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Baupin, Tron, Baylet: y a-t-il une vie politique après les scandales?

Georges Tron sort de l'isoloir lors des élections départementales, le 29 mars 2015. KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Georges Tron sort de l'isoloir lors des élections départementales, le 29 mars 2015. KENZO TRIBOUILLARD/AFP

Les personnalités politiques impliquées dans des affaires de mœurs présumées restent souvent bien ancrées et installées dans le monde politique français.

Alors que ce mardi 11 octobre l'hémicycle se trouve en plein examen de la loi Montagne, Isabelle Attard, députée écologiste du Calvados, prend le micro et se lance. En s'appuyant sur les révélations de BuzzFeed, elle accuse Jean-Michel Baylet, ministre de l'Aménagement du territoire, d'agression sur l'une de ses anciennes collaboratrices.

«François Hollande a dit vouloir un gouvernement exemplaire, et que “la lutte contre les violences faites aux femmes est une exigence”. Et pourtant, le 11 février 2002, monsieur le ministre, vous étiez encore sénateur du Tarn-et-Garonne, quand votre collaboratrice parlementaire a porté plainte contre vous à la gendarmerie de Toulouse. Voici ce qu’elle a déclaré: elle était à votre domicile, lorsque vous l’avez “frappée, au visage, à plusieurs reprises”, monsieur le ministre. Vous avez enfermé votre collaboratrice chez vous, et vous l’avez “contrainte, sous la menace de nouveaux coups, à rédiger sous [votre] dictée une lettre de démission”, monsieur le ministre. Vous avez chassé votre collaboratrice de chez vous, en pleine nuit, “entièrement dévêtue et pieds nus”, monsieur le ministre.»

Jean-Michel Baylet a décidé de répondre, toujours dans l'hémicycle, en précisant que la plainte déposée en 2002 avait été classée sans suite. BuzzFeed souligne toutefois que sa réponse est partielle, dans la mesure où il n'évoque pas la transaction secrète qui aurait été conclue entre les deux parties.

Ce nouveau retentissement dans le monde politique français est aujourd'hui l'occasion de se pencher sur d'autres affaires de mœurs, survenues ces derniers mois ou années, et de voir ce qu'il est advenu des personnalités politiques impliquées dans ces scandales judiciaires, de Denis Baupin à Georges Tron. Ce, alors qu'en juin dernier, l'Assemblée nationale a rejeté un amendement prevoyant des peines d'inégibilité pour les députés condamnés pour des faits de violence.

 

1.Robert RochefortVice-président du MoDem

Le 31 août 2016, Robert Rocherfort, vice-président du MoDem et ancien directeur du Credoc (Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie), est interpellé dans un magasin de bricolage dans les Yvelines, en banlieue parisienne, après avoir été surpris par un vigile en train de se masturber devant deux adolescentes de 14 et 17 ans. Quatre heures de garde à vue plus tard, Robert Rochefort est relâché après avoir expliqué aux policiers qu'il avait «besoin de se masturber» lorsqu'il se trouve «en situation de stress». Mais, dans les heures qui suivent, sur BFMTV, il nie les accusations d'exhibition sexuelle révélées par RTL, estimant avoir été «menacé» et avoir «reconnu des choses fausses» pour ne pas passer la nuit en prison.

Et maintenant? Robert Rochefort a été exclu du parti centriste par François Bayrou, le 6 septembre 2016. Le président du MoDem avait évoqué sa «fragilité» et une «tragédie personnelle, familiale» sur LCI, le 22 septembre. Au sortir de sa garde à vue, Robert Rochefort a accepté la proposition du parquet de Versailles, à savoir une procédure de composition pénale, ce qui lui évite un procès public –il risque cependant une amende et/ou une injonction de soins. Mais, s'il a dû quitter ses fonctions au MoDem, Robert Rochefort peut néanmoins toujours compter sur son poste de mandat de député européen de la circonscription du Sud-Ouest, mais il devra se passer du soutien du MoDem.
 

2.Denis Baupin
Député EELV

Denis Baupin, député du parti écologiste Europe Écologie-Les Verts est visé, depuis le mois de mai 2016, par une enquête préliminaire pour agression sexuelle et harcèlement sexuel à l'encontre d'élues, de collègues et de collaboratrices. Au total, depuis la publication d'une enquête de Mediapart et France Inter et sa démission du poste de vice-président de l'Assemblée nationale, la police a auditionné quatorze femmes qui se disent victime de l'élu écologiste. Quatre d'entre elles ont d'ailleurs porté plainte pour agression ou harcèlement sexuel.

Et maintenant? Denis Baupin a beau avoir démissionné de son poste de vice-président de l'Assemblée nationale, il semble déterminé à retourner dans l'hémicycle, rapporte BFMTV. «Denis Baupin n'a pas démissionné de son mandat ni annoncé d'intention en ce sens […] La seule certitude est qu'il attend la décision du parquet avant de prendre une décision, a expliqué au Parisien Bernard Jomier, adjoint EELV au maire de Paris en charge de la santé. Soit il y a une procédure judiciaire et il ne pourra pas retourner à l'Assemblée, soit il y a classement sans suite et il pourra reprendre son activité». Au terme de l'enquête préliminaire, le parquet de Paris aura trois possibilités, explique Mediapart: le renvoi devant un tribunal correctionnel; l'ouverture d'une information judiciaire confiée à un juge d'instruction; un classement sans suite. «Cette dernière hypothèse n’est pas à exclure en raison du délai de prescription de trois ans qui [...] empêcherait toute mise en cause pénale», note Mediapart.

3.Georges TronAncien député et secrétaire d'État UMP

Depuis mai 2011, date des premières accusations de viol et d'agression sexuelle, les rebondissements judiciaires visant Georges Tron, maire de Draveil (Essonne) et ancien secrétaire d'État chargé de la Fonction publique, se succèdent. Deux anciennes employées de la mairie de Draveil l'avaient accusé d'agressions conduites sous couvert de réflexologie plantaire, une technique de massage thérapeutique des pieds, entre 2007 et 2010. Après un premier non-lieu, les plaignantes avaient fait appel et obtenu un renvoi devant les assises par la Cour d'appel de Paris. En 2011, lorsque l'affaire a éclaté, l'ancien secrétaire d'État à la Fonction publique avait alors dû démissionner de son poste au gouvernement.

Et maintenant? Après avoir été élu, en mars 2015, lors des élections départementales dans son canton, Georges Tron, toujours maire de Draveil, avait finalement renoncé à briguer la présidence du conseil départemental de l'Essonne. Dans la foulée, il a également démissionné de la présidence de la fédération UMP en Essonne. Aujourd'hui, en attendant son procès aux assises, Georges Tron peut néanmoins toujours compter sur un avenir dans la politique française. En juin 2016, il a été réinvesti pour les législatives de 2017 par Les Républicains. Une décision qui dérange et choque, jusque dans son propre parti, révèle Le Point.

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