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«Est-ce que je devrais dire à cet homme que quelque chose de sexuel n'arrivera probablement jamais?»

Cette semaine, Lucile conseille C, une jeune femme amoureuse qui se demande comment annoncer qu'elle est asexuelle.

«C’est compliqué» est une sorte de courrier du cœur moderne dans lequel vous racontez vos histoires –dans toute leur complexité– et où une chroniqueuse vous répond. Cette chroniqueuse, c’est Lucile Bellan. Elle est journaliste: ni psy, ni médecin, ni gourou. Elle avait simplement envie de parler de vos problèmes.

Si vous voulez lui envoyer vos histoires, vous pouvez écrire à cette adresse: [email protected]

Pour retrouver les chroniques précédentes, c’est ici.

Ça fait maintenant quelques années, après de longues réflexions et périodes d'introspection, que j'ai commencé à me définir comme asexuelle. Ça a été pour moi une grande libération puisque ça m'a immédiatement libérée de questionnements nombreux et désagréables qui étaient avant quotidiens. 

J'ai fréquenté quelques personnes depuis cette découverte en étant avec eux à chaque fois très honnête sur ma sexualité non-existante, non pas par obligation, ni vraiment par choix, juste par manque d'intérêt. Le problème est que maintenant je commence à fréquenter un jeune homme bien plus expérimenté que moi sexuellement (ce qui n’est pas difficile, vraiment) et je crains sincèrement le moment où il posera des questions sur ma sexualité et pire encore, quand il essayera d'avoir des rapports avec moi. 

Je sais pas quoi faire, ni quoi lui dire par rapport à ça, oui je suis vierge, mais ça m'a toujours semblé être un terme très étrange, sans grand intérêt et qui peut vite devenir comme une seconde identité un peu lourde à porter. Honnêtement jusqu'à présent ça a toujours été quelque chose dont je me moquais éperdument, la pression sociale à ce propos m'atteignant que très peu, mais maintenant je me demande. Est-ce que c'est bizarre que je n’ai jamais eu vraiment ni l'envie, ni le besoin d'avoir des rapports sexuels avec qui que ce soit (ce qui n'a pas vraiment changé d'ailleurs)? Est-ce que c'est bizarre que la proximité physique me mette réellement mal à l'aise? Est-ce que je devrais dire à ce jeune homme, avec qui les choses se passent plutôt bien, que quelque chose de sexuel n'arrivera probablement jamais parce que c'est quelque chose auquel je n'aspire pas?

C.

Chère C.,

Vous êtes asexuelle. Vous vous définissez comme ça. Et rien, depuis des années, n’est venu contredire cette orientation sexuelle. Il n’est jamais simple de faire son coming out, a fortiori quand la personne en face compte pour vous. Mais pour que la relation soit la plus équilibrée et la plus honnête possible, pour que les sentiments s’épanouissent, c’est pourtant nécessaire. Vous imaginez vous faire semblant, vous forcer pour lui? Mentir au quotidien pour préserver un équilibre précaire et forcément provisoire? Ce serait renier votre droit au bonheur, et celui de partager une relation qui vous convienne pleinement.

Dans le cadre de couples où l’un est asexuel et l’autre pas, certains rapports sexuels peuvent se «négocier» s'il n’y a pas de réel dégoût du sexe évidemment (c’est le cas chez certains asexuels). Vous pourriez avoir envie de lui faire plaisir, de lui donner du plaisir, d’une manière qui vous convienne (ce point est crucial) tant qu’il comprend qu’il n’a pas à s’acharner à vous changer. Si cela vous est impossible, ce qui semble être votre cas, c’est à lui de l’accepter. Cette orientation sexuelle fait aussi partie de la personne que vous êtes. S’il vous aime il doit être prêt à vivre avec ou alors ce n’est juste pas la bonne personne pour vous.

Vous n’êtes pas «bizarre» (ou alors nous le sommes tous un peu pour différentes raisons). Une étude de 2004, souvent citée, estime la prévalence de l’asexualité à 1%, même si régulièrement depuis ce chiffre est contesté à la hausse. Quel que soit le chiffre exact, vous êtes loin d’être la seule dans ce cas (il existe même différentes associations et forums en France). Et, comme vous le savez déjà, être une personne asexuelle ne signifie pas du tout que vous soyez inapte aux sentiments.

Puisque vous avez déjà conscience de ce que vous êtes, de votre absence de désir de contact physique, vous comprendrez que je vous conseille sans réserve de le partager avec les gens qui comptent ou compteront pour vous. Non pas pour apporter à votre orientation sexuelle une visibilité, mais bien pour votre bien-être personnel, pour éviter le malaise par une proximité physique qu’on pourrait vous imposer. Vous ne vous mentez pas à vous-même, pourquoi vouloir mentir aux autres? Quel fantasme de «normalité» vaut plus que votre bonheur? Ce jeune homme qui vous plaît et avec qui vous semblez avoir le désir de construire quelque chose doit comprendre par cet acte délicat, celui de la mise à nu de votre âme plutôt que de votre corps, qu’il compte pour vous. S’il n’est pas prêt à accepter qui vous êtes, alors il ne vaut pas la peine que vous vous posiez toutes ces questions.

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