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L'écrivaine engagée Chimamanda Adichie marque sa différence avec le féminisme de Beyoncé

Crédit photo:  LEIGH VOGEL / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP

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«Cesser de tout rapporter aux hommes», voici ce que voudrait changer la jeune auteure nigériane qui avait inspiré les paroles du titre «Flawless» chanté par Beyoncé en 2013.

Souvenez-vous de «Flawless», ce titre dans lequel Beyoncé chante et revendique: «Feminist: the person who believes in the social, political, and economic equality of the sexes». Lorsqu'elle lance cette chanson en 2013, la chanteuse choisit d'emprunter ces mots forts et engagés à la jeune écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie, reconnue pour ses essais littéraires et sa poignante conférence TED «We Shall All Be Feminists» –de laquelle sont tirées quelques unes-des paroles du morceau.


À l'époque, la presse veut tout savoir de cette collaboration, mais jusqu'à ce début d'année 2016, Chimamanda Adichie était restée très discrète sur le sujet. En février dernier, elle confiait simplement au magazine The Culture l'importance qu'a eu le titre de Beyoncé dans la transmission de ce combat aux yeux de tous et le courage qu'a eu la chanteuse en se lançant dans la défense de ces valeurs.

Aujourd'hui, on en sait un peu plus sur son retour d'expérience. Chimamanda Adichie s'est confié en fin de semaine dernière au quotidien néerlandais de Volkskrant. Sans rancœur mais en toute franchise, la jeune nigériane précise au sujet de Beyoncé: «Son féminisme n'est pas le mien.»

«Les livres sont-ils vraiment si peu importants pour vous?»

Car malgré une excellente intention de départ, l'expérience lui a tout de même causé quelques déceptions. 

«J'ai été choquée par le nombre de demandes d'interviews que j'ai reçu quand le titre est sorti. Tous les plus grands journaux du monde voulaient me faire parler de Beyoncé. J'ai eu un vrai ressentiment et j'ai pensé: “Les livres sont-ils vraiment si peu importants pour vous?” Une autre chose que j'ai détesté lire à propos de moi était: “Maintenant les gens la connaissent, grâce à Beyoncé” ou encore “Elle doit lui être si reconnaissante”. J'ai été déçue. J'ai pensé qu'en tant qu'écrivaine, je refusais de participer à ce genre de comédie et de dire ce que l'on attendait que je prononce, tel que “grâce à Beyoncé, ma vie ne sera plus jamais la même”. C'est pour cette raison que je n'en ai pas beaucoup parlé.» 

Dans l'interview accordée à de Volkskrant, elle tient d'ailleurs à réaffirmer au passage sa propre vision du féminisme. Et poursuit:

«Le féminisme de Beyoncé donne une trop large place à la nécessité d'avoir un homme à ses côtés. Je les trouve charmants, mais je doute que les femmes doivent tout rapporter à lui en se demandant sans cesse “Est-ce qu'il m'a fait mal? Dois-je lui pardonner? Va-t-il me passer la bague au doigt?”. Nous, les femmes, sommes conditionnées pour tout ramener aux hommes. Vous remarquerez que la conversation se portera naturellement vers eux. Tandis que dans un groupe d'hommes, ils ne parleront pas du tout de femmes, mais de leurs propres sujets et histoires. Nous devrions donc consacrer seulement 20% de notre temps à parler des hommes, parce que c'est amusant. Et nous devrions aussi parler de nous-même.»

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