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Lettre ouverte à tous les apôtres de la nouvelle économie: «Va te faire foutre le monde de la start-up»

Team work | STOP VIVISECTION-USE YUPPIES via Flickr CC License by

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C'est l'histoire du pantin de bois qui se révolte contre son propre créateur.

Visiblement, les membres de la communauté designer-startuper-développeur commencent à se révolter contre les codes de leur propre écosystème. Sur Medium, un développeur s'est fendu d'une longue lettre ouverte signée sous pseudonyme, et qui laisse peu de doute sur son destinataire: «Fuck You Startup World». De quoi remettre en question le mythe contemporain de la start-up, grâce à quelques extraits sélectionnés.

En somme, c'est tout l'écosystème dans son ensemble qui est visé. Des habitudes de ses travailleurs, à ses codes internes, ses tendances, ses réflexes et ses passions. Et la lettre commence notamment par une obsession bien précise qui rallie tout ce petit monde: celle de l'actualité à outrance, de l'information quelle qu'elle soit, partout, à chaque minute. La culture du buzz, du tweet, de l'instanté et des réseaux sociaux qui nous rendent accros.

Tout commence par un franc et massif:

«Merde à votre routine matinale qui consiste à lire TechCrunch, TNW, Wired, Gizmodo, Mashable, The Verge et ProductHunt, enfin tout ce qu’il faut pour que vous ne vous sentiez pas hors jeu. Merde à vos conversations bizarres du style “OMG tu as vu la nouvelle fonction de Snapchat? OMG Instagram est complètement en train de copier Snapchat! Tu as vu le live de Zuck dans les mairies [Mark Zuckerberg, ndlr]? OMG tu as vu ce qu’a tweeté Elon Musk? OMG Uber a passé un nouveau cap!” Putain. Tout le monde s’en fout.»

«Merde aux open space»

Et qui dit start-up dit forcément… open space. Ces lieux de coworking qui sont devenus la norme des espaces de travail et dans lesquels chaque entreprise veut promouvoir le brainstorming et le collaboratif, mais aussi tester de nouveaux modes de travail. Rappelez-vous par exemple de cette tendance prouvée selon laquelle «Pour être productif, mieux vaut un bureau debout». Voici ce que tout ceci inspire à ce développeur visiblement excédé: 

«Merde à vos plans en open space. Vous pensez vraiment que Zuch a prévu l'organisation 2017 des bureaux de Facebook alors qu’une guerre fait rage dehors? Merde à vos bureaux debouts, à vos chaises-boules pour faire des exercices, à vos bureaux qui s'allongent et à vos bureaux-tapis roulants. Ça n’éliminera pas tout les doritos que vous avez engloutis, alors allez juste vous faire foutre et asseyez-vous sur une chaise normale, comme le font les gens normaux.»

D'ailleurs depuis que les start-up sont sur le devant de la scène, le monde n'a jamais eu autant d'entrepreneurs au service de l'économie numérique et prêts à adopter tous les codes de la Silicon Valley pour trouver leur place. C'est à croire que chaque recrue se revendique être le concepteur d'une idée révolutionnaire qui pourrait bien changer notre vie, tandis qu'elle ne prend pas le temps de vivre pleinement la sienne. À l'encontre de ces personnes qui méprise toute forme de normalité, comme le simple fait –so has been– de regarder la télé, la lettre continue : 

«Merde aux entrepreneurs. Tout le monde dit être un putain d’entrepreneur aujourd’hui. Y compris ceux qui sortent d’une fac d’entrepreneurs alors qu'on peut juste les qualifier de chômeurs.» 

«Lâchez votre putain de mac et sortez voir vos enfants.»

«Allez vous faire foutre quand vous me dites que la TV c’est une perte de temps alors que vous glandez tous sur Netflix et que vous regardez des putains d’émissions TV. Arrêtez de vous comparer à Mr. Robot, parce qu’en fait vous aimez ça. Vous êtes juste un putain de robot. Continuez à rire en disant à quel point Silicon Valley sur HBO est “soooooooo” réaliste au lieu de vous demander pourquoi. Et par dessus tout, arrêtez de toujours me dire de demander pourquoi.» 

«Allez vous faitre foutre avec votre obssession de la productivité»

Avec ce temps infini passé les yeux rivés sur des écrans multiples, c'est comme si ces travailleurs acharnés étaient en quête d'une productivité permanente. Produire avant tout et chaque jour, pour cultiver cet esprit de la réussite.

«Allez vous faire foutre avec vos caprices sur la productivité. Vous essayez de me culpabiliser parce que je me réveille “seulement” à 6 heures. Merde, vous vous levez à 4 heures, vous méditez pendant trente minutes et vous aspirez ce délicieux Soylent en regardant les dernières tendances du jour. Merde aux sons de téléphones et de vos minuteurs Pomodoro, à vos putain de “to do lists”, à vos applications, vos notes, vos post-it et Dieu seul sait quoi d’autre.»

Et enfin, ce moment où l’on réalise que l’on est devenu le pur stéréotype d’une communauté qu'on critique. 

«Mais plus que tout, monde de la start-up, vas te faire foutre car tu as fais de moi l’un des tiens.»

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