Monde

Des déserteurs de l’État islamique témoignent: «N'y allez pas, vous allez le regretter»

Repéré par Valerie Dekimpe, mis à jour le 14.10.2016 à 15 h 38

Repéré sur Al Jazeera

Le groupe Thuwar Al Raqqa de l’armée syrienne libre aide les djihadistes à s'échapper. Ils seraient 90 issus de pays européens à vouloir également prendre la fuite.

Capture

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«Je le dis à tous mes frères, si vous êtes à la recherche d’un État islamique, celui-ci n’est pas celui que vous cherchez. Ce n’est pas un État, et il n’est pas islamique. Ce sont des criminels. N’y allez pas. Vous allez le regretter.»

Tel est l’avertissement lancé par Abu Jaul, déserteur de l’État islamique, qui a trouvé refuge dans la province de Sanliurfa, au sud de la Turquie, à soixante kilomètres de la frontière syrienne. Ce Jordanien de 38 ans a pu prendre la fuite grâce à l'aide du groupe Thuwar Al Raqqa de l’armée syrienne libre. Ce dernier dit avoir aidé au moins 100 déserteurs à s’échapper du régime cruel de Daech.

Dans un documentaire de plus de quarante minutes réalisé par Al-Jazeera, quatre déserteurs, la plupart syriens, témoignent de leur vécu dans les rangs de l’État islamique.


Agés de 22 à 38 ans, ces hommes expliquent, visage caché, à la chaîne de télévision qatarie comment ils ont été initialement séduits par Daech.

«Ils ont rétabli l’ordre. Il y avait de l’électricité, l’eau était potable. Le pain était bon et les prix étaient justes. Ils ont fait de bonnes choses pour la province», raconte un jeune syrien de Raqqa ayant rejoint l’État islamique après la capture de la ville.

Pour ces jeunes hommes, le rêve d’un califat islamique était en train de se réaliser. Mais ils ont très vite été confrontés à une organisation corrompue, un «gang» brutal envers les siens, qui a avant tout «sali l’image du califat et des musulmans».

«Cela facilitera l’infiltration de l’État islamique»

Sous la dictature de Daech, la richesse n’est pas redistribuée, racontent-ils. Les emirs disposent des maisons les plus «luxueuses» et les combattants étrangers bénéficient d’un salaire de 1.000 dollars, alors que leurs homologues syriens se contentent de 100 dollars par mois. À Raqqa, très vite, les habitants ont limité au maximum leurs sorties à cause de l’odeur putride des corps mutilés d’hommes, de femmes et d'enfants laissés dans la rue.

Les combattants syriens ne sont pas les seuls à approcher les commandos de Thuwar Al Raqqa pour échapper aux horreurs de Daech. D'après Abu Soufian, en charge des demandes, le groupe serait en contact avec 90 combattants européens qui souhaitent déserter. Mais dans ces cas précis, la tâche est plus complexe. Abu Soufian affirme avoir contacté des ambassades européennes à plusieurs reprises mais celles-ci refusent de coopérer.

«Ils nous disent, ‘’laissez les là-bas’’», affirme Soufian.

Le documentaire se termine sur Mahmoud Oqba, le commandant militaire de Thuwar Al Raqqa, mettant en garde les autorités européennes pour leur manque de coopération. Pour lui, celle-ci met leurs pays en danger.

«Les déserteurs seront forcés de dépendre de contrebandiers pour rentrer chez eux. Cela facilitera l’infiltration de l’État islamique et leur capacité à envoyer des personnes qui pourront éventuellement faire exploser des bombes. S'ils coopèrent avec nous, on peut leur donner plus d’informations sur chaque combattant et ils pourront ainsi contrôler la situation en mettant ces personnes sous surveillance ou dans des centre de réhabilitation.» 

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