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Pourquoi les victimes d'agressions sexuelles mettent-elles du temps à en parler?

Temps de lecture : 2 min

De nombreuses femmes commencent à témoigner contre Trump des années après les faits. Il est facile de comprendre pourquoi leur parole a eu jusqu'ici tant de mal à sortir.

C'est maintenant | New Illuminati via Flickr CC License by
C'est maintenant | New Illuminati via Flickr CC License by

La révélation par le Washington Post d'une vidéo montrant Donald Trump proférer des propos crus et sexistes a amené de nombreuses femmes à accuser le candidat républicains de comportements inappropriés pour des faits remontant parfois à de nombreuses années. Le magnat de l'immobilier a d'ailleurs tenu à répondre à la polémique ce vendredi 14 octobre en expliquant que ces allégations défiaient «la logique et la vérité» et en expliquant que ces accusatrices manquaient de témoin. Concernant l'une d'entre elle, il ajoute: «Ce n'aurait pas été mon premier choix, je peux vous le dire.»

«Ce n'est pas difficile, a-t-il indiqué, de trouver une poignée de personnes prêtes à se lancer dans de fauses accusations pour leur propre gloire personnelle, des motivations poliitiques, financières ou tout simplement pour arrêter notre campagne.»

Toutefois, à en croire, Tom Tremblay, ancien policier devenu consultant spécialiste des cas d'agressions sexuelles, interviewé par Vox, le fait que ces accusations émergent de manière si tardive et massive ne devraient pas nous amener à les discréditer. Bien au contraire. Selon lui, les viols sont aujourd'hui les crimes les plus sous-évalués. Ce, pour des raisons bien explicables.

D'abord, les agressions sexuelles et les viols sont les délits dans lesquels la parole de la victime est la plus souvent remise en cause. Pourquoi portait-elle ces vêtments? Pourquoi a-t-elle bu? Pourquoi ne s'est-elle pas plus débattue? Une des premières questions qui se pose donc, c'est: «Est-ce que l'on va me croire?»

Ensuite, il y a le traumatisme en lui-même. Après une telle agression, les victimes sont sous le choc. On ne pense plus rationnellement. Après l'affaire Baupin, une ancienne collaboratrice dans un cabinet ministériel racontait à Slate.fr son viol à 25 ans: «Ça peut être très tranquille un viol, le silence enfoncé dans la gorge, les yeux au plafond. Entre les deux, cinquante nuances de consentement.»

Le refus du statut de victime

Elle ajoutait: «Je n’ai pas protesté. Je ne me suis pas débattue. Je n’ai pas crié. Je l’ai laissé faire. Inconsciemment, j’ai pensé que cela annulerait peut-être la violence de ce qu’il était en train de faire et que le souvenir serait moins insupportable. Il n’y a donc pas eu techniquement viol mais je n’étais pas consentante pour autant.»

Pour Tom Tremblay, les victimes de viol ont des difficultés à se définir justement comme… victime. Personne ne veut se voir étiqueté comme tel, explique-t-il. Il y a une honte à s'être laissé avoir. Comme s'il nous aurait fallu voir des signes avant ou être plus méfiant. D'où les nombreuses dénégations personnelles et la réécriture de l'histoire.

Enfin, les auteurs d'agressions sexuelles et de viols profitent souvent d'une autorité qui impressionne leur victime, que ce soit hierarchique, financière ou liée à la célébrité. Dans beaucoup de cas, ce sont des personnes qu'elles connaissent et dont elles savent qu'il va être difficile de les mettre en cause. Ce qui les incite à garder le silence jusqu'à ce que d'autres voix commencent à s'exprimer. Ainsi corroboré, leur message a davantage de chance d'être entendu. C'est pourquoi, il est important de le relayer. Et de permettre à toutes les victimes d'enfin exprimer leur vérité pour briser la loi du silence.

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