Double XMonde

La nouvelle stratégie pour défendre Trump: dire que Beyoncé est plus vulgaire que lui

Claire Levenson, mis à jour le 15.10.2016 à 16 h 55

Plusieurs alliés du candidat républicain expliquent que ses remarques sur la chatte des femmes ne sont pas pires que les chansons de Beyoncé, qui soutient Obama et Clinton.

Jason Miller / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Jason Miller / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

Une semaine après la diffusion d'une vidéo de 2005 dans laquelle Donald Trump se vantait de pouvoir «attrapper» les femmes «par la chatte», l'auteure ultra-conservatrice Ann Coulter, qui est fan de Trump, a tenté de le défendre en citant...une chanson de Beyoncé:

«Beyoncé, que Michelle Obama considère comme un modèle pour ses filles, chante “chatte pleine de courbes, servie délicieuse”. Mon dieu. Je me suis évanouie.»

Outre le fait que Coulter a mal cité Beyoncé –il s'agit de paroles chantées par Nicki Minaj dans un remix de la chanson «Flawless», et elle dit «curvalicious pussy» pas «pussy curvalicious»–, l'accusation n'est pas logique. On reproche à Trump des propos sexistes qui glorifient un comportement de prédateur sexuel. Beyoncé et Nicki Minaj parlent de leurs propres corps et de leur sexualité, sans compter qu'elles ne sont pas candidates à la présidentielle américaine. 

Pourtan,t Ann Coulter, qui vient de sortir un livre intitulé In Trump We Trust («Nous avons foi en Trump), est loin d'être la seule à avoir évoqué des paroles de hip-hop et de RnB pour tenter de relativiser la brutale misogynie du candidat républicain.

Sur Fox News, la présentatrice Laura Ingraham s'est demandée comment Michelle et Barack Obama pouvaient se dire scandalisés  par les propos de Trump alors qu'ils avaient invité des artistes comme le rappeur Common et Beyoncé («qui se frotte contre ses danseurs sur scène») à la Maison-Blanche.

Hypocrisie

Elle s'est aussi mise à citer du Nicki Minaj sur Twitter, en soulignant que malgré ses propos obscènes dans la chanson «Anaconda», elle avait pû rencontrer le président des États-Unis:

«N. Minaj a rencontré Obama...ses lyrics?: “un nigga de la campagne, il m'a laissé jouer avec son fusil. Ma chatte l'a fait dormir”.»

Quelques jours avant sur CNN, c'était Betsy McCaughey, une ancienne vice-gouverneure de l'État de New York, qui citait la chanson «Formation» de Beyoncé:

«Quand il me baise bien, j'emmène son cul chez Red Lobster», a-t-elle déclaré, en disant F au lieu de Fuck. 

Pour cette défenseure de Trump, il est «hypocrite» pour Clinton de qualifier d'«horribles» les mots de Trump tout en disant du bien d'une chanteuse comme Beyoncé (qui soutient ouvertement Clinton).

Le présentateur de CNN a éclaté de rire, et une commentatrice conservatrice a expliqué qu'au contraire, il y avait une grande hypocrisie chez les républicains qui dénoncent les paroles obscènes de la musique d'aujourd'hui, mais trouvent des excuses à la vulgarité de Trump.

Un candidat hip-hop?

Encore une fois sur CNN quelques jours plus tard, un autre invité pro-Trump a expliqué que selon lui, si on est choqué par les mots de Trump, alors il faut aussi dénoncer certaines chansons entendues à la radio:

C'est délirant de regarder les gens essayer de défendre Trump en invoquant le hip hop. On atteint des sommets.

Plusieurs autres proches de Trump avaient également parlé rap pour minimiser et excuser les phrases de Trump: «c'est le genre de propos qu'on entend dans le rap», avait dit un conseiller de Ben Carson (ex-candidat aux primaires) et un présentateur radio conservateur a déclaré que ça ressemblait juste à «la musique hip-hop d'aujourd'hui.» 

Mais s'il s'agissait pour ces pro-Trump de dénoncer les paroles misogynes dans le rap, il aurait été préférable de ne pas citer des chansons de deux femmes, Beyoncé et Nicki Minaj, qui ont des prises de position féministes et parlent de rapports sexuels consentis. D'autant plus que le problème des propos de Trump n'est pas l'utilisation de mots vulgaires, mais le fait qu'il dise que les «stars» peuvent tout se permettre avec les femmes, et que quelques jours plus tard, des femmes l'aient accusé d'attouchements dans le New York Times. 

Sur Twitter, plusieurs personnes ont souligné l'absurdité de cette argumentation:

«Donald Trump s'est vanté d'agressions sexuelles, plusieurs femmes l'ont accusé.

Réponse: Il y a des gros mots dans Anaconda. Fin du débat!»

Claire Levenson
Claire Levenson (140 articles)
Journaliste
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