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Découvrez Evan McMullin, futur 45e président des États-Unis

Evan McMullin, le 10 août 2016, à Salt Lake City (Utah). GEORGE FREY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Evan McMullin, le 10 août 2016, à Salt Lake City (Utah). GEORGE FREY / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Ou comment conquérir la Maison-Blanche en gagnant seulement un État.

Connaissez-vous Evan McMullin? Cet ancien agent de la CIA âgé de 40 ans, qui fut conseiller du Parti républicain au sein de la Chambre des représentants, s'est lancé début août à l'assaut de la Maison-Blanche comme candidat indépendant après l'investiture de Donald Trump par son parti. Il mène depuis une campagne discrète et ne figurera sur les bulletins de vote, le 8 novembre, que dans onze États. Il est très rarement testé dans les sondages nationaux: la dernière fois que cela a été le cas, il récoltait 2% des intentions de vote.

Et pourtant, il s'agit peut-être du futur président des États-Unis, de l'homme qui pourrait entrer à la Maison Blanche au terme d'un scénario «bizarre, presque inimaginable», qui viendrait conclure une année électorale «bizarre, presque inimaginable», comme l'écrit la National Review. Un scénario qui nous permet, au passage, d'en apprendre davantage sur le fonctionnement des institutions américaines.

«Il va gagner cet État»

Pour le comprendre, il faut partir de la carte électorale qui pourrait se dessiner le 8 novembre prochain, si l'on en croit les estimations actuelles du site FiveThirtyEight annonçant une confortable victoire d'Hillary Clinton.


Dans ce scénario, la candidate démocrate recueille 340 grands électeurs, 70 de plus que la majorité absolue, et son adversaire tous les autres. Aucun candidat des «petits» partis ne remporte d'État: le dernier à avoir réussi cet exploit est George Wallace, en 1968, qui avec 13,5% des voix au plan national avait réussi à arriver en tête dans cinq États du sud. Même le milliardaire Ross Perot, qui avait remporté 19% des voix en 1992, n'avait réussi à gagner aucun État.

Ce scénario paraissait parti pour se répéter cette année: le «troisième homme» de l'élection, le libertarien Gary Johnson, ancien gouverneur du Nouveau-Mexique, plafonne dans son propre État à vingt points d'Hillary Clinton. C'était avant que deux autres sondages ne viennent rebattre les cartes dans l'Utah, l'État de naissance d'Evan McMullin: ils donnent le candidat indépendant entre 20% et 22% des voix, Clinton entre 26% et 28% et Trump entre 26% et 34%. Bref, un vrai match à trois (même s'il faut se méfier des sondages dans un État où il y en a peu) sur une terre traditionnellement très républicaine mais très anti-Trump cette année –notammet en raison de l'engagement contre le candidat de l'enfant du pays Mitt Romney.

Il n'en fallait pas plus pour doper la surface médiatique de la campagne de McMullin. «Je vous le prédis, il va gagner cet État», a déclaré à Politico Dave Hansen, un conseiller politique républicain. Le New York Times vient de consacrer un long reportage à celui qui se présente comme un républicain modéré, favorable au libre-échange et irrité des outrances verbales de Trump: «Nous n'avons pas à insulter les musulmans du monde entier et à appliquer des tests religieux qui sont indignes des États-Unis.»

«Coup de billard à cinq bandes»

Le quotidien estime que, pour voir McMullin être élu président des États-Unis, il faudrait un «coup de billard à cinq bandes». Un coup de billard que détaille justement FiveThirtyEight de manière très pédagogique. Il commence par une victoire de McMullin dans l'Utah accompagnée d'une meilleure résistance de Trump dans les principaux swing states que sont la Floride, l'Ohio, la Caroline du Nord et le Colorado. La carte électorale ressemblerait alors à ceci, sans majorité absolue pour aucun candidat.


Le 19 décembre, les grands électeurs de chaque État se réuniront pour voter formellement pour leurs candidats. Sauf si un électeur de Trump ou McMullin fait défection en faveur de Clinton, le Congrès, chargé de la validation des résultats, sera forcé de constater l'absence de majorité absolue le 6 janvier.

Dans ce cas, il appartient à la Chambre des représentants d'élire le président parmi les trois candidats qui ont obtenu le plus grand nombre de grands électeurs, à raison, non pas d'une voix par élu, mais d'une voix par délégation de chaque État, à la majorité absolue de l'ensemble des États (26 sur 50). Un mode de calcul plutôt favorable aux Républicains, plus fort dans les petits États, et donc à Trump. Mais pour que peu que les délégations républicaines de certains candidats lâchent leur candidat, là encore, il pourrait ne pas y avoir de majorité absolue. Or, si aucun président n'est élu le 20 janvier, c'est au vice-président d'assumer la vice-présidence, celui-ci étant élu parmi les deux (et non trois) candidats ayant recueilli le plus de votes, donc le Démocrate Tim Kaine et le Républicain Mike Pence. C'est là qu'intervient l'hypothèse la plus osée de l'article de FiveThirtyEight: dans ce cas, le parti qui aurait perdu la vice-présidence serait fortement incité à voter pour le troisième homme plutôt que voir le camp adverse remporter la partie. Bienvenue à Evan McMullin, 45e président des États-Unis.

Si ce scénario paraît très farfelu, il n'est pas seulement imaginé par la presse, mais aussi par le candidat lui-même, dans une interview à CNN:

«Si l'élection s'avère très serrée, si nous arrivons à gagner un État ou deux, nous pouvons potentiellement empêcher les deux autres d'arriver à la majorité absolue et alors l'élection appartient à la Chambre des représentants. Nous pensons que cela remettrait les compteurs à zéro, et que j'aurais alors l'occasion de faire valoir mon programme auprès du peuple américain.»

Ne pariez donc quand même pas toutes vos économies sur un président McMullin, tant les inconnues de ce scénario restent nombreuses. Comme l'écrit le professeur de sciences politiques David A. Hopkins, «le ciel est bleu, le pape est catholique et Evan McMullin ne deviendra pas président». Le chercheur pointe notamment qu'il serait statistiquement curieux de voir à la fois Trump perdre l'Utah et rebondir dans les États les plus serrés, et conclut d'un froid et définitif:

«À moins qu'Hillary Clinton ne remporte 270 grands électeurs le 8 novembre, attendez-vous à assister à l'entrée en fonctions du président Trump le 20 janvier.»

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