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Il y a vingt-cinq ans, une affaire faisait découvrir le harcèlement sexuel aux Américains

Anita Hill dépose devant la Commission des affaires judiciaires du Sénat américain, le 12 octobre 1991. JENNIFER LAW / AFP.

Anita Hill dépose devant la Commission des affaires judiciaires du Sénat américain, le 12 octobre 1991. JENNIFER LAW / AFP.

Les propos de Donald Trump ont remis en lumière l'affaire Anita Hill, une juriste qui, en 1991, avait accusé le futur juge de la Cour suprême Clarence Thomas de propos déplacés.

Coïncidence: alors même que se multipliaient cette semaine les accusations de harcèlement sexuel ou d'agressions sexuelles de la part de Donald Trump, l’Amérique «célébrait» les vingt-cinq ans d’une affaire qui a fait beaucoup pour la reconnaissance du harcèlement sexuel dans la sphère publique, l’affaire Anita Hill.

En juillet 1991, le président George H.W. Bush nomme Clarence Thomas, un juge conservateur, pour un siège à la Cour suprême. Alors que la commission des affaires judiciaires du Sénat (alors entièrement masculine, et présidée par l'actuel vice-président Joe Biden) mène des auditions pour confirmer ou non sa nomination, la presse révèle qu'une de ses anciennes subordonnées au Department of Education et à l’Equal Employment Opportunity Commission, la juriste Anita Hill, l'accuse de lui avoir tenu dix ans plus tôt des commentaires sexuels non désirés, ce qu'il nie. Lors de leur audition au Sénat, les deux parties maintiennent chacune leur version et Thomas est finalement confirmé à une très courte majorité à son siège, qu'il occupe toujours aujourd'hui.

L’affaire a notamment donné lieu cette année à un téléfilm HBO, Confirmation, avec Kerry Washington (Scandal) dans le rôle de Hill. Vingt-cinq ans après, ses plaies ne sont en tout cas pas refermées, si l’on en juge par la récente polémique créée par l’inauguration du National Museum of African American History and Culture à Washington, qui contient une section mentionnant Anita Hill mais ne mentionne pas une seule fois Clarence Thomas, le juge afro-américain qui a le plus longtemps siégé à la Cour suprême.

La réflexion sur l'impact qu'a eu l'affaire sur la psyché américaine est elle aussi toujours en cours. «L’outrage quasi-universel et instantané provoqué par les propos et le comportement de Trump? […] Il nous faut remercier Anita Hill pour cela», écrit ainsi la chroniqueuse de Slate.com Dahlia Lithwick. Elle rappelle que dans les mois qui avaient suivi, le nombre de signalements de cas de harcèlement sexuel avait explosé, ainsi que celui des femmes élues à des postes à responsabilité –en 1992, la très large délégation féminine élue au Congrès fut surnommée la «promotion Anita Hill» et l'année tout court désignée comme «The Year of the Woman». Une étiquette que Rolling Stone réemploie aujourd'hui alors que le vote féminin s'apprête, selon toute probabilité, à fermer à Trump les portes de la Maison-Blanche.

«Si le seul récit de harcèlement sexuel de Hill a eu pour conséquence finale de galvaniser les femmes, imaginez ce qui peut se produire maintenant que l'on parle d'agression sexuelle», écrit de son côté le New York Times.

Plus largement, Dahlia Lithwick explique que l’affaire Anita Hill «a créé un modèle à travers lequel les femmes peuvent analyser des comportements prédateurs qu’elles ont largement normalisés dans leurs propres vies et déclarer que, non seulement ils sont inacceptables de la part de ceux qui postulent à des postes haut placés, mais aussi inacceptables dans leur propre foyer, leur travail, leur université».

«On le sait peu aujourd’hui, mais le harcèlement sexuel était alors un sale petit secret dont beaucoup de femmes faisaient l'expérience mais dont elles ne parlaient pas», affirmait déjà en avril Nina Totenberg, la journaliste de la NPR qui avait révélé l’affaire.

Et, au lendemain des premières révélations sur Trump, Anita Hill a elle-même publié une tribune dans le Boston Globe pour donner son point de vue sur l’affaire:

«Dans quasiment toutes les salles à manger ce week-end, les gens ont discuté de ce qu'il devait advenir des ambitions politiques de Donald Trump. Mais ils ont accordé peu de considération à l'impact qu'avait eu le comportement brutal dont il se vante sur les femmes qui en ont été victimes. [...] Le débat actuel doit aller bien plus loin que l'élection présidentielle. Nous avons fait un grand pas dans la façon dont nous réfléchissons aux violences sexuelles, mais le chemin est tout sauf terminé.»

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