Monde

«Voici une question qui m'inquiète pour Hillary Clinton»

Temps de lecture : 2 min

Un e-mail révélé par Wikileaks soulève la possibilité que la candidate démocrate ait reçu en avance une question lors d'un débat avec son concurrent pour l'investiture Bernie Sanders.

Hillary Clinton lors d'un débat à Cleveland (Ohio), le 13 mars 2016. JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.
Hillary Clinton lors d'un débat à Cleveland (Ohio), le 13 mars 2016. JUSTIN SULLIVAN / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP.

Une croyance répandue parmi les soutiens de Donald Trump veut que les débats présidentiels soient truqués en faveur de Hillary Clinton, notamment car leurs modérateurs pencheraient en la faveur de la candidate démocrate. Une anecdote dénichée par Politico dans les e-mails internes à la campagne Clinton, que WikiLeaks vient de faire fuiter, tend à accréditer cette théorie, du moins pour la campagne démocrate pour l'investiture.

Le 12 mars 2016, à la veille d'un débat de type town-hall (avec des questions posées par des membres du public) co-organisé par CNN, la vice-présidente du parti démocrate, Donna Brazile, par ailleurs chroniqueuse de la chaîne, envoie à Jennifer Palmieri, la directrice de la communication de Clinton, un e-mail intitulé «Parfois je reçois les questions à l'avance». Elle y explique qu'une question «l'inquiète pour HRC» (les initiales de la candidate démocrate): celle sur l'opportunité, notamment face au risque d'erreur judiciaire, d'abolir la peine de mort, encore pratiquée par 30 États.

La candidate n'est pas favorable à l'abolition de la peine de mort (même si elle a déclaré qu'elle serait soulagée si la Cour suprême décidait un jour que c'était la voie à suivre) là où son concurrent pour l'investiture démocrate Bernie Sanders a affirmé qu'il «ne voulait pas voir le gouvernement impliqué dans un meurtre». Le lendemain, Clinton a été interrogée sur la peine de mort par Ricky Jackson, un ancien condamné à mort blanchi après 39 années de prison, qui s'est montré déçu de sa réponse.

La «porosité» de l'establishment

Donna Brazile a démenti dans un communiqué avoir transmis une question à l'équipe Clinton et affirmé qu'elle n'avait pas lu les e-mails que Wikileaks a fait fuiter, le parti démocrate voyant la main de la Russie derrière cette opération. CNN a affirmé de son côté ne pas avoir transmis les questions à ses collaborateurs. Des dirigeants du parti démocrate, qui ont parlé anonymement aux médias américains, affirment que la dirigeante voulait en réalité se préparer pour un débat dans lequel elle devait elle-même apparaître, mais le Washington Post relève que pour l'instant, personne n'a identifié le débat en question.

Si l'histoire semble donc encore quelque peu embrouillée, cela importe peu pour les adversaires de l'ancienne secrétaire d'État, puisqu'elle illustre à la perfection une de leurs principales critiques, celle de Hillary Clinton en candidate de «l'establishment». Le parti Vert ainsi que Donald Trump s'en sont d'ailleurs déjà emparés, critiquant un système «truqué» et une «fraude».

L'histoire est d'autant plus gênante quand on sait que Donna Brazile a déjà été épinglée cette semaine par le New York Times, toujours à partir de la même source, pour avoir tuyauté la campagne Clinton sur une opération menée par l'aile afro-américaine de la campagne de Bernie Sanders. Et qu'elle occupe aujourd'hui la présidence par intérim du parti, où elle a remplacé Debbie Wasserman Schultz, poussée à la démission en juillet après une autre fuite de documents par Wikileaks tendant à prouver que la direction du parti avait cherché à affaiblir la candidature de Bernie Sanders.

L'affaire pose aussi plus largement la question de la porosité entre les médias et les équipes de campagnes, notamment soulignée par l'embauche comme consultant par CNN de Corey Lewandowski, l'ancien directeur de campagne de Trump, quelques jours à peine après son éviction.

Jean-Marie Pottier Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).

Newsletters

À Singapour, les lesbiennes mènent la lutte pour les droits LGBT+

À Singapour, les lesbiennes mènent la lutte pour les droits LGBT+

Alors que la Pride de la cité-Etat, encore plus politique qu’à l’accoutumée, aura lieu dans une semaine, les femmes cis et transgenres sont aux avant-postes.

Municipale d'Istanbul, petite leçon turque à l'électorat français désabusé

Municipale d'Istanbul, petite leçon turque à l'électorat français désabusé

Comme lors du scrutin annulé, le candidat du parti d'Erdoğan a été défait.

La crise hongkongaise révèle l'incapacité de la Chine à frayer avec l'opinion publique

La crise hongkongaise révèle l'incapacité de la Chine à frayer avec l'opinion publique

Le texte de loi qui était en préparation apparaît comme une considérable maladresse.

Newsletters