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L'étrange destin des basketteurs qui font des lancers francs à la cuillère, ce geste de mamie

Chinanu Onuaku, joueur de Houston, a un style très particulier quand il s'agit de convertir ses lancers francs.

Chinanu Onuaku, 19 ans, n'a pas encore son premier match en NBA, mais le nouveau pivot de l'équipe de Houston (Rockets) se fait déjà largement remarquer. Le basketteur a une drôle de façon de tirer ses lancers-francs et, lors d'un match de préparation face aux Pelicans de La Nouvelle-Orléans en Chine, cette vidéo a été largement relayée:

 

Si vous n'y connaissez absolument rien au basket, sachez que l'on ne tire pas de cette manière, surtout si l'on a passé l'âge de six ou sept ans. Ou seulement, si on a atteint un âge avancé, et que l'on n'a plus de force pour lever les bras. Ce n'est pas pour rien que les Américains ont surnommé ce shoot le «granny shot» (ou le «shoot de mamie», en français).

Qu'un joueur de NBA ose shooter de cette façon à un tel niveau soulève quelques interrogations et amène forcément son lot de blagues. Mais, comme l'explique L'Équipe, cette technique peut aussi être terriblement efficace:

«Onuaku a travaillé la technique sur les conseils de Rick Pitino, son coach à l'université de Louisville. Cela lui avait permis d'améliorer nettement son adresse dans l'exercice, de 47% pour sa première saison NCAA à 55% lors de son année sophomore. “Je sais que mes équipiers vont se moquer de moi, mais franchement, je m'en fous”, avait-il alors déclaré.»

Wilt Chamberlain, le précurseur

Un choix étrange quand on sait que de nombreuses stars ont refusé de le faire. Le podcast Revisionist History (repris par This American Life), racontait, en juin dernier, l'histoire de Wilt Chamberlain, l'homme qui détient encore aujourd'hui le nombre de points inscrits dans un seul match de NBA: 100 dans un match devenu mythique.

Mais Wilt Chamberlain n'a jamais été très bon sur la ligne des lancers francs. À son arrivée dans la ligue, le podcast le présente comme le pire des shooters sur la ligne (à peine 40% de réussite). Il essaye alors de corriger ça en adoptant le tir à la cuillère. Et ça marche: son taux de réussite avoisine les 60%. Une réussite qui lui permet notamment d'atteindre la barre mythique des cent points ce soir de mars 1962 (où il réalise un 28 sur 32 aux lancers-francs). 

Mais le géant américain avait finalement préféré revenir en arrière, quitte à perdre en efficacité et ne plus tirer à la cuillère. Plus tard, dans son autobiographie, Chamberlain évoquera cette période, indiquant qu'il se sentait «débile, un peu comme une fillette, à tirer à la cuillère. Je sais que j'avais tort. Je sais que certains des meilleurs shooters de lancers francs de l'histoire tiraient ainsi. [...] Mais je ne pouvais pas le faire».

«Le shoot est bien plus fluide»

Rick Barry, basketteur des années 70, qui avait élevé cette technique au rang d'art, et qui a approché les 90% de réussite aux lancers francs au cours de sa carrière expliquait à Revisionist History pourquoi cela lui convenait si bien:

«Si l'on prend en compte la physique, c'est bien plus facile de shooter. Bien moins de choses peuvent mal se passer. Il faut penser à moins de choses à répéter pour réussir. Et personne ne se trimballe avec les mains en l'air. Ce n'est pas naturel. Quand je shoote à la cuillère, mes bras sont en bas, en position naturelle. Je suis détendu, ce n'est pas une situation où mes muscles ont besoin d'être tendus. Et le shoot en lui-même est bien plus fluide. [...] La marge d'erreur est plus élevée que lorsque l'on a les mains au dessus.»

Or, comme le souligne le podcast, ne pas être en mesure de rentrer ses lancers francs est un énorme frein pour son équipe. Les matchs serrés se jouent souvent sur la ligne, et certains joueurs étant notoirement mauvais dans ce domaine, les joueurs adverses vont tout faire pour les pousser à la faute, et les obliger à shooter des lancers francs.

Cette technique avait été rendue notamment célèbre par Shaquille O'Neal, et le «Hack-a-Shaq» qui consistait à faire faute sur lui pour le forcer à aller sur la ligne, parce que les joueurs adverses savaient qu'il y était généralement catastrophique. O'Neal qui avait d'ailleurs expliqué à Rick Barry qu'il préférait ne rentrer aucun lancer-franc plutôt que de tirer à la cuillère.

Alors peut-être que pour la prochaine saison, la réussite de Chinanu Onuaku donnera un élan à cette technique. Et peut-être que des joueurs «à l'adresse indigente», comme le dit L'Équipe, comme Dwight Howard (48,9%), DeAndre Jordan (43,0%) ou Andre Drummond (35,5%), pourraient bien s'inspirer du nouveau joueur de Houston. Un match gagné vaut bien quelques huées.

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