France

Thomas Legrand: Sarkozy président de l'Europe en 2012

Thomas Legrand, mis à jour le 05.11.2009 à 9 h 13

Juste un soupçon de politique fiction...

Souvenez-vous du drôle de reproche que Nicolas Sarkozy faisait aux journalistes il y a deux semaines en inaugurant une usine, en pleine affaire Jean Sarkozy: «les commentateurs commentent». Hé bien ça m'a fait réfléchir! Et j'ai décidé, pour une fois de ne pas commenter mais de faire un peu de politique fiction.

Partons de cette information imaginaire: Nicolas Sarkozy ne se représentera pas en 2012. Le roi du contre-pied politique a décidé de se présenter à la présidence de l'Union européenne. Vous savez que celui qui va inaugurer le poste, et qui sera désigné dans les prochains jours (on parle d'un ancien Premier ministre belge), sera élu pour deux ans et demi. Donc le poste sera libre dans deux ans et demi. Et dans deux ans et demi, tiens donc !... c'est la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Et ce dernier est de plus en plus persuadé que Dominique Strauss-Kahn sera candidat.

Les socialistes sont en peine de leader, Ségolène Royal est isolée et Martine Aubry a l'air aussi heureuse d'être à la tête du PS qu'un ingénieur de France Télécom muté de Montpellier vers une plateforme d'appels à Maubeuge. Le patron du Fonds monétaire international (FMI) serait, pense-t-il, un candidat très difficile à battre. C'est également ce que pense de plus en plus de monde à droite. Jacques Chirac vient d'ailleurs de faire cette même analyse. D'abord parce qu'il sera (DSK) auréolé de son expérience à la tête d'une organisation internationale prestigieuse. En l'envoyant au FMI, Nicolas Sarkozy pensait marquer à jamais son rival le plus redouté du sceau de l'infamie libérale mais patatras, depuis il y a eu la crise et le FMI est devenu l'instance qui prône la régulation de l'économie.

En 2012, les Français auront le vertige devant les déficits et les dettes accumulées alors que Nicolas Sarkozy aura passé son temps à promettre l'impossible: pas d'augmentation d'impôts! L'impasse. Donc Nicolas Sarkozy vise la présidence de l'Europe. Il a découvert ce travail enthousiasmant lors des six mois de présidence française de l'Union, il a aidé à dénouer une crise en Géorgie, il a été félicité par tout le monde pour la façon dont il a promptement assumé cette charge au moment de la crise financière, et il est persuadé que dans ce genre de poste, c'est l'homme qui fait la fonction. Barack Obama voit les difficultés s'accumuler, le président peut être tenté de se hisser à un niveau de responsabilité inédit en Europe alors que les grands sujets (au premier rang desquels l'environnement) ne pourront se régler qu'à l'échelle continentale.

Seulement pour que mon petit scénario marche, il faut être certain que DSK veuille vraiment revenir. S'il le veut, alors François Bayrou n'aura plus d'espace politique et l'on sait que Daniel Cohn-Bendit et sans doute Nicolas Hulot peuvent le rejoindre dès le premier tour. La plupart des candidats socialistes aux primaires s'effaceront et négocieront un portefeuille important, Hollande à Matignon ou à l'Economie (vous avez remarqué qu'en ce moment François Hollande parle beaucoup de son projet de réforme de la fiscalité), Valls à l'Intérieur. Il n'y aura plus que Ségolène Royal à décourager, ce qui, c'est vrai, ne serait pas une mince affaire. Quelques mauvais sondages l'y aideront.

Mais surtout il faut que Sarkozy soit certain que DSK gagne. Pas question, bien sûr, de laisser s'installer Jean-François Copé, François Fillon ou Dominique de Villepin à l'Elysée. Pour cela, il faut qu'au moins deux d'entre eux se présentent. Il faut aussi que le président de l'Europe, qui va prendre ses fonctions cette année, ne soit pas un cador. Qu'il n'ait pas les moyens politiques de s'opposer à la volonté (appuyée par l'Allemagne) de Nicolas Sarkozy d'accéder à cette fonction. Vous avez remarqué que la France a d'abord officiellement soutenu Tony Blair (comme pour dire: c'est un poste très important qui nécessite un fort leadership). Mais la France savait bien que Tony blair, qui fut favorable à la guerre en Irak, n'avait aucune chance. On dit qu'il faut un fort pour assoir la fonction et en réalité on s'arrange pour que ce soit un faible qui gagne pour pouvoir récupérer la fonction en temps utile. Pas mal non?

En fait, je ne suis pas le seul à avoir imaginé ce scenario... mais tant que ce n'est pas le Président qui l'imagine (qui sait?), ça reste bien sûr une construction intellectuelle. Juste pour rappeler qu'en politique, on est toujours surpris. Reconnaissons à Nicolas Sarkozy une certaine capacité en la matière.

Thomas Legrand

Lire également: Villepin candidat en 2012? Le grand bluff.

Image de Une: Nicolas Sarkozy  Reuters

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