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- Mur de Berlin
- chute du mur
- Par Jacques Attali
- Jacques Attali est un des fondateurs de Slate.fr. Economiste, écrivain, éditorialiste à l'Express, Président de Planet Finance. Il est l'auteur de nombreux essais et romans dont récemment La Crise et après ?
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Jacques Attali
Jacques Attali est un des fondateurs de Slate.fr. Economiste, écrivain, éditorialiste à l'Express, Président de Planet Finance. Il est l'auteur de nombreux essais et romans dont récemment La Crise et après ?
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Jacques Attali: Un mur, des murs
Après deux guerres mondiales désastreuses, les Allemands sont heureux de s'inventer une victoire, même pacifique, même imaginaire.
La commémoration de la chute du Mur de Berlin le 9 novembre 1989 est importante non par l'événement, (qui n'en a eu aucune, en réalité), mais par ce qu'elle dit sur le rapport de l'humanité à l'idée de mur.
Le mur de Berlin était en fait déjà tombé depuis le mois d'août 1989, quand les Allemands de l'Est ont pu passer à l'Ouest par la frontière austro-hongroise; et même depuis bien avant quand il fut évident que les Soviétiques ne tireraient plus sur les foules. Et cela fut clair dès 1987: à partir de ce moment, il était évident que les manifestations allaient faire tomber le régime. Il fallut deux ans aux peuples de l'Est pour le comprendre.
Et c'est d'autant plus important à comprendre que, à la même époque, les Chinois ont, eux, choisi une autre stratégie, et ont tiré sur la foule sans qu'aucune troupe occidentale, évidemment, ne soit intervenue. De même, aucune troupe occidentale ne serait venue défendre les Polonais si Moscou avait décidé d'en finir par la force avec Solidarnosc. Et si Grégory Romanov avait été élu secrétaire général du parti communiste à la place de Mikhail Gorbatchev, à la mort de Tchernenko, l'Union soviétique existerait sans doute encore.
Si on en parle tant de la chute du mur, si on s'apprête à en faire un événement considérable, c'est d'abord parce que les Allemands, après deux défaites dans deux guerres mondiales, sont heureux de s'inventer une victoire, même pacifique, même imaginaire.
Et plus encore, c'est parce que la chute d'un mur est de tous les temps l'occasion d'un message symbolique très fort: le mur est ce qui sépare; le faire tomber est un signe de libération. Parce que la première des libertés est celle de se déplacer, ce que le mur interdit. Ainsi des murailles de Jéricho. Ainsi de celles de Troie. Ainsi de celles de la Bastille. Ainsi de celles du ghetto.
Ainsi aussi des murs invisibles, qui séparent les communautés, et interdisent l'ascension sociale, ou organise le racisme. Murs invisibles, plus difficiles à faire tomber que les  murs de pierre. Ainsi du mur Nord/Sud, qui a remplacé le Mur Est/Ouest et qui verrouille l'accès des pays riches aux travailleurs venus des pays les plus pauvres. Sédentaires contre nomades.
Mais, si, dans tous les cas, le mur exclut celui qui est dehors, dans certains cas, il protège celui qui est dedans contre le mal, venu d'ailleurs. Ainsi justement du ghetto, qui fut longtemps souhaité par les communautés juives d'Europe, qui y trouvaient une protection contre l'agression externe. Ainsi de la grande Muraille de Chine, dont l'histoire, racontée par les Chinois, est celle d'une protection contre les ennemis de l'extérieur. Et du Mur construit à travers les territoires, qui protège les Israéliens et enferme les Palestiniens. Ainsi des murs de nos prisons. Ainsi même des murs de nos maisons, que nul ne voudrait voir détruit. Ainsi aussi des murs qui protègent nos vies privées et  que  tente de remettre en cause la transparence, imposée par l'ordre social et par les nouvelles technologies.
Le mur renvoie donc à l'idée du bien et du mal. Et, avant de les abattre, ou de les ériger, il faut être capable de distinguer l'un de l'autre. C'est même le propre d'une civilisation que d'être capable de distinction.
Jacques Attali
Image de Une: le 9 novembre 1989 Ã Berlin Fabrizio Bensch / Reuters
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Comments
Le mur de l'identité
Il existe aussi celui qui consiste à définir l'appartenance ou non à une communauté nationale qui ne peut servir qu'à en exclure certains et celui-là peut vite devenir le mur de la honte et de l'exclusion.
On peut aussi citer l'inutile manifestation de la schizophrénie militaire de l'entre deux guerres, la ligne Maginot.
Que dire d'autre murs comme la ridicule et inutile loi sur l'Hadopi, déjà largement dépassée par l'explosion du streaming, de celui bien inutile que préparent les éditeurs contre la révolution des liseuses ou bouquineurs dont Kindle n'est qu'un bien timide précurseur, une révolution probablement aussi importante que l'invention de l'imprimerie par Gutenberg. Elle pourrait marquer une nouvelle ère culturelle, celle de l'accès massif et presque gratuit à la littérature et à l'information.
