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Obama 2016, l'impossible troisième campagne

Barack Obama en campagne à Cleveland (Ohio), le 14 octobre 2016. JIM WATSON / AFP.

Barack Obama en campagne à Cleveland (Ohio), le 14 octobre 2016. JIM WATSON / AFP.

Les Américains préfèrent l'actuel occupant de la Maison-Blanche aux candidats à sa succession, mais ils soutiennent aussi l'amendement qui l'empêche de se représenter.

Les Constitutions protègent les démocraties, mais elles font aussi pleurer les enfants. Dans une vidéo devenue virale le week-end dernier, une mère de famille expliquait à son fils que les États-Unis étaient obligés de se choisir un nouveau président et qu'Obama ne serait plus à la Maison-Blanche l'an prochain. Pleurs du petit garçon.

Sans aller jusqu'aux larmes, de nombreux internautes partagent ces derniers mois sur Twitter leur nostalgie de voir s'en aller l'actuel occupant de la Maison-Blanche, généralement sous la forme de cinq lettre et quatre chiffres, le hashtag d'une campagne qui n'a jamais existé: #Obama2016. Un phénomène en miroir de celui des chroniqueurs conspirationnistes qui annoncent régulièrement, contre toute évidence, qu'Obama a un plan pour se maintenir au pouvoir: faire inculper Hillary Clinton entre sa victoire et son investiture.

Obama est toujours populaire

Depuis l'entrée en vigueur, en 1951, du 22e amendement, la Constitution des États-Unis limite un président à deux mandats, consécutifs ou non, éventuellement deux et demi s'il entre en fonctions en remplaçant un président décédé, démissionnaire ou empêché.

Obama, qui s'est largement jeté dans la campagne pour l'élection de son ancienne secrétaire d'État, est le cinquième à se heurter à cette barrière. Mais à 55 ans, il est bien plus jeune, et épargné par les pépins de santé, que Eisenhower en 1960 (70 ans) et Reagan en 1988 (77 ans). Contrairement à son devancier démocrate Bill Clinton, il n'a pas eu à affronter un scandale et une tentative d'impeachment pendant son second mandat. Il termine sa présidence avec une popularité bien plus élevée que son prédécesseur George W. Bush (52% d'opinions favorables contre 27%, selon l'institut Gallup), même si elle est inférieure d'une poignée de points à celle d'Eisenhower, Reagan ou Clinton. Et surtout, les deux candidats en lice pour lui succéder sont moins populaires que lui (32% pour Trump, 41% pour Clinton, selon le même institut). À l'inverse, Clinton avait terminé son mandat avec une popularité proche de celle des deux postulants à sa succession, Al Gore et George W. Bush tournant alors tous les deux autour de 57-58% d'opinions favorables.

Une majorité des Américains préfèrent donc Obama à Clinton et Trump, mais ils préfèrent aussi qu'Obama ne se succède pas à lui-même. En juillet 2015, une enquête de l'institut Rasmussen montrait que 30% des sondés étaient prêts à voter en sa faveur pour un troisième mandat... mais que seulement 19% étaient favorable à la révision constitutionnelle qui lui permettrait de se représenter. Un soutien qui est allé décroissant depuis un demi-siècle.

«Cette affaire est quasiment réglée, estime Michael Korzi, professeur de sciences politiques à l'université de Towson (Maryland) et auteur de Presidential Term Limits in American History: Power, Principles, and Politics. Les gens s'y sont fait et ont accepté qu'au terme d'un second mandat, c'est un nouveau candidat qui serait élu.» Un reflet de l'approbation par un nombre très élevé d'Américains des plafonds de mandats depuis le début des années 1990, marquées par la tentative avortée des Républicains d'en faire voter pour les membres du Congrès dans le cadre de leur «Contrat avec l'Amérique».

Une tradition et des ambiguïtés

Pays né de la rupture avec une monarchie, les États-Unis ont toujours entretenu une méfiance envers un exécutif trop puissant. «Depuis le tout début de notre histoire, il existe un soupçon envers les longs mandats présidentiels. Le 22e amendement n'a fait que rétablir une tradition que nous avions depuis de nombreuses années», explique Michael Korzi.

