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Les infrastructures de l'Allemagne sont en piteux état, et c'est en grande partie à cause du fédéralisme

Routes allemandes. Martin Fisch via Flickr CC License by

Routes allemandes. Martin Fisch via Flickr CC License by

Des heures passées dans les bouchons à cause de travaux menés sporadiquement, 2.500 ponts routiers classés comme «insuffisants»,un maintien des voies ferrées qui laisse à désirer... Et pourtant, ce n'est pas une question d'argent mais bien un problème d'administration.

L'Allemagne a beau compter parmi les pays européens les plus prospères, ses infrastructures sont aujourd'hui en piteux état, pointe l'hebdomadaire allemand Der Spiegel dans une longue enquête sur l'état des réseaux de transports allemands publiée dans son édition papier datée du 8 octobre 2016 (disponible ici en version payante).

Selon un rapport qui vient d'être remis par une commission d'experts mandatée par le ministère allemand de l'Économie, les infrastructures du pays se détériorent plus vite qu'elles ne sont réparées.

Quelques exemples:

- Près de 2.500 ponts routiers sont aujourd'hui classés comme «insuffisants» et ne peuvent par conséquent être empruntés que de manière restreinte par les automobilistes. Parmi eux le pont Schierstein, situé sur l'autoroute qui relie Wiesbaden à Mayence: promu à la destruction selon un rapport commandé il y a 10 ans par le ministère allemand des Transports, en raison d'un risque de «violente rupture sans signe annonciateur», celui-ci est toujours debout, et traversé quotidiennement par 80.000 véhicules, sur une seule voie de circulation.

- Le réseau autoroutier allemand, dont l'accès est gratuit, est particulièrement détérioré dans le land de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (ouest). En 2015, selon l'association d'automobilistes allemands ADAC, les conducteurs de la région ont passé 323.000 kilomètres dans les bouchons, en grande partie à cause des travaux menés sporadiquement sur les voies.

- L'entreprise ferroviaire allemande, la Deutsche Bahn, n'investit quasiment pas dans le maintien des voies ferrées, à peine 56 euros par habitant selon les calculs de l'hebdomadaire. Soit deux fois et demi moins que les Pays-Bas, trois fois moins que l'Autriche et presque sept fois moins que la Suisse.

«Échec politique»

Ce ne sont pourtant pas les moyens qui manquent, relèvent les auteurs de l'article. Le budget dont dispose le ministère allemand des Transports pour investir dans les infrastructures du pays s'élève à 13 milliards d'euros, et passera en 2017 et en 2018 à 14 milliards d'euros.

Le problème majeur, pointent les auteurs de l'article, est à chercher du côté du fédéralisme. Les autoroutes, par exemple, appartiennent au bund, le pouvoir fédéral, et sont financées par lui. Mais leur planification, leur construction et leur maintenance sont aux mains des länder. Pour reprendre l'exemple de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie: en 2013, le bund s'est vu restituer 40 milliards d'euros dévolus au réseau autoroutier par le land, au motif que la totalité du budget n'avait pas pu être dépensée, faute de projets à financer. Une situation que condamne Der Spiegel, qui la qualifie d'«échec politique»:

«L'État se révèle incapable d'utiliser de manière judicieuse l'argent mis à disposition. Soit il manque des ingénieurs de la construction. Soit le bund et les länder se disputent au sujet de leurs compétences. Soit les administrations ne parviennent pas à trouver d'accord au sujet de l'apparence ou de l'emplacement de l'ouvrage. L'Allemagne. Trop bête pour dépenser de l'argent.»

 

 

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