Mais je me tais car ne dit-on pas que les murs ont des oreilles............
Cynique ?
Monsieur Attali,
Bravo pour ce récapitulatif historique très sensé !
Bravo pour l'ouverture remarquable sur notre société qui au nom de la transparence entend briser tous les murs, dont ceux si précieux de notre vie privée !
Mais quatre lignes me paraissent très injustes.
Pourquoi faire de cette célébration une "victoire imaginaire et inventée" La chute du mur est une des plus belles allégories de l'union des hommes et de la paix que nous offre l'Histoire.
Fêtons-la comme il se doit !
Enfin pourquoi faire de cet évènement une compensation post guerres mondiales ? Ce sonne comme un avis personnel bien cynique. Et le cynisme n'est il pas le baume de ceux qui ont perdu l'espoir ?
Augustin Marty
...
"si on s'apprête à en faire un événement considérable, c'est d'abord parce que les Allemands, après deux défaites dans deux guerres mondiales, sont heureux de s'inventer une victoire, même pacifique, même imaginaire." Nous serions heureux pour que les allemands soient heureux ? qu'est-ce qu'ils prennent, ces allemands, et ce n'est pas la première fois.Moi je suis contente ... pour moi, et pour l'Europe, parce que je me rappelle très précisément ce jour, qui était joyeux, parce que la chute d'un mur est une victoire sur soi-même, à défaut d'être une victoire sur les autres, et que des gens qui étaient loin et invisibles sont devenus proches et visibles. Si on laissait leur laissait une chance, aux allemands...
Un mur est un mur. Un scoop!
M. Attali prends (encore) sa plume pour nous apprendre qu'un mur est....un mur. Quel scoop!
Mieux, grâce à ses recherches, il a découvert qu'un mur peut empêcher aux uns de rentrer et aux autres de sortir. Extraordinaire!
Il le trouve inutile de nous rappeler que certains murs sont là pour soutenir les toits etc. C'est un peu évident après tout - même pour M. Attali.
Gloser sur le fait que les Allemands ont perdu deux guerres (encore un scoop) est condescendant.
Les Allemands ont traité l'ensemble de ces sujets tragiques avec plus de dignité que M. Attali semble capable de faire.
Peter Wright
??
Où sont la condescendance et le manque de dignité?
iconoclaste
...
Nulle part.
De la sévérité, peut-être...ne pensez-vous pas qu'on en parlerait autant si les allemands eux-mêmes la jouaient modeste ? Le symboles ne cristallisent pas toujours sur le bon jour, le bon endroit. novembre 89 c'est la fin du rideau de fer pour toute une génération qui croyait le communisme éternel
Droit dans le mur
Ma femme, et donc ma belle famille, sont allemandes. J'ai donc vu de près comment les allemands ont vécu la chute du mur, avec une joie immense, surtout de la part des générations anciennes qui avaient connu l'Allemagne avant le mur.
Je suis très gêné par cette phrase de JA qui dit que "les Allemands, après deux défaites dans deux guerres mondiales, sont heureux de s'inventer une victoire, même pacifique, même imaginaire." On sent une certaine ironie, ça me rappelle un post dans son blog de l'Express où il avait parlé de "la question allemande".
Visiblement, l'Histoire n'est pas finie. JA va-t-il dans le mur?
Inthesky
quel article
Bonsoir Monsieur,
Un article pour rien dire un article offensant pour nos amis allemands car écrire "s'inventer une victoire...." vous insultez nos voisins.
Vous oubliez que votre mentor dont vous avez été conseillé M.Miterrand n' a pas été à la hauteur de l'évènement et par ricochet vous non plus alors évitez de parler de se sujet.
MAYOMBE
Quelle réunification ?
J'ai vécu ces années de vertige ailleurs qu'en Allemagne et la chute du mur, aussi spectaculaire et symbolique fut-elle, n'est arrivée que tardivement, comme la conséquence naturelle de convictions plus assumées. Je pense évidement à la Pologne...
La pologne avait déjà trouvé sa liberté lorsque l'Allemagne s'en est éprise.
Il me semble que le mur des Allemands n'est pas venu d'eux mais davantage de la tragédie soviétique.
Il leur suffisait de cueillir la réunification, comme une rose.
Les réserves de Mitterrand sur la réunification allemande étaient tout à fait justifiées en ce sens qu'elles ne pouvaient que renvoyer à de très mauvais souvenirs.
Il ne faut pas oublier que les frontières actuelles de nombreux pays de l'Est ont changé avec Yalta et qu'elles divisent des peuples, des cultures, des histoires communes, pour les allemands également...
Aucun mur ne saurait avoir une intelligence, sauf peut-être avec l'ennemi.
http://florence.sis.free.fr