Allemagne

Après guerre, d'anciens nazis espionnaient les faits et les gestes des personnalités allemandes

Repéré par Annabelle Georgen, mis à jour le 14.10.2016 à 17 h 41

Repéré sur Der Spiegel, Die Welt

Le service de renseignement extérieur du gouvernement allemand avait été confié à un ancien officier de la Wehrmacht, Reinhard Gehlen.

Montage siège du renseignement allemand et Reinhard Gehlen via Wikimedia

Montage siège du renseignement allemand et Reinhard Gehlen via Wikimedia

Depuis quelques années, une commission d'historiens indépendante tente de faire la lumière sur le passé trouble des services secrets allemands. Car la création du Bundesnachrichtendienst (BND), le service de renseignement extérieur du gouvernement allemand, a été confiée dans les années 1950 à un ancien officier de la Wehrmacht, Reinhard Gehlen, comme vous nous le racontions déjà ici en citant notamment un article paru dans le quotidien Die Welt.

Selon les recherches de l'historien berlinois Gerhard Sälter, membre de cette commission et qui vient de publier un ouvrage retraçant les débuts du BND, l'«organisation Gehlen», comme était surnommée la troupe d'anciens nazis réunie autour de l'ancien officier, a placé sous surveillance des centaines de personnalités allemandes, parmi lesquelles des membres du gouvernement, de hauts responsables politiques, mais aussi des militaires, des scientifiques, des journalistes et des universitaires –à l'instar du philosophe de gauche Theodor W. Adorno– , rapporte l'hebdomadaire Der Spiegel.

Tous les coups étaient permis dans le cadre de cette vaste opération qui répondait au nom de code «Fadenkreuz» («en ligne de mire»):

«Les agents cuisinaient les autorités et les voisins des suspects et recrutaient des indics. […] Dans certains cas, les services secrets ont ouvert des lettres et ont placé un appartement sous écoute.»

Défendre leurs propres intérêts

Ces centaines de personnalités avaient souvent en commun d'avoir fait partie des résistants au nazisme ou d'être amies ou parentes avec ces derniers. Car selon Gerhard Sälter, la plupart des agents qui ont mené l'opération Fadenkreuz étaient des criminels nazis qui avaient «du sang sur les mains»:

«Les criminels des services de Gehlen avaient un intérêt personnel à ce que les opposants au régime nazi n'obtiennent pas de postes hauts placés, de manière à ne pas être menacés d'être poursuivis en justice ou de perdre leur emploi.»

Il était reproché aux personnes placées sous surveillance d'appartenir à un cercle d'espionnage soviétique baptisé la «chapelle rouge». L'organisation Gehlen reprenait ainsi les mêmes arguments fallacieux brandis par la Gestapo quelques années plus tôt pour arrêter les opposants au régime nazi.

Gehlen voulait visiblement légitimer le travail de ses services en mettant en place ce programme d'espionnage, souligne Der Spiegel, et il a abusé à plusieurs reprises de sa position pour affaiblir ses rivaux. Il est resté à la tête des services secrets allemands jusqu'en 1968.

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