Une tradition qui ne va pas sans ambiguïtés. À son origine, on trouve la décision de George Washington, en 1796, de ne pas se présenter pour un troisième mandat. Pourquoi faire plus que le premier président des États-Unis? En 1807, Thomas Jefferson refuse lui aussi de solliciter un troisième mandat en arguant du «précédent sensé fixé par un illustre prédécesseur», donnant naissance à une légende historique comme quoi Washington estimait que deux mandats suffisaient alors qu'en réalité, l'ancien commandant en chef de l'armée d'indépendance était las du poste pour lequel il était sorti, avec réticence, de sa retraite.

Ce précédent, plusieurs présidents ou anciens présidents (Ulysses S. Grant, Grover Cleveland, Theodore Roosevelt, Woodrow Wilson) vont essayer de le contourner en postulant, en vain, à un troisième mandat au tournant des XIXe et XXe siècles. En juillet 1940, à la convention démocrate de Chicago, Franklin D. Roosevelt, élu huit ans plus tôt, fait lire à la salle un message dans lequel il se dit disponible pour une nouvelle candidature si les délégués le lui demandent. Réplique de la salle, convenablement préparée: «On veut Roosevelt! On veut Roosevelt!» Le père du New Deal est réélu en novembre 1940 puis en novembre 1944 mais, très affaibli, meurt d'une hémorragie cérébrale en avril 1945, 82 jours seulement après le début de son quatrième mandat.

L'heure de la revanche posthume a sonné pour les Républicains, qui avaient fait de la limitation à deux mandats présidentiels une mesure de leur programme en 1940 comme en 1944. Sans que la question ne suscite un grand débat public, ils introduisent et font adopter, entre 1947 et 1951, le 22e amendement, grâce au soutien des Démocrates des États sudistes, en colère contre la politique du président Truman sur les droits civiques. Ironie de l'histoire, le premier président affecté sera un Républicain, Eisenhower, qui, en 1960, critique publiquement l'amendement, tandis que les constitutionnalistes débattent pour savoir s'il pourrait postuler... à la vice-présidence. Plus tard, Reagan fera également part de ses réserves, de même que Bill Clinton, dans une interview accordée un mois avant son départ de la Maison-Blanche:

«S'il n'y avait pas eu le 22e amendement, vous seriez-vous présenté?
–Oh, j'aurais probablement été candidat.
–Et vous pensez que vous auriez gagné?
–Oui, je le pense.»

Via CafePress.com.

En juillet 2015, Obama fait part du même sentiment, avec une part d'ironie puisqu'il s'exprime devant l'Union africaine, dont plusieurs dirigeants sont connus pour s'accrocher à leur poste:

«En fait, je pense que je suis un plutôt bon président. Je pense que si j'étais candidat, je pourrais gagner. Mais je ne le peux pas.»

Même les fans les plus virulents du président-presque-élu Trump sont aujourd'hui dans les starting-blocks pour permettre à ce qui s'annonce comme «la présidence la plus réussie de l'histoire» de se prolonger un peu.

Le long chemin de l'abrogation

Nourri de bons arguments des deux côtés, le débat se poursuit donc, mais pas sur le plan législatif: plusieurs propositions d'abrogation ont été déposées des deux côtés de l'échiquier (les leaders actuels des deux partis au Sénat, le Républicain Mitch McConnell et le Démocrate Harry Reid, sont ainsi en faveur de l'abrogation) mais pas examinées. Quand bien même une le serait un jour, le chemin restant à parcourir serait immense: «Il est probable que le 22e amendement reste en vigueur pour un bon moment car il est très difficile de réviser la Constitution: il faut un vote aux deux tiers de la Chambre des représentants et du Sénat puis des trois quarts des États», rappelle Joel K. Goldstein, professeur de droit à l'université de Saint-Louis (Missouri). «Il n'y a pas de possibilité que cet amendement soit abrogé étant donnée la polarisation partisane actuelle, renchérit Michael Korzi. La seule possibilité serait qu'il y ait un président extrêmement populaire durant une crise nationale.»

En attendant, lors du prochain G7, fin mai 2017 à Taormina, Hillary Clinton ou Donald Trump, tous deux admirateurs d'Angela Merkel, pourront regarder avec envie la chancelière allemande qui, si elle est reconduite en novembre 2017, pourrait passer seize ans à son poste. Et avec un peu moins d'envie le président français qui, depuis la révision constitutionnelle de 2008, est limité à deux mandats consécutifs –mais pour cela, il lui faudrait déjà réussir à être réélu.

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