wall Street: la présidence n'est pas une couronne que vous êtes chargés de transférer entre deux familles royales.» Ces mots n'ont pas été prononcés ces derniers jours par Donald Trump mais par l'ancien gouverneur du Maryland Martin O'Malley, éphémère candidat à l'investiture démocrate, lors de son entrée en lice en mai 2015. Mais le milliardaire y souscrirait sans doute, lui qui a dénoncé inlassablement les contradictions entre la personnalité publique de Hillary Clinton et ses déclarations privées lors de discours rémunérés par la banque d'affaires Goldman Sachs ou par d'autres institutions financières.

L'occasion lui en a encore été fournie, en deux temps, par la publication par Wikileaks de propos tenus par la candidate en ces occasions: d'abord, le 7 octobre, un «best of» de ses interventions, puis, le 15 octobre, le texte intégral de trois conférences pour lesquelles elle avait été payée 675.000 dollars. Ce qu'elles contiennent? Interrogée lors de la primaire démocrate, Clinton avait maladroitement répondu: «Écoutez, j'ai prononcé des discours devant beaucoup de groupes. Je leur ai dit ce que je pensais. J'ai répondu à des questions.» Et quant au prix: «Eh bien, je ne sais pas, c'est ce qu'ils offraient.» Au vu des transcripts, c'est sans doute plus ce prix (mais il n'est pas nouveau, pas plus que les liens étroits entre Hillary Clinton et Goldman Sachs) qui est choquant que la substance: gentiment, Wikileaks a souligné les passages importants en rouge, mais aucun ne paraît décisif, de nature à affecter l'élection comme l'ont fait les récents propos de Donald Trump.

Pas de révélation foudroyante

Clairement, la pas-encore-candidate n'était pas là pour chercher la confrontation avec son auditoire; mais il est aussi difficile de dire qu'on découvre dans ces textes une autre Hillary Clinton. Au point qu'on se demande pourqui l'équipe de la candidate n'a pas suivi le conseil, formulé dans un autre mail révélé par Wikileaks, d'un ancien conseiller de Bill Clinton, Lanny Davis: «J'espère qu'une publication immédiate et complète ne fait pas débat. [...] Mon opinion, pour ce qu'elle vaut, est que le faire quand cela sera devenu inévitable sera pire.»

L'une des phrases les plus citées a été prononcée pendant une conférence pour Goldman Sachs et BlackRock, en avril 2014, mais ne fournit pas de révélation foudroyante: «Nous avons été élevés dans une famille bien installée dans la classe moyenne. [...] Et maintenant, de toute évidence, je m'en suis beaucoup éloignée [de la classe moyenne, ndlr] à cause de la vie que j'ai vécue et de l'aisance économique que moi et mon mari connaissons, mais je ne l'ai pas oubliée.»

Dans ces conférences, Hillary Clinton évoque aussi en longueur la situation géopolitique en Asie ou au Moyen-Orient, sans insister sur les désaccords qu'elle a pu avoir avec Obama («Une personne incroyablement intelligente, réfléchie et décidée dans la poursuite des objectifs fixés») et en racontant son ressenti de plusieurs personnalités, comme Vladimir Poutine, l'homme qui «voit la Syrie de la même façon qu'il voit la Tchétchénie». Elle fait part aussi de ses espoirs quant à la conclusion d'un accord de libre-échange avec l'Europe: «Nous regardons ce sujet avec beaucoup de sérieux et c'est quelque chose que j'ai fortement soutenu. [...] Il ne fait aucun doute que si nous arrivions à avancer sur le front de la régulation des échanges, cela constituerait un progrès pour les Européens comme pour nous», un sujet sur lequel elle a beaucoup fluctué récemment.

«Je vous ai tous représentés pendant huit ans»

Elle évoque aussi sa relation avec Wall Street en tant que sénatrice de l'État de New York entre 2001 et 2009:

«Je vous ai tous représentés pendant huit ans. [...] J'ai beaucoup de respect pour le travail que vous faites et les gens qui le font, mais je pense que, en ce qui concerne les régulations et les politiques, les conséquences économiques de mauvaises décisions ont été dévastatrices et ont eu des répercussions dans le monde entier.»

Ou lance un très banal appel à l'effort collectif:

«Si nous voulons une économie efficace et productive, il nous faut que toutes les pièces du moteur fonctionnent bien, et cela inclut Wall Street comme Main Street

Elle reconnaît en revanche, implicitement, à quel point l'association entre une candidature à la présidentielle et une banque d'affaires est explosive, quand est évoquée sur le ton de la plaisanterie une candidature de Lloyd Blankfein, le PDG de la banque: «Je pense qu'il vous faudrait quitter Goldman Sachs et commencer à gérer une soupe populaire quelque part.»

Il est aussi ironique de pouvoir lire, dans des mails révélés par Wikileaks, sa vision du premier gros coup de l'organisation, la fuite de télégrammes diplomatiques de 2010:

«J'ai dû me lancer dans une tournée d'excuses, et je me suis fait faire une veste comme une rock star en tournée. La Tournée des Excuses de Clinton. J'ai dû aller m'excuser auprès de tous ceux qui étaient d'une façon ou d'une autre dépeints dans ces câbles d'une façon qu'ils jugeaient peu flatteuse. [...] J'ai vu des hommes mûrs pleurer. Je veux dire, vraiment. “Je suis un ami de l'Amérique, et vous dites ces choses sur moi.”»

«Voir plus de personnes qui ont réussi dans les affaires être candidates»

Certains commentaires tenus en 2013 sont rétrospectivement révélateurs quand on voit aujourd'hui la forte polarisation de la campagne présidentielle:

«Des deux côtés, les gens se voient récompensés pour leur comportement partisan. La plus grande menace que peut affronter un Démocrate ou un Républicain aujourd'hui, en grande partie à cause du découpage électoral, c'est d'affronter lors des primaires un adversaire de l'extrême droite ou de l'extrême gauche.»

 

«Il faut que les électeurs arrêtent de récompenser des gens qui prennent des positions tranchées contraires à la réalité et aux preuves.»

Lors d'une de ces conférences, Clinton affirmait aussi qu'elle aimerait «voir plus de personnes qui ont réussi dans les affaires être candidates». Des hommes d'affaires qui ont fait fortune dans l'immobilier, par exemple? Mais tout dépend ce qu'on entend par «réussi»...

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