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«Je suis coincée entre un mariage sans amour et une relation qui n'a plus d'avenir»

Un couple, paint par Dionysios Kalivokas via Wikimedia CC License by

Un couple, paint par Dionysios Kalivokas via Wikimedia CC License by

Cette semaine, Lucile conseille Élodie, une jeune femme qui souffre à la fois de sa dépendance à son mari, qu'elle a épousé à 18 ans, et à son amant, qui n'assume pas leur relation.

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

J'ai 29 ans et je suis mariée depuis onze ans. Je me suis mariée très jeune c'est vrai, et c'est tout simplement parce que je n’ai pas eu le courage de rompre juste avant qu'on se marie. Je suis donc allée à la mairie, un peu comme à l'abattoir. Je me disais que j'arriverais à me sortir de ce mariage par un divorce. Que je me serais émancipée de l'autorité de mes parents. J'ai trompé mon mari dans la première année de notre mariage, avec pour seul objectif que mon mari me quitte. Il m'a pardonnée et il est resté. Nous nous sommes rapprochés. 

On a eu un premier enfant, et peu de temps après un deuxième. Ces deux grossesses cumulées à l'achat de la maison et de problèmes professionnels de mon mari (j'étais en congé parental) ont grandement fragilisé notre mariage. Mon mari est devenu agressif, violent verbalement et a commencé à sombrer dans l'alcool. De mon côté, j'ai commencé à considérer que mon mariage était terminé. Quelques temps plus tard, j'ai rencontré un homme et ça a été le coup de foudre. J'ai essayé d'y résister dans un premier temps. Et puis j'ai sombré.

Bien entendu, mon mari s'en est très vite rendu compte. Au bout d'une semaine il l'a su et c’est lui que j’ai quitté. Mais là, retournement de situation, mon amant ne se sentait plus d'assumer de briser une famille et m'a demandé de retourner avec mon mari. Je me suis sentie perdue et tiraillée entre mon mari qui m'a laissée partir mais sans les enfants et mon amant qui n'assumait plus notre relation. Je suis donc rentrée chez moi. Les deux ans qui ont suivi ont bien sûr été très compliqués avec mon mari. Il était dur avec moi (ce que j'ai trouvé normal) mais avec le temps, il s'est radouci. Il a arrêté l'alcool. Je sais qu'il m'aime mais malheureusement, ce sentiment n'est pas partagé. Nous vivons comme un couple normal, même au niveau intime, mais je ne l'aime plus.

Je n'ai pas la sensation qu'il m'aime. Ou peut-être est-il simplement très indépendant. Ou très égoïste. 

 

Avec mon amant, la première année nous nous sommes très peu parlés, et j'ai souffert qu'il n'ait pas essayé de reprendre contact avec moi. La deuxième année, on a vraiment repris contact, nous nous sommes même revus et on a eu à nouveau quelques rapports. Très peu cependant, compte tenu du fait que je n'ai plus vraiment confiance en lui. Je n'ai pas la sensation qu'il m'aime. Ou peut-être est-il simplement très indépendant. Ou très égoïste. Avec le temps, il est devenu froid et distant. Moi je suis devenue dépendante de lui malheureusement. Il a gardé ses comptes sur des sites de rencontres.

Ces derniers temps, on ne se voyait même plus et nos échanges par messages oscillent entre échanges de politesse et sextos. Et encore... Quand il daigne répondre à mes messages. En gros, il a toujours autre chose à faire que de me répondre ou me voir.

Je me retrouve coincée entre un mariage que j'ai l'impression de subir, sans amour de ma part et une relation qui n'a, à mon avis, plus aucun avenir. Malheureusement, je ne sais pas comment me sortir de cette dépendance et comment sortir définitivement mon amant de ma vie. 

Élodie.

Chère Élodie, 

Oui, vous êtes coincée entre deux relations qui ne mènent nulle part. Mais ces relations ne sont pas le cœur du problème. À mon sens, cette situation était prévisible comme elle risque de se reproduire à nouveau si vous ne décidez pas d’enclencher un vrai changement chez vous. 

Depuis que vous êtes entrée dans l’âge adulte, depuis toute votre vie si l’on compte l’autorité parentale, vous ne vous construisez qu’à travers quelqu’un d’autre. La dépendance vous rassure, vous canalise, vous structure. Je ne vais pas vous faire le couplet sur l’importance pour les femmes d’êtres fortes et indépendantes. Parce que, comme vous, c’est une leçon que j’ai apprise avec l’expérience et avec les erreurs, dont un mariage raté. J’avais 25 ans quand cette prise de conscience a eu lieu, et l’indépendance je l’ai acquise dans la violence et le déchirement.

Je ne vais pas vous cacher qu’il y a eu quelques années difficiles et que j’ai parfois regretté ma vie de femme dépendante, peu épanouissante mais rassurante, un peu comme un brouillard enveloppant. Aujourd’hui, j’en suis sortie. Je suis mariée à nouveau mais je suis l’égale de mon mari en tous points. Je suis indépendante financièrement. Et je n’ai surtout besoin de personne pour exister. J’ai 31 ans et je suis heureuse que ce cap soit derrière moi. 

Je vous souhaite de comprendre que vous n’êtes pas  qu’un «+1» mais bien une personne à part entière.

C’est ce que je vous souhaite, Élodie. D’être égoïste autrement, de sortir de tout ça et de découvrir enfin qui vous êtes (parce qu’avec un mariage aussi précoce, je doute que vous ayez eu le temps d’expérimenter et de découvrir quoi que ce soit sur vous-même). Je vous souhaite de comprendre que vous n’êtes pas  qu’un «+1» mais bien une personne à part entière, libre, qui a des sentiments, prend des décisions et dont la voix compte. 

Et je ne vous blâme pas d’avoir un amant. Mais celui-ci devrait être dans votre vie pour votre bonheur, votre plaisir ou votre équilibre et non pas pour combler un manque comme si vous ne cherchiez au fond qu’un remplaçant à votre mari. 

Virez les hommes de votre vie. Au moins un temps. Vous avez besoin de découvrir qui vous êtes, de grandir, de travailler, de vous épanouir dans quelque chose. Vous avez besoin de souffrir aussi, de vous battre pour vous en sortir. Vous avez besoin d’apprendre à vivre (et si je peux me permettre un conseil pratique: pour organiser cette nouvelle vie, commencez par prendre rendez-vous avec un assistant de service social près de chez vous qui saura vous aiguiller sur les étapes et procédures à effectuer. Ne pensez pas que votre cas n’est pas assez désespéré, c’est aussi leur travail). 

Actuellement, vous êtes anesthésiée, vous vivez par défaut. Vous avez peut-être peur de manquer de courage. Mais faites vous violence. Vous allez avoir 30 ans, faites-en un symbole, il est plus que temps de commencer à vivre. 